Une Loto-bébé!
J’ai le don pour aller au supermarché au pire moment de la journée. L’heure de pointe du IGA cause des embouteillages monstres à l’intersection des caisses et du prêt-à-manger, ce qui cause, vous devinerez, une attente digne d’un pont Montréalais, dangers d’effondrement en moins. Pour pallier ces contretemps, j’en profite pour me tenir à jour dans le jet-set: les titres des magazines m’apprennent tout ce que je dois savoir d’important dans ce monde, des rumeurs de rupture entre Brad et Angie au nouveau look de Chantal Lacroix.
Une fois passée le “rack” à magazines et la terrible épreuve des chocolats, je me retrouve devant le présentoir des loteries. Peu de chance que j’en prenne une. Je laisse ça à maman. Je sais bien qu’elle ne m’oubliera pas si elle gagne. Mais on se prend tous, un jour ou l’autre à rêver… «Si je gagnais… j’achèterais une voiture, un bébé koala, une villa en Martinique!» Loto-Québec exploite bien cette idée de nous permettre de réaliser nos rêves les plus éclatés. Cependant, ce matérialisme ambiant a atteint son paroxysme récemment en Angleterre. Une commission gouvernementale en charge des loteries y a autorisé l’organisation caritative «To Hatch» à lancer un tirage mensuel dont le prix est… un bébé. Le/la ou les gagnant(e)s (le tirage est ouvert aux célibataires, couples hétéro ou homosexuels et minorités sexuelles de tout acabit) reçoivent un prix de 25 000 livres échangeable contre des traitements dans une clinique de fertilité avec assistant personnel, chauffeur, logement et billets d’avion si nécessaire, etc.
Cette loto-bébé est le symptôme d’une marchandisation de l’être humain poussée jusqu’à l’absurde. Déjà, que des entreprises puissent faire des profits en confectionnant des enfants est ignoble, mais réduire ces derniers à l’état de prix est tout simplement innommable. Ce qui est tout aussi incroyable, c’est que ce type de tirage soit légal. La «Gambling Commission» du Royaume-Uni prétend que, bien que ce soit elle qui attribue les permis, elle doit s’en remettre au Parlement afin de les retirer. De toute façon elle n’aurait pas de raison de le faire dans un cas comme celui ci, puisque les conditions d’admissibilité sont remplies et respectées par l’organisme «To Hatch». C’est à se demander pourquoi un petit malin n’a toujours pas entrepris de faire tirer un esclave. Ah si, j’oubliais, c’est parce que dans les conditions imposées au titulaire d’un permis de loterie, ce dernier doit s’assurer que les «enfants et personnes vulnérables » («children and other vulnerable people»1) ne soient pas exploités.
Évidemment, ces conditions ne s’appliquent pas à un bébé… Vous savez comme moi que, de nos jours, les communications se font à une vitesse absolument incroyable. Le corollaire de ce phénomène est que la connerie se propage tout aussi rapidement. Ainsi, en septembre une radio de la région d’Ottawa a réussi à organiser un concours encore plus douteux que le «Gagnez vos implants mammaires» d’un bar de Québec
La publicité de «Hot 89.9» présente un adorable petit arborant une affiche «Win Me!» (Gagnez-moi!) avec un avertissement en petits caractères dans le bas qui précise que «Le bébé pourrait ne pas ressembler à celui présenté.» Drôle? Peut-être, un peu. De mauvais goût? Assurément, lorsqu’on est doté d’un minimum de principes moraux. Avec de tels exemples, j’ai l’impression que la dégradation morale des sociétés est “boostée” à la nitro.
Il y a quelques mois, on parlait encore des dangers de la FIV (fertilisation in vitro), des risques de dérapages. C’est comme si dans les pires scénarios, on n’avait pas réussi à envisager de telles aberrations. Enfin… comment des sociétés qui acceptent toutes les prémisses qui font de l’être humain un objet de consommation pourraient s’offusquer de le voir devenir le premier prix d’un tirage? Au mieux, quelques voix inconséquentes seront choquées. Mais que répondront-elles lorsqu’on leur demandera: pourquoi?
Note: 1- http://www.gamblingcommission.gov.uk/publications_guidance__advic /lccp.aspx
Voir la revue associée à cet article






