Appel à Barack Obama
La protection des droits des groupes minoritaires en Irak devrait être une priorité pour le nouveau président élu des États-Unis, Barack Obama. C’est du moins l’avis qu’exprime Mgr Jean Sleiman, l’archevêque de rite catholique romain de Bagdad (également religieux carme), au moment même où d’autres reculs importants pour les chrétiens sont constatés. Ceux-ci cherchent présentement à se positionner face à l’avenir de leur pays.
Réfléchissant à la victoire du candidat démocrate à la Maison Blanche la semaine dernière, Mgr Sleiman a soulevé la question des droits des chrétiens et des autres minorités religieuses, considérablement diminués ces derniers mois par les luttes de pouvoir entre chefs politiques. Ces propos de l’archevêque d’origine libanaise, confié à l’Aide à l’Église en Détresse, font suite à plusieurs allégations d’implications politiques dans les attaques du mois dernier contre les chrétiens à Mossoul, ainsi que l’annonce du parlement iraquien d’une réduction massive du nombre de sièges réservés aux groupes minoritaires du pays, dans le cadre des élections provinciales prévues pour janvier prochain.

Mgr Jean Sleiman, archevêque catholique romain de Bagdad
AED
« Il serait très important que les États-Unis aident à protéger les droits des minorités en Irak », indique Mgr Sleiman. « Des pressions doivent être faites sur le gouvernement de l’Irak pour qu’il respecte les besoins, non seulement des chrétiens, mais de toutes les minorités. J’espère que les États-Unis vont encourager l’Irak à s’améliorer et à devenir un pays où l’autorité de la loi est soutenue, où il y a l’égalité [entre tous] et où les droits humains sont le cœur de la constitution », estime-t-il.
Des partis au service d’eux-mêmes
Mgr Sleiman a également rappelé que les chrétiens ont désespérément besoin d’une augmentation des mesures de sécurité, en particulier à Mossoul. Par ailleurs, cette semaine, environ 1 500 d’entre eux ont mis leurs peurs de côté et sont revenus dans la ville, après plusieurs semaines passées dans des camps de déplacés et des abris temporaires. Cela représente une infime portion des 15 000 chrétiens qui ont fui la cité multi millénaire le mois dernier au plus fort de la vague de violence et d’intimidation.
Mgr Sleiman souligne le fait que les chrétiens ont été exploités dans cette campagne de peur par certains groupes politiques dominants, alors que preuve a été faite qu’ils ont conspiré dans la campagne pour chasser les chrétiens de Mossoul. « Les partis politiques ne se sentent pas concernés par les droits des minorités. Ils pensent davantage à leurs propres tactiques et stratégies », considère-t-il. Les commentaires de Mgr Sleiman reflètent d’ailleurs le rapport fait le mois dernier par les évêques irakiens dans lequel ils allèguent que « les tragiques événements de Mossoul » étaient « une partie d’un plan politique » visant « la division et la fragmentation du pays ».
Les commentaires de Mgr Sleiman ont été faits après que le parlement iraquien ait pris la décision, le lundi 3 novembre, de n’allouer que six sièges aux groupes minoritaires dans les élections qui doivent se tenir le 31 janvier prochain. De ceux-ci, trois seulement sont prévus pour les chrétiens, une infime fraction du total des quelque 400 sièges que compte le parlement. La représentation des groupes minoritaires a donc diminué sensiblement, passant de 15 représentants, prévus à l’article 50 de la constitution, à 6 adoptés selon la nouvelle loi électorale approuvée par le parlement en septembre dernier.
L’archevêque s’attend à peu de changements significatifs, tout comme la plupart des Irakiens (chrétiens inclus), sous la nouvelle présidence américaine. « Je ne détecte pas d’enthousiasme réel pour Obama. Les gens pensent que le changement de président ne va rien changer à la stratégie [américaine]. Peut-être dans le style? », questionne Mgr Sleiman. « Un journal arabe diffusé sur le web titrait ainsi un article : ‘Bush n’était pas un sauvage et Obama n’est pas un ange.’ Je pense que le journal croit que Bush n’était pas aussi mauvais que certains l’ont dit, et qu’Obama ne sera pas aussi bon que les gens le pensent », indique Mgr Sleiman. Il ajoute : « Les gens ne savent pas trop quoi penser d’Obama. Sa figure charismatique et sa victoire ont impressionné tout le monde. Mais la plupart des gens vont être là à surveiller et à attendre pour voir comment la situation évoluera. » (Mario Bard et John Pontifex, AED)
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