Les actualités - Le Jeudi 24 Mai 2012

Chute du Mur de Berlin : Entretien avec l´archevêque de l´époque

www.zenit.org
Lundi 9 Novembre 2009

Vingt ans après la chute du Mur de Berlin, ZENIT a interviewé le cardinal polonais Georg Maximilian Sterzinsky, archevêque de Berlin au moment de la chute du Mur, le 9 novembre 1989. Mgr Sterzinsky a été créé cardinal en 1991 par le pape Jean-Paul II.


CNS photo/Susana Vera, Reuters

ZENIT - Eminence, vous avez été le premier archevêque de Berlin après la chute du mur. Quel souvenir gardez-vous de ces moments ?

Card. Sterzinsky - Quand le Mur est tombé, le 9 novembre, j'étais en voyage pour ma visite de présentation au Saint-Père. Quelques semaines auparavant, le 9 septembre, j'avais été consacré évêque. En regardant la télévision italienne j'ai vu les habitants de Berlin-est qui passaient à l'ouest. Je n'en croyais pas mes yeux. Je n'ai su ce qui s'était passé que le lendemain, grâce à une conférence de presse du porte-parole du Politburo du SED (parti socialiste unifié de RDA, ndlr) de l'époque, Günther Schabowski.

ZENIT - Qu'éprouvez-vous en repensant à ce 9 novembre 1989 ?

Card. Sterzinsky - De la gratitude, surtout de la gratitude. Après tout ce qui s'était passé sur la Place Tienanmen, à Pékin, nous aussi de la RDA redoutions sérieusement de violents affrontements. Le 8 novembre, nous serons à Berlin pour une joyeuse messe d'action de grâce à Dieu qui nous a donné la liberté de manière pacifique.

ZENIT - Vingt ans après la chute du Mur, comment vit-on aujourd'hui dans votre région ? Et quelle est la situation de l'Eglise ?

Card. Sterzinsky - L'euphorie provoquée par la chute du Mur est passée. Je ne me suis jamais attendu à ce que les églises se remplissent, même si c'est ce qu'ont toujours pensé mes confrères des anciens Länder. J'ai toujours répondu que dans leurs diocèses les églises ne sont finalement pas si pleines non plus. En Allemagne de l'est nous avons toujours vécu dans la diaspora et je ne pense pas qu'au temps de la RDA, les gens aient pu décider de ne pas se faire baptiser par peur des persécutions.

Beaucoup ont sûrement attendu de l'Allemagne réunifiée des choses qui ne se sont pas réalisées. En repensant à la RDA, beaucoup estiment, à tort, que l'on y vivait bien. Même si depuis, l'est et l'ouest se sont développés au même rythme dans divers domaines, à mon avis il y a encore des différences fondamentales. Ceux qui ont grandi dans les anciens Länder, sont plus individualistes dans leur manière de penser et de se présenter. Les personnes qui viennent d'Allemagne de l'Est ont, au contraire, une manière de sentir et de penser plus collective, comme avant. Il s'agit d'un autre goût de vivre.

Propos recueillis par Serena Sartini


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