«Virginie»… ou l’école catholique!
Radio-Canada diffuse, quatre soirs semaine, une excellente télésérie racontant la vie d’un professeur, Virginie, ce qui lui donne son titre. L’œuvre observe finement la complexité moderne à travers le quotidien d’une école polyvalente. «Virginie» étale les rapports entre famille, travail, couple, carrière, amitié. La qualité du texte, le jeu impeccable des acteurs et le réalisme des faits de vie expliquent en partie le succès populaire de l’émission. La cote d’écoute se maintient depuis des années. Les cadrages serrés des scènes et le rythme nerveux des séquences assurent le reste. Mais, un plus fait la différence d’avec les autres séries.
«Virginie» pourrait aussi s’appeler éloge de l’innocence. Bien des imprévus et des rebondissements assaillent l’héroïne méchamment. Elle pourrait aussi s’appeler Sagesse, car elle fait preuve de philosophie devant des événements cruels et absurdes. Elle les affronte avec courage, détermination et patience. Fasciné, on regarde, on se reconnaît; on écoute, on apprend. L’intérêt du téléspectateur est probablement de deux ordres.
En premier, l’identification avec l’héroïne, certes, véritable icône de l’homme menacé de désintégration. Par son intelligence et son sang froid, elle trouve toujours une solution in extremis pour rester en selle, jusqu’au prochain cauchemar. Le théâtre de sa vie permet de relire le nôtre, de repenser nos défis et nos angoisses. En devenant familier, le drame se supporte plus aisément. C’est la vie!
En second, et surtout, émission après émission, la série déroule un véritable traité de psychologie télévisuelle. Aucun mystère qui ne s’analyse pas ici. Il n’y a que des faits familiers, soigneusement investigués. Si la série tout aussi populaire de La petite Vie relève de la farce satyrique, «Virginie» s’offre comme la Vraie Vie des drames humains qui arrivent chez nous. À ces graves problèmes, l’auteur évoque les solutions historiques connues, le marxisme, la religion, la révolte, le végétarisme, le vaudou, le syndicalisme, etc.
Ainsi, l’émission prend la peine de rejoindre de bonnes fractions du public téléphage. Sauf, qu’au-delà du procédé accrocheur, il y a aussi la sincérité de l’auteur. Fabienne Larouche veut comprendre l’état des choses.
Pourtant, j’ai décroché de la série dès la première année de sa diffusion, tout en y jetant un coup d’œil à l’occasion. Parce que le ton du propos se situe dans le cadre de l’affrontement. Car, ici, les champions sont des pugilistes qui s’engueulent sur le thème récurrent: «cou don, c’est quoi ton problème?» («cou don» est une élision commune de «écoute donc»). Les perdants, sont ceux qui fuient dans des cul-de-sac. La modernité les accuse de se cacher derrière une religion, une philosophie, une autorité, une fonction, un bureau…
Cependant, les personnages ont un côté unidimensionnel évident. Ils n’ont que des corps mortels. Ils n’ont pas d’âme active. Ils sont animés par l’émotion primaire de la peur, la gêne, l’orgueil, la rancune, bref des sept péchés capitaux. Leur existence est un individualisme en ébullition. Ils n’ont pas une essence humaine évidente, ou une identité propre à l’Humanité, mais ils ont une existence éphémère pleine de vacuité qu’ils cherchent à combler pour définir ce qu’ils sont, d’émission en émission.
Comme des atomes lancés dans un champ de forces, les individus de «Virginie», s’entrechoquent, s’éloignent, se rapprochent. Ils sont pure émission de particules atomiques. Pourtant, la description réaliste du monde de l’école secondaire n’en demeure pas moins saisissante. On se croirait au cœur d’un réacteur nucléaire. Est-ce-là l’école véritable ou sa caricature?
L’émission donne un goût amer de l’éducation d’aujourd’hui, de l’institution scolaire et du monde de l’éducation. Une œuvre de fiction ne peut servir à prouver une thèse, mais elle peut l’illustrer. C’est l’apport de cette télésérie. Elle évoque esthétiquement la mort de l’homme à partir des situations humaines exposées crûment.
Le catholicisme a-t-il encore quelque chose de consistant à dire et à proposer au monde de «Virginie», le nôtre, pour le meilleur et pour le pire? Oui, mais en contestataire minoritaire dans ce monde, en suivant les principes de saint Paul: «Ne formez pas d’attelage boiteux avec des non-croyants: quel point commun peut-il y avoir entre la fidélité à Dieu et l’impiété? Quelle communion pour la lumière avec les ténèbres? Quel accord du Christ avec Satan? Ou quel partage pour un croyant avec un non croyant? Quelle entente pour le temple de Dieu avec les idoles? Car nous sommes, nous, le temple du Dieu vivant, comme Dieu l’a dit lui-même» (2 Corinthiens 6.14-16).
Les catholiques sont exclus de l’école! Qu’ils en fondent une nouvelle! Qu’attendent-ils? Une subvention du député du coin? En qui placent-ils leur foi, leur espérance et leur charité? La question scolaire est un moment de vérité pour les parents catholiques. Vont-ils envoyer leurs enfants à l’école de «Virginie» ou vont-ils fonder l’école catholique de demain?
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