Les actualités - Le Vendredi 25 Mai 2012

La Coalition pour la liberté en éducation (CLE)

Un mouvement conservateur traditionnel au Québec

La  rédaction
Par La rédaction
Canada
Vendredi 19 Décembre 2008

NDLR: Nous reproduisons ci-dessous un article de Richard Décarie, publié dans la revue Égards no XXII, hiver 2008.

La Coalition pour la liberté en éducation (CLÉ) a été fondée en 2007, en réaction à l’imposition annoncée du cours d’Éthique et culture religieuse (ÉCR) pour tous les élèves des niveaux primaire et secondaire. C’est en fait en septembre 2008, avec l’entrée en vigueur de ce cours obligatoire, que la signification de ce mouvement de protestation est véritablement apparue : une action politique conservatrice concrète doit désormais remplacer la résistance passive – et combien méritoire ! – des dernières décennies au Québec.


Richard Décarie

Le grand fait d’armes en 2008 aura été, pendant la campagne électorale québécoise, l’adhésion de l’Action démocratique du Québec (ADQ) à la position de la CLÉ, c'est-à-dire un droit d’exemption du cours d’ÉCR, au nom de la liberté de conscience et de choix, pour les enfants, les parents et les enseignants. La CLÉ a contribué par le fait même au retour à l’avant-scène de l’actualité politique électorale d'un débat sur la question identitaire et sur les dangers du multiculturalisme. « Le cours Éthique et culture religieuse, une négation de l'identité québécoise », titrait Le Devoir du 10 novembre, citant les propos tenus par le chef de l’ADQ, Mario Dumont, venu rencontrer quelque 200 membres de la CLÉ en Estrie.

Mouvement d’action conservatrice traditionnelle

Comme le signalait justement Carl Bergeron dans un article du 25 octobre dernier publié dans le journal en ligne L'intelligence conséquente, « [l]a mise en place du cours ÉCR et son caractère obligatoire ne signe pas un commencement d’altération des libertés, mais signe la fin d’une longue manœuvre d’anesthésie de toutes les fonctions vitales de transmission de la culture. Ça prenait un sacré culot pour imposer cette horreur du début du primaire jusqu’à la fin du secondaire ; que le régime se soit cru autorisé à aller de l’avant ne fait que confirmer son arrogance et sa conviction missionnaire. » À la CLÉ, nous voulons regrouper l'ensemble des forces vives conservatrices de toutes les régions du Québec. Il s’agit d’un appel à l’action lancé à toute l'élite conservatrice, du moins à ce qu'il en reste. Une vaste portion de la population du Québec serait volontiers réceptive à un tel appel, car elle prend conscience peu à peu de l'érosion de ses libertés fondamentales, notamment quant à l’éducation morale et religieuse de ses enfants.

Depuis maintenant quatre siècles, les traditions politiques du Québec s'enracinent dans des valeurs chrétiennes que l’État souhaite aujourd’hui balayer du revers de la main. Depuis 40 ans, l’espace public québécois rejette toute référence à ces valeurs chrétiennes qui sont pourtant à l'origine de nos institutions, et gare aux politiciens qui osent contredire ce diktat non écrit. Par malheur, en politique, on ne peut s'élever contre les profondes déformations infligées à nos traditions culturelles par un instrument de propagande relativiste comme le cours ÉCR, sans oser se référer de quelque façon à nos valeurs religieuses. Le chef de l’ADQ l'a démontré malgré lui. À l’automne 2008, l’ADQ a débuté la course électorale au Québec aux environs de 15 % des intentions de votes dans les sondages. Les premières journées de campagne n’attiraient qu’une poignée de supporters à cette formation politique qui constituait pourtant encore l'opposition officielle. Cependant, le fait que la CLÉ ait réalisé des événements d’envergure, tant sur le plan de la mobilisation publique que de l’attention médiatique – une telle attention étant un ingrédient indispensable à tout mouvement politique qui se veut viable –, a éveillé l'intérêt du chef de l’ADQ et l'a entraîné à adhérer à la position de la CLÉ lors d'un événement public tenu le 9 novembre dans une école de Granby, l'École secondaire J-H Leclerc, là même où sept familles avaient plus récemment été menacées de représailles par l’État. Du coup, la critique contre l'imposition du cours d’Éthique et culture religieuse a connu un impact médiatique d'une force proportionnelle à la réprobation qu'a dû subir le nouveau porte-parole de cette contestation, Mario Dumont. Mais ce n’est pas tout de porter le « grelot de la dissidence » à son pied, encore faut-il apprendre à danser pour créer un son harmonieux. De fait, en se limitant à la symbolique édulcorée des « sapins de Noël » plutôt que de saisir l’opportunité d'évoquer l'essence même de la Fête de Noël en plein débat public, Dumont a commis l’erreur stratégique d’éveiller cet adversaire de toutes les traditions religieuses, la pseudo-élite intellectuelle québécoise, sans toutefois susciter en retour le ralliement passionné d'une population d’allégeance conservatrice sur laquelle il faudra bien s'appuyer si l'on veut relancer un mouvement politique conservateur et antilibéral viable. Mario Dumont s’étant arrêté à la timide défense des « sapins de Noël », le grelot de Granby s’est rapidement transformé en boulet au pied d’une campagne déjà boiteuse.

Réalité politique du Québec

La conjoncture politique en ce début de XXIe siècle applique une forte pression sur notre système parlementaire britannique – qui normalement favorise le bipartisme. Ces institutions sont nées à une époque où le transport des élus politiques et de l’information était encore d'une extrême lenteur si on compare à aujourd'hui. Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’ère de l’information « en temps réel » ne pourra pas s’accommoder longtemps de l’inefficacité actuelle de nos institutions. Il y a quelques années, j’ai même émis l’hypothèse – devant un Stephen Harper songeur – d’une série d’élections de gouvernements minoritaires tant à Ottawa qu’à Québec, si rien ne change. La récente campagne présidentielle américaine en témoigne: si John F. Kennedy a inauguré l’ère politique télévisuelle, Barack Obama vient d’inaugurer l’ère politique cybernétique où les véhicules d’information via le Web ont entraîné des résultats très efficaces, tant sur le plan de l’adhésion politique que du financement enligne.

La vitesse « grand V » de transmission de l’information entraîne inévitablement le morcellement d'une opinion publique qui peine à suivre la cadence. La création spontanée de partis opportunistes, tels que le Parti vert, suscite une adhésion tout aussi surprenante qu’éphémère. Sur la scène fédérale, le Bloc Québécois bénéficie également de ce phénomène de morcellement. Dans le cas de l’ADQ, la situation est cependant différente. Ce parti pourrait compter sur un vote stable s'il réussissait à définir une authentique voie conservatrice traditionnelle au Québec. En effet, la place est libre, car les deux « vieux partis » sont libéraux sur le plan philosophique et ne se distinguent vraiment que par leur allégeance constitutionnelle. L’ADQ n’a cependant pas su à ce jour relever ce défi. En réalité, pouvait-il réussir ? L'ADQ aurait eu besoin à sa droite d’un mouvement conservateur traditionnel capable de forcer le débat au sein de la société civile et de proposer des orientations politiques clairement conservatrices. Le rapport entre l'ADQ et ce mouvement conservateur serait analogue à celui qu'a connu le Parti libéral de Trudeau avec le NPD : l'ADQ, qui serait positionnée au centre-droit, emprunterait à ce mouvement de droite les parties de son programme que l'ensemble de l'électorat est prêt à accepter.

L’intérêt suscité par la coalition CLÉ dans la population démontre qu’il est temps de passer à l’action… à l’Action conservatrice traditionnelle. En créant un mouvement de défense et de restauration de nos traditions et de nos valeurs politiques et religieuses capable d'œuvrer à la fois par l'éducation populaire et par des interventions politiques ponctuelles, nous ramènerons dans l'espace public une philosophie politique qui, après cinquante ans d'un silence presque complet, jouera de nouveau un rôle clé dans la société québécoise.


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