Traverser ensemble les difficultés
À toi qui souffres… l’échec, ou la maladie, ou la chasteté obligée, ou l’infidélité, ou l’infertilité, ou la mort, ou la précarité, ou ton histoire qui te poursuit… À toi qui vis l’épreuve de la discorde et qui penses: «Entre nous, que le désert, que des silences lourds qui n’en finissent pas. Nous sommes assis à la même table, nous dormons dans le même lit, mais plus de communion… Comme il fait froid… Les seuls mots qui sortent de notre bouche sont des flèches empoisonnées. Chacun attaque l’autre du venin de ses accusations et justifications. C’est foutu, le mépris s’est installé…»
À toi, j’écris ceci, appuyé sur l’histoire gravée d’épreuves de notre couple, et de nombreux autres. Ce n’est pas une théorie que j’écris, mais bien ce que je sais d’expérience.
La rude épreuve est une pierre qui fait soit trébucher, soit se renforcer l’amour. Elle est le lieu ou de la désolation, ou de la floraison d’une vie nouvelle surpassant tout le mal éprouvé. Comment donc traverser l’épreuve sans mourir, sans que meure le couple? Comment marcher sur les eaux des tribulations sans s’y noyer? Que faire quand on n’y arrive pas, quand on est à bout de forces et de volonté? Ici nous attendent les marchands de mirage, sexologues ou psychologues, qui servent leurs techniques de communication très volatiles… Alors donc, quoi faire?
RIEN, non, RIEN à faire… sinon de répondre à cette invitation: «Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et moi je vous soulagerai » (Mt 11,28). «Venir à Lui ». Jésus a dit à Pierre: «Viens »… et Pierre a marché sur les eaux du lac de Galilée, sans mourir. RIEN à faire, sinon s’exposer. Celui qui veut bronzer ne doit-il pas, à tout le moins, «venir» au soleil, s’exposer! De même, celui qui s’expose à l’Amour, celui qui «vient» vers son Père, y recueille forcément des grâces, une de ces grâces étant le pardon et la réconciliation. C’est une certitude maintes fois expérimentée.
Maintenant, comment faire pour «venir» à Lui? Un jour, j’ai lu quelque chose au sujet d’homme et d’une femme, mariés. Ils ont piqué au mur de leur chambre un crucifix. Et lorsque arrive un coup dur, un chagrin, ils vont prier, ou pleurer, au pied de ce crucifix. C’est là que s’opèrent les miracles de leur vie. «Venir», c’est fermer la porte de sa chambre pour être avec Lui. C’est aussi écouter sa Voix et sa Parole, à deux ou trois. C’est «venir» recevoir l’Amour dans ses sacrements.
L’épreuve dans la relation est un silence, un désert bénéfique qui renvoie chacun à soi-même, chacun à son intérieur… «Dieu ne parle pas avec ceux qui se tiennent à l’extérieur d’eux-mêmes», dit saint Bernard. Le prophète Osée dira: «Je vais la séduire, je la conduirai au désert pour parler à son cœur» (Os 2,16).
Un prêtre orthodoxe a écrit quelques lignes encourageantes pour aider les couples sur ce chemin vers l’intérieur: «Aimer quelqu’un, c’est renoncer à l’avoir… à en faire un avoir. […] Ce que peut nous apporter le désert, c’est une prise de conscience, celle que l’autre est un Autre. […] L’épreuve du désert, c’est l’épreuve de la maturité. […] Le désert n’est pas un but, il est lieu de passage, il est “traversée”. […] L'épreuve du désert conduit à l'oasis d'une VRAIE Rencontre…» (Désert, déserts, père Jean-Yves Leloup, Albin Michel).
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