Non, la souffrance n’est pas “envoyée” par Dieu
Ce qui suit est, en substance, l’homélie prononcée à Ottawa, lors de la messe pour les défunts d’Haïti et les membres de leurs familles. La communauté diocésaine s’est réunie le 21 janvier 2010, en la cathédrale Notre-Dame. Les textes choisis pour l’occasion: Isaïe 40.1-11; Romains 8.31-39 et Luc 13.1-6.

La terrible épreuve du tremblement de terre n’a pas entamé la foi du peuple haïtien. Notre photo montre des gens en prière lors d’une célébration eucharistique en plein air dans un camp de Port-au-Prince.
Photo CNS/Tomas Bravo, Reuters
«Dieu ne se résigne jamais à voir l’humanité souffrante. L’amour est toujours le plus fort, et la peine et la souffrance ne prévaudront jamais, car, avant d’offrir au monde la résurrection, le Christ est entré dans une agonie atroce et dans la sombre cavité du tombeau pour être totalement avec nous jusque dans nos pires épreuves» (Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens et Conseil oecuménique des Églises).
Depuis le 12 janvier dernier, nous recevons les images et les sons des effets du tremblement de terre en Haïti. Ils suscitent des réactions de désespoir, d’inquiétude, de colère, d’impuissance. Aux nombreuses questions et accusations formulées de toutes parts, laissons la Parole de Dieu nous apporter du réconfort. Non pas un réconfort illusoire, mais qui donne l’énergie spirituelle nécessaire pour vivre d’espérance et mettre en oeuvre tous les moyens pour aider nos frères et soeurs.
Le prophète Isaïe nous présente une injonction: «Consolez, consolez mon peuple, dit le Seigneur.» La Bible tient pour acquise la Providence de Dieu pour notre monde, pour tous ceux qui y vivent. Mais les Écritures demeurent silencieuses devant le mal et la souffrance qui advient aux personnes. Elles n’attribuent jamais à ceux qui meurent dans des accidents un péché plus grand qu’à ceux qui survivent.
En faisant allusion aux Galiléens massacrés par Pilate et aux 18 victimes de l’effondrement de la tour de Siloé, Jésus appelle ses contemporains à comprendre l’importance du moment présent. Il fait allusion à des événements de l’actualité du temps. Or, à l’encontre de l’opinion générale, Jésus n’y voit pas un châtiment divin contre de grands pécheurs; il proclame au contraire la patience de Dieu qui offre toujours un délai de grâce.
Le Christ nie que cette souffrance soit le jugement de Dieu; à la place, il utilise ces événements comme des illustrations pour ceux qui périssent parce qu’ils ne se repentent pas.
Jésus essaie de détruire un préjugé. Pour lui, il n’y a pas de lien entre le malheur qui arrive, et le péché. La recherche du coupable n’est qu’une manière trop facile de se donner bonne conscience, en se plaçant soi-même dans le camp des justes. Ce sont toujours les autres qui sont responsables…
Jésus renvoie ses auditeurs à leur propre conscience. Il ne s’agit pas d’abord de changer les structures de la société. C’est le coeur de l’homme qui doit changer, se “convertir”, pour que les structures s’améliorent. Le seul lieu réel où j’ai un pouvoir, c’est la conduite de ma propre “conversion”.
Non, la souffrance n’est pas “envoyée” par Dieu! Non, l’épreuve n’est pas une punition! Le mal qui arrive n’est souvent que la conséquence naturelle des lois des choses. Plutôt que d’accuser Dieu, il nous faut nous attaquer aux causes qui sont en notre pouvoir.
Saint Paul, lui, nous partage sa foi profonde: «J’en ai la certitude (…) rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est en Jésus-Christ notre Seigneur.» Rien. Ni la mort, ni l’épreuve, ni la faim, ni le dénuement… Rien.
Nous nous sommes réunis en tant que communauté diocésaine et en signe de solidarité avec nos frères et soeurs éprouvés par le tremblement de terre en Haïti. L’Eucharistie nous a donné les forces spirituelles nécessaires pour faire tout en notre pouvoir pour leur venir en aide. Chacun selon ses propres moyens, mais tous engagés à les porter dans notre prière et notre affection fraternelle active.
L’invitation s’adresse à chacun de nous: «Consolez, consolez mon peuple, dit le Seigneur.»
Voir la revue associée à cet article





