Veuillez activer votre javascript

Les actualités - Le Mercredi 17 Mars 2010

Entrevue exclusive avec Nicolas Buttet (1ère partie)

La faiblesse: matière première de la grâce!

Sophie Bouchard
Par Sophie Bouchard
Canada
Mercredi 1 Octobre 2008

«Message urgent», répétait-on le mardi matin du Congrès eucharistique dans tout le Colisée de Québec. «Le Père Nicolas Buttet est prié de se rendre immédiatement à la salle réservée aux conférenciers». Les congressistes ont alors compris avec stupéfaction que le témoin de ce matin-là manquait à l’appel…


«Dieu vient nous chercher là où nous sommes pour nous amener là où il est», affirme le père Nicolas Buttet. : Photo Sophie Bouchard

«Dieu vient nous chercher là où nous sommes pour nous amener là où il est», affirme le père Nicolas Buttet.

Photo Sophie Bouchard

Même chose lors de son rendez-vous avec notre équipe, Paul, Évelyne et moi-même, où il est arrivé avec près d’une heure de retard. Claude, la charmante et dévouée bénévole aux communications du CEI qui nous accompagnait, nous a alors timidement annoncé que l’entrevue qui devait avoir lieu dans une salle au 4e étage du Colisée devrait se dérouler de façon plutôt inusitée: en marchant vers son prochain rendez-vous… pour éviter un autre retard!

C’est justement cette marche qui nous a permis de comprendre les raisons des “retards et absences” du père Buttet, fondateur de la Fraternité Eucharistein. En fait, il ne s’agit pas d’absence, mais plutôt d’hyper présence. Le père Buttet offre un accueil inconditionnel, une écoute simple et joyeuse à tous ceux qui l’interpellent! Un témoignage fraternel vraiment touchant pour nous…

Nous avons quand même pu terminer notre interview sous un soleil éclatant (l’une des rares journées ensoleillées du Congrès!) assis près de la tente de Thomas, celui qui voulait voir pour croire. Et «ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons, afin que vous aussi soyez en communion avec nous» (1 Jn 1.3).

Carrière brillante à l’horizon

Le père Buttet était promis à une brillante carrière politique et juridique. À 18 ans, il étudie en Droit et à 23 ans il est déjà au parlement: le plus jeune élu!

—Quel vent vous a propulsé en dehors du parlement pour vous amener dans un ermitage et vous faire repenser votre vie, demande Évelyne? Avez-vous eu un choc électrique?

Le père Buttet rit de bon coeur et, avant d’avoir le temps de répondre, il est intercepté par un congressiste qui veut prendre une photo de lui. C’est ensuite un évêque orthodoxe qui souhaite le saluer et qu’il accueille chaleureusement. Ouf! Je me dis que l’entrevue ne sera pas facile si ça continue comme ça! Et en même temps, pendant que nous attendons, j’admire sa disponibilité: comme j’aimerais communiquer autant de joie et de paix!

Voilà, l’orthodoxe s’en va et on reprend l’interview là où elle s’est arrêtée, c’est-à-dire au début!

—Je veux savoir le point d’impact. Le point de départ, c’est quoi, demande Paul?

«Il y a eu deux points de départ. Le point de départ d’une conversion intérieure d’abord et ensuite la sortie du parlement. Ça, c’était plus spectaculaire, mais intérieurement, plus ordinaire. Pour moi, la conversion intérieure, ça été plus violent que la sortie du parlement!»

—Alors, qu’est-ce qui a provoqué cette conversion, insiste Évelyne?

«J’étais en étude de Droit. Je faisais mes études sans aller aux cours. Je passais des examens, c’est tout. Et tout le reste de ma vie était politique» «Mais en même temps, pas mal de fêtes et de foires. Je vivais aussi avec une fille à l’époque. Donc, il ne fallait pas me parler du pape, de l’Église. Je trouvais ça complètement nul, le pape complètement ringard.»

—Mais vous aviez eu une éducation catholique, s’étonne Paul?

«J’ai reçu une éducation catholique, ça oui. Du coup, c’était d’autant plus douloureux à vivre, parce que je savais bien! Ma conscience me parlait quand même. Et pour taire ma conscience donc, il y avait la fête, beaucoup de sport, d’escalade, de la course à pied qui étaient un petit peu l’exutoire aussi.»

«Les choses sont arrivées petit à petit, comme ça. À un moment donné, on a cru que ma petite amie était enceinte. Et, pour moi, c’était la catastrophe parce que je ne pensais qu’à ma carrière politique et à ma carrière professionnelle.»

L’enfant n’est pas venu, s’empresset-il de préciser. Mais l’épisode a déclenché une prise de conscience de l’impasse dans laquelle s’enlignait sa vie.

«Je jouais avec la vie, je jouais avec l’amour. Tout me réussissait bien, finalement, mais je constatais que j’étais en train de passer à côté de l’essentiel.»

C’est le début d’un grand chambardement qui aboutira à une rencontre avec l’Essentiel.

«Ma rencontre avec Dieu date de la confession finalement. Je suis allé dans une église, j’ai pleuré pendant deux heures, implorant, par terre.»

Nicolas réalise ses «bêtises» qu’il justifiaient jusque-là pour se donner bonne conscience.

«À un moment donné, une petite voix me dit, “Tu dois te confesser maintenant” J’ai dit: “Ça, jamais de la vie! Ça, inutile, non Seigneur je te demande pardon comme ça! Et trouver un prêtre!” La voix était tellement insistante… Il était 10h45, j’étais dans un monastère franciscain. J’ai dit: “Bien, j’irai à 11h15” en espérant que le monastère ferme à 11h! Et j’aurai bien essayé, mais, pas plus.»

—Jusqu’à la fin, on se bat, renchérit Évelyne.

«Oui, jusqu’à la fin… confirme-t-il en riant. J’arrive devant la porte: “Confession de 9h à 11h30”. J’ai sonné. Il est arrivé un vieux capucin qui avait déjà bu l’apéritif… Et alors, je me suis dit, “Boy, je me casse, je pars”. Puis une voix en moi dit: “Bah! Quand tu faisais tes conneries, tu fumais tes joints, je t’ai supporté comme ça! Tu peux bien supporter mon prêtre comme ça!”

«Je suis allé me confesser. Et quand il m’a dit, “Au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit, tes péchés sont pardonnés, va en paix”, ça été pour moi la révélation! Quatre jours de suite, je suis retourné me confesser pour entendre ces paroles, “va en paix”.»

Dieu cherchait ma faiblesse!

Le père Buttet confie que ce qu’il avait fait de mal dans sa vie, ce qui lui déplaisait dans son être, ce qui était son point de faiblesse, «c’était ça que Dieu cherchait. Mes talents, il s’en foutait! Mes réussites sociales, il s’en foutait encore plus, affirme-t-il en riant! La seule chose que le Seigneur mendiait en moi, c’était ma misère et ce que moi je fuyais sans cesse: mon péché, ma misère, mes conneries. C’est là qu’il m’attendait pour me dire: “Mais je t’aime, arrête de fuir. Laisse-toi prendre là où tu es troublé, là où tu es malheureux, là où tu es pécheur, là où tu te plantes.”»

Nicolas fait alors une prise de conscience qui marquera sa vie. «Ça été cette découverte bouleversante, que ma faiblesse était la matière première de la grâce, que ma pauvreté était le lieu où Dieu voulait m’enrichir et mon péché, l’occasion de manifester Sa miséricorde. Alors, ça, c’était vraiment la conversion. Du coup, ma vie a changé tout de suite parce que tout ce que l’Église disait était vrai à ce moment-là. Je n’ai plus eu aucun doute sur la vérité.»

C’est à ce moment que Nicolas met la main sur une cassette de Daniel-Ange: Ton corps fait pour l’a mour1. «Il y parlait de la sexualité, de la chasteté, du mariage. J’ai cru que ce qu’il disait c’était vrai, quoi, c’était tellement vrai, c’était tellement ça!»

«J’ai pris un père spirituel aussi qui m’accompagnait. Après la politique, j’ai terminé ma licence en droit. Un ministre m’a dit: “Viens travailler avec moi” au niveau du gouvernement suisse, donc je me suis retrouvé là-bas avec ma charge au parlement.»

—Même après votre conversion, s’étonne Évelyne?

«Oui, j’ai continué. J’avais trois bureaux à un moment donné, je courrais d’un bureau à l’autre. Donc, une vie complètement remplie, mais avec Dieu qui était là. Je préservais des temps. Je partais en montagne des fois, seul avec une tente. Je partais marcher comme ça, j’allais prier, dès que je pouvais un petit peu.

«C’est là que je me suis occupé dans mon stage d’avocat, d’un jeune qui avait brûlé et violé sept enfants, que je voyais ces divorces. Je criais en disant: “Mais, Seigneur, ce n’est pas possible! On ne peut pas continuer ce monde comme ça”!

Nicolas Buttet découvre qu’en politique, même si on a de bonnes idées, on ne peut pas les mettre en vigueur tant que la population n’est pas d’accord, «parce qu’ils ne vont pas voter pour nous.» Donc, ce n’est pas là qu’il faut travailler, se dit-il.

Travailler dans les coeurs

«Il faut travailler en amont, dans les coeurs, dans les consciences. Et là, je suis parti au Cottolengo. Pour moi, c’était la révélation là-bas.»

—Comment avez-vous nommé l’endroit, coupe Évelyne?

«C’est une maison d’accueil à Turin qui porte le nom du père saint Giuseppe Cottolengo, un contemporain de saint Jean Bosco qui a fondé une œuvre en même temps que Jean Bosco.

De retour de Cottolengo, après trois semaines, Nicolas Buttet en revient bouleversé.

«Je suis allé voir mon père spirituel. Je lui ai dit: “Père, j’ai compris cette fois-ci! J’arrête tout, je rentre au séminaire, je pars.” Et il me dit: “Bon, c’est très bien. Je suis content que tu aies compris un petit sourire d’amour. Je ne sens pas que ce soit le signe d’une vocation. Quand le Bon Dieu aura besoin de toi, il te sifflera. Maintenant, tu mets l’amour là où tu es, dans ton étude d’avocat, dans ton métier de politicien et puis tu attends que le Seigneur te fasse un signe”.»

Six mois plus tard, l’avocat reçoit un mystérieux appel téléphonique. Le Vatican est à l’appareil.

«Le Vatican pour moi c’était loin! À Rome! Coup de téléphone d’un évêque qui me dit: “Écoutez, on est en train d’organiser une conférence mondiale oecuménique. Et on a pensé à vous, quelqu’un nous a donné votre nom pour représenter le Saint-Siège en préparation de cette conférence. Est-ce que vous seriez d’accord?”»

—Quel était le sujet, s’informe Évelyne?

«C’était un sujet dans lequel j’étais impliqué un petit peu quand même. C’était “Justice, paix et sauvegarde de la création”, donc un sujet d’éthique social.»

—Et qu’est-ce que vous avez répondu, reprend Évelyne?

«La veille au soir, j’étais en prière —ça, je ne le dis pas toujours— mais j’étais en prière et il y a une petite voix qui me dit dans mon coeur: “Demain, c’est un jour important, tu diras oui”».

Prise deux...

Il était inévitable que ça recommence! Au moment même où il allait nous dire quelque chose de déterminant, voilà que des Européens l’arrêtent! Ils le remercient avec emphase pour son intervention du matin. Le père leur dit merci et leur demande de prier pour lui. Il s’informe ensuite avec intérêt d’événements malheureux qui se sont produits dans leur région. Quelle délicate attention! Finalement, ces gens repartent ravis de leur rencontre inattendue… Et nous pouvons reprendre notre interview! Mais pas tout de suite! Claude, la bénévole des communications, pense nous avoir trouvé un petit endroit à l’abri des regards —et par le fait même des interruptions—: la tente de Thomas.

Mais pour tout savoir de ce que nous y avons échangé, sa période d’ermitage, l’accueil des drogués et la fondation de sa communauté, il faudra attendre le prochain numéro! Question d’espace!

Note:

1- L’enregistrement dont parle le père Buttet est disponible de façon plus élaborée sous forme de livre: Ton corps fait pour l’amour, Daniel-Ange, Sarment, Éditions du Jubilé, 1988, 2e édition 2008, 255 pages.

Voir les autres photos

Photo Sophie  Bouchard Photo Sophie Bouchard


Voir la revue associée à cet article

Vos commentaires

Ajouter un commentaire


Votre nom complet :

Question mathématique : 2 + 4 =

Votre commentaire :


Identification des abonnés au magazine Le Nic.
Concours Sauvons Le NIC!

Participez à notre grand tirage en trouvant de nouveaux abonnés à notre magazine Le NIC (Nouvel Informateur Catholique).

Cliquez ici pour tous les détails.

L'actualité selon H2Onews.org

Nos blogueurs ont des choses à dire!

Articles les plus récents

Encore des hommes!! par Brigitte Bédard

Quand les églises se remplissent par Paul-André Deschesnes

Un saint portier par Yves Casgrain

Les guerres de religions? Dieu est contre... par Sophie Bouchard

École d'évangélisation Saint-André

Neuf personnes qui ont suivi une formation dans cette école nous partagent leur expérience.

Une mission d'évangélisation jeunesse exceptionnelle!

Mission-Campus est un mouvement d'évangélisation en milieu universitaire. Il incite les étudiants à vivre pleinement leur foi catholique et met l'accent sur la formation de leaders pour le renouveau du monde.

Inscription au flux RSS
Quand j'étais petit je voulais...

Veuillez activer votre javascript


Le référenceur des

meilleurs sites catholiques francophones