Meurtres de deux sœurs chrétiennes à Mossoul
Mossoul à nouveau dans une campagne de violence antichrétienne? La mort de deux sœurs de rite syriaque catholique fait à nouveau craindre le pire dans cette ville où la communauté chrétienne est toujours menacée par les fondamentalistes musulmans.
Les chrétiens irakiens, qui se risquaient à retourner dans leurs villes après la vague de violence et d’intimidation du mois dernier, sont sous le choc aujourd’hui après que deux sœurs aient été poignardées à mort quand des agresseurs ont fait irruption dans leur maison.
Lamyaa Sahib et sa sœur, Walaa, sont mortes poignardées et ont succombé à leurs multiples blessures, dans leur résidence ce matin (12 novembre), dans le quartier résidentiel de Alqahira au nord de Mossoul. Leur mère qui vivait avec elles, a également été poignardée et repose maintenant dans un état critique à l’hôpital. Selon l’Agence France Presse, les agresseurs ont placé une bombe avant de quitter la maison, celle-ci a explosé à l’arrivée des policiers et a blessé deux d’entre eux. Trois autres policiers auraient été tués, selon les informations reçues par l’AED. La maison a également subi d’importants dommages. Pour l’instant, aucun groupe n’a revendiqué l’attaque. Lamyaa était célibataire alors que Walaa était mariée et mère de deux adolescents, un garçon et une fille.
Les deux sœurs dans la quarantaine étaient connues comme étant de ferventes croyantes de rite syriaque catholique. Les informations qu’a pu obtenir le bureau anglais de l’Aide à l’Église en Détresse (AED) montrent que cette nouvelle attaque a rallumé la peur et la panique dans la communauté chrétienne, l’anxiété quant à sa sécurité étant à son comble. La communauté chrétienne, et avec elle les autres minorités, affirment que ce double meurtre jette un doute sur la capacité du gouvernement iraquien à assurer leur sécurité, malgré la présence massive de forces policières dans la ville. Des forces supplémentaires avaient été envoyées au lendemain de la vague de violence et d’intimidation qui avaient contraint à l’exode plus de deux mille familles de Mossoul. Après que le gouvernement ait répété à mainte reprise depuis quelques semaines que la sécurité s’était améliorée, les chrétiens ont commencé à revenir à Mossoul. Depuis les deux dernières semaines, ce sont au moins 500 familles qui seraient revenues.
Sécurité : échec du gouvernement iraquien
Interviewé par l’AED, le père Bashar Warda, responsable du programme de secours d’urgence mis sur pied par l’organisme à l’intention des déplacés, a déclaré que l’attaque d’aujourd’hui a déjà eu des effets « dramatiques » sur les croyants, ceux-ci craignant une nouvelle vague de violence. « C’est clair que plusieurs pensent de nouveau à quitter Mossoul », indique le père Warda. « Le gouvernement essaie de dire que la ville est maintenant sécuritaire et, soudainement, vous avez une attaque comme celle-ci. » Il souligne qu’en plus, l’attaque est survenue dans une région où la sécurité est très contrôlée, très serrée. « La police a agi très rapidement pour calmer la situation mais il est évident que les agresseurs savaient ce qu’ils faisaient. »
Les autorités ecclésiales considèrent quant à elles que les attaques montrent l’échec du gouvernement à tenir ses promesses pour assurer la paix et la sécurité aux communautés chrétiennes qui manquent de milices et d’autres moyens pour assurer leur propre protection. Elles n’ont alors qu’une seule option en temps de crise : la fuite.

Attentats à Mossoul: malheureusement trop fréquents
AED
Les autorités demandent donc l’intervention des pays occidentaux en leur faveur, insistant non seulement sur la protection des chrétiens, mais aussi de toutes les minorités d’Irak. « Le gouvernement essaie de tromper » la communauté internationale « en faisant penser qu’il fait les bonnes choses et que les chrétiens sont en sécurité », estime un chef catholique local sous le couvert de l’anonymat. « En réalité, la situation est vraiment très préoccupante. »
Appel à la prière
Malgré les 35 000 soldats et policiers irakiens (AFP) déployés dans la ville de Mossoul, la journée de mercredi a été sanglante. Douze personnes sont mortes dans différents attentats et attaques, incluant les deux sœurs chrétiennes.
Les chrétiens de la région ont lancé un appel à la prière, ainsi qu’à un retour à la paix et à la stabilité. Les meurtres d’aujourd’hui surviennent après une série de reculs pour les chrétiens d’Irak, série qui a culminé la semaine dernière, avec la décision du parlement irakien de n’offrir que trois sièges aux chrétiens lors des élections provinciales prévues le 31 janvier prochain. C’est dix de moins que ce que proposait à l’origine l’article 50 de la constitution irakienne, ce dernier ayant été amendé en septembre dernier lors de l’adoption d’un projet de loi, coupant ainsi dans la présence des chrétiens au parlement. (John Pontifex et Mario Bard, AED)

Un militaire tout près d'une église après un attentat à Mossoul
AED








