Ces jeunes qui attendent des raisons de vivre et d’espérer
TOUCHER L’INTELLIGENCE PAR LE COEUR – Vous ai-je dit que je compte finaliser l’été prochain —pour parution à l’automne— un bouquin à partir des quelque 150 pages de notes de cours écrites pour mes étudiantes de secondaire V depuis l’automne 2006? Pourquoi ce long travail? Tout simplement parce que je n’ai pas encore trouvé, à ce jour, d’ouvrage québécois que j’aurais signé moi-même. Oh! j’en ai bien trouvé un dont j’aime l’approche et le ton, Dieu à l’usage de mes fils (Shafique Keshavjee, Seuil 2000), mais il a le défaut d’être... Français, donc très éloigné de la réalité des jeunes Québécois de souche qui, en matière religieuse, ne savent (presque) rien de rien du phénomène religieux en général et du christianisme en particulier. On n’est jamais aussi bien servi que par soi-même, affirme le dicton.
Cela dit, avant d’écrire, j’ai fait mes devoirs. Le premier en importance consistait en l’écoute des jeunes, de leurs questions, de leurs drames, afin de sentir leur âme, pour ainsi dire. Par la suite, j’ai hiérarchisé leurs questions, et je suis parti de la première, une à la fois.
Globalement, j’ai usé de la stratégie de la partie dans le tout (chaque leçon particulière essayant le plus possible de s’arrimer à un ensemble plus vaste de notions, la prière, par exemple, renvoyant au credo, etc.).
Quelle grâce que de revisiter ainsi ce que l’on croit savoir ou comprendre de la religion, de notre religion! Le défi? Parler à l’intelligence du coeur, SIMPLIFIER —le père Balthasar disait plutôt monnayer— des notions aussi abstraites et profondes que celles touchant l’existence de Dieu, le mystère transformant de la prière. Sans aucun doute, cet exercice a fait de moi un meilleur professeur, ajusté aux besoins de mes élèves, mais aussi un meilleur vulgarisateur du phénomène religieux et du christianisme. Deo gratias!
Vous voulez lire quelques lignes de ces notes pour pouvoir juger par vous-même de la pertinence de ma méthode? Bon, d’accord. Mais d’abord, le contexte: récemment, une brillante étudiante de secondaire V, Adrienne W., me demandait à la fin d’un cours «ce que la foi avait changé dans ma vie depuis ma conversion». Touché par sa question, je lui ai promis de lui répondre après réflexion, par écrit ou lors d’un cours.
Or, voilà que quelques semaines plus tard, les étudiantes de secondaire V lancent un Journal étudiant dans lequel elles me demandent de tenir une chronique… Comme premier sujet, je décide de répondre à Adrienne. En voici quelques extraits, qui illustrent ma méthode, mon ton:
Chronique religion: Dieu est plus qu’une «Coffee Crisp»! (Ndr: mes étudiante savent que je raffole de cette barre de chocolat). D’abord, merci à l’équipe de rédaction pour le privilège de cette chronique. (...). Pour moi, écrire, c’est vital. Mais encore faut-il avoir quelque chose de pertinent à dire! Voilà le défi: vous intéresser, voire vous émouvoir, comme le disait l’écrivain Bernanos, un de mes maîtres. (…).
Être croyant, ça change quoi? Dieu est plus qu’une «Coffee Crisp». En manger une, cela comble un désir, et procure un plaisir papillaire qui hélas! ne m’envoûte que quelques secondes. La foi, c’est autre chose. La foi ne procure pas de plaisirs, non, pas du tout, mais la JOIE, un bonheur profond.
Vers 18-19 ans, lorsque j’ai compris que ma blonde et le sport n’étaient pas des dieux qui pouvaient combler l’infini du désir de bonheur durable qui habitait mon cœur, je me suis retourné vers le Dieu de mon enfance. Je Lui ai parlé, lui demandant des choses, certaines frivoles, d’autres profondes. J’ai prié, lu, lu, lu, et prié encore. Les réponses sont venues, sous formes de lumières intérieures, de consolations, mais aussi d’événements concrets dans ma vie. Alors j’ai su. Que je n’étais plus seul.
La foi, Adrienne, c’est savoir que l’on n’est plus seul. C’est avoir la certitude intérieure qu’un Autre veille amoureusement sur soi, dans les jours heureux, mais aussi et surtout dans les jours malheureux. La foi, c’est donc une relation avec un Amour qui nous précède.
Depuis ma conversion, ma foi m’a rendu fort, très fort, surtout dans les épreuves, petites et grandes —qui ne cessent jamais!—, mais de la force d’un Autre. Cette force et cette joie, on les reçoit comment? En priant, c’est tout simple, enfantin même. Faut prier, c’est vital pour l’âme. Si on ne prie pas, on manque d’amour, et on va alors le cherchant partout, surtout au-dehors alors qu’il est au-dedans…(...).Voilà, Adrienne, mon secret, le secret de mon bonheur et de ma force.
Voir la revue associée à cet article








