Les actualités - Le Mercredi 22 Février 2012

Témoignage

Le pardon recrée

Sophie Bouchard
Par Sophie Bouchard
Canada
Vendredi 27 Janvier 2012

( NDRL.: À lire! Ce témoignage émouvant sur la vie conjugale est tiré du tout premier numéro du magazine La Vie est Belle! (anciennement Le NIC) disponible gratuitement en ligne jusqu'à la fin février.) Il y a de ces personnes dont on ne peut oublier le regard à la fois limpide, calme et pétillant. Habités d’une paix profonde, ils avancent dans la vie avec une assurance qui étonne et dont on voudrait bien connaître le secret. André et Sylvie sont de ceux-là.


Photo Daniel Abel

Ils nous racontent leur amour, leurs joies, leurs consolations et comment ils ont traversé des épreuves qui, pour la majorité des couples modernes, s’avèrent fatales.

André vient d’une famille où la foi se vivait dans la discrétion. Ils allaient à la messe le dimanche, sans plus. «Mes parents croyaient, mais ne nous ont jamais parlé du Christ ou de l’Église.» Par ailleurs, ils ont eu la bonne idée de l’inscrire, dès sa tendre enfance, à des activités organisées pour les jeunes par une communauté religieuse. «C’est là que j’ai reçu toute ma formation chrétienne. Je suis resté auprès de cette communauté religieuse jusqu’à ce qu’ils me recrutent.» Mais il a eu beau essayer pendant quelques années de s’habituer à la vocation religieuse, rien n’y fit. «Je ne me voyais pas vivre toute ma vie sans être marié, alors j’ai quitté avant de prononcer des vœux.»

Il a donc reçu une formation chrétienne assez soignée. «Je me sentais à l’aise avec le contenu de la foi, avec la prière, la liturgie; il me semblait avoir une bonne relation avec Jésus, avec Marie. En somme, j’étais un “bon chrétien” standard. Pourtant, ma vie restait médiocre et ne donnait pas les fruits de sainteté qu’on aurait dû y trouver!» Sylvie aussi vient d’une famille pratiquante catholique. Même si ses parents n’étaient pas très bavards au sujet de la foi – c’était l’époque –, «je les ai vus quand même s’aimer, prier aussi, être fidèles au chapelet. J’ai vu ma mère souffrir physiquement et je sais qu’elle disait le chapelet, que ça la soutenait».

Pour le meilleur…

Les futurs époux se sont rencontrés à l’université, lors d’une activité de pastorale. «On est devenus amoureux, raconte Sylvie. Mais nous avons attendu la fin de nos études avant de nous marier.» Une longue attente de trois ans. «Et lorsque nous nous sommes mariés, c’était devant Dieu, pour la vie, pour s’aimer toujours.»

Pourtant, après 10 ans de mariage, malgré la maison, les quatre enfants, la santé, l’argent, les voyages, Sylvie n’était pas comblée. «Je possédais tout ce que j’avais désiré, mais bizarrement, ça ne suffisait pas. En même temps, je me sentais coupable, considérant tous les cadeaux que j’avais, et je me demandais pourquoi je n’étais pas rassasiée. Ça me grugeait et je ne savais pas pourquoi. Il y avait une douloureuse impression de vide: l’absence de Dieu. Ce n’était pas encore clair. C’est seulement après que j’ai compris.»

C’est à ce moment-là qu’ils se joignent à un groupe de cheminement chrétien. Un cheminement qui plaît à André en raison du verbe percutant des initiateurs. Pour Sylvie, ce n’est pas aussi évident. Au début, elle suivait avec réticence, simplement pour ne pas rester seule à la maison. «Le Seigneur s’est servi de cette astuce pour m’amener à une conversion sérieuse, avoue Sylvie. J’avais vraiment besoin qu’il guérisse certaines choses en moi. Je dépendais trop de l’affection des autres. La Parole de Dieu est venue faire la lumière.»

…et pour le pire!

Quelques années plus tard, contre toute attente, le couple perd pied. Sylvie se rend compte progressivement qu’André lui est infidèle. «C’est venu si subtilement qu’à un moment donné tu te réveilles et tu es coincée dans l’événement, se rappelle Sylvie. Tu dis: ce n’est pas possible, ça ne peut pas nous arriver! Je me rappelle avoir eu le sentiment d’une trappe qui s’ouvrait sous mes pieds. Ce que j’avais de plus précieux me glissait des mains. Ça ne se pouvait pas. Le drame. Je questionnais pour vérifier, mais ne rencontrais que faux-fuyants… L’enfer!»

Photo Pascal Huot

«Le Malin est entré habilement, poursuit André, à travers une amitié. En jouant sur l’émotion ressentie devant une femme qui souffre, qui a besoin d’aide, de consolation, d’encouragement. Puis, mon besoin d’affection, d’approbation m’a fait découvrir des affinités… J’avais besoin de quelqu’un qui ait besoin de moi.» «Cette approbation aveugle que tu ne trouvais pas chez moi, tu l’as cherchée ailleurs», enchaîne Sylvie.

Ils ne s’étaient pas rendu compte qu’ils s’étaient éloignés l’un de l’autre. À force d’essayer de changer l’autre, sans succès, ils avaient peu à peu renoncé à entrer vraiment en relation. «Je voyais que mes réactions devant des événements, précise André, ce que je trouvais drôle, ce qui m’intéressait ou ce que je n’aimais pas, dérangeaient ou même scandalisaient Sylvie. Je me suis mis à dire de moins en moins de choses. Il se construisait une espèce de mur entre nous deux. Ce que j’aimais lui déplaisait, ce qu’elle aimait me dérangeait, m’agaçait. Qu’elle grimpe dans les rideaux à tout propos me tombait sur les nerfs. Mon calme, mon apathie l’énervaient.»

«Je réalisais que je ne pouvais pas combler ses attentes, et inversement, renchérit Sylvie. Ce n’est pas le manque total de communion, mais tu sens que quelque chose t’échappe.»

Pourtant, ni l’un ni l’autre n’avait souhaité cette division. «Dans mon orgueil, je pensais que nous étions à l’abri, se souvient Sylvie. Il me semblait que nous avions tout fait pour que ça n’arrive pas. Nous étions vigilants, nous étions amoureux, nous faisions des sorties ensemble. Mais dans le fond, je pensais que c’était nous qui construisions notre mariage. L’illusion était là. Je me disais: “C’est ce qui est le plus important dans ma vie, on va y mettre le paquet, on ne négligera pas ça.” Ça, c’étaient nos bonnes intentions.»

Enfin désillusionné

Pendant que Sylvie se disait qu’elle ne pourrait jamais pardonner l’infidélité d’André, que c’était au-dessus de ses forces, que son mariage en garderait toujours comme une faille, André, lui, commença à entrevoir que son impression de découvrir, pour la première fois, l’affinité parfaite était une illusion. «Je me souviens d’un petit fait que j’ai vécu comme une claque en plein visage. C’était au moment où je me persuadais que cette femme et moi nous trouvions exactement sur la même longueur d’onde. Je suis alors tombé sur un petit journal que j’avais écrit dans les premiers mois après ma rencontre avec Sylvie. En le relisant, j’ai constaté que j’avais senti et dit exactement la même chose au sujet de Sylvie. Je me disais: “Mais c’est fou, je suis un imbécile”.»

Dans un moment fort, André a réalisé qu’il avait fait une erreur sur la nature du mariage. «J’avais mis comme fondement de notre mariage mon calcul de l’improbabilité de jamais rencontrer quelqu’un qui convienne mieux que Sylvie. Mais c’était fou. Le fondement, c’est que le Seigneur a pensé à nous de toute éternité. Notre mariage vient de là, et rien d’autre ne peut en garantir la durée. Ça ne dépend pas de mon jugement, c’est plus profond que ça.»

Sylvie éprouvait de la rancune contre le Seigneur. Elle lui demandait pourquoi il avait permis ça. Elle s’en voulait aussi de ne pas avoir vu la chose venir. «Quelle terrible humiliation! Tout le monde est au courant!» Rien ne semblait pouvoir remédier au désastre. Puis le Seigneur intervient: l’autre femme coupe la relation avec André; les initiateurs du groupe les exhortent. «Tout de suite, on s’est sentis ramassés par la peau du cou, comme deux chats qui se noient. J’ai vraiment vu que le Seigneur était présent. Le trou dans lequel je tombais n’était pas sans fond. C’était comme dans le psaume 17 (18): “Il étendit sa main d'en haut, il me saisit, il me retira des grandes eaux.” J’ai vraiment senti cela.»

Une promesse du ciel

«On nous a prophétisé: “C’est le Seigneur qui vous prend en main, et lui, il est fidèle. Quand vous vous êtes mariés, vous vous êtes promis fidélité; il y a eu infidélité, mais Dieu est fidèle. Lui, il va reconstruire votre mariage”.»

Sylvie commence alors à découvrir ses propres torts, ses exigences. «Ça m’a aidé à demander pardon à André de ne pas avoir été capable de l’aimer comme il était. Je dirais que, de tout le chemin parcouru ensemble, c’est notre expérience la plus forte de la présence de Dieu. Notre pardon a été vraiment sincère. Il y a eu un temps très difficile, mais à partir de ce pardon, la guérison a commencé.»

Photo Pascal Huot

«Je me disais qu’après ça mon mariage allait garder une grosse fissure. J’ai expérimenté au contraire que le Seigneur a fait une œuvre nouvelle! Et je peux dire maintenant: “Heureuse faute (1)!”» En effet, Sylvie a pris conscience de la présence d’un Dieu aimant derrière tous ces événements et admet: «À considérer la façon dont nous vivions notre relation avant, même s’il n’y avait pas eu adultère, nous n’en serions jamais venus à nous aimer comme nous nous aimons aujourd’hui, dans la vérité.»

Quelquefois, lorsque André voyait Sylvie revivre ses doutes et souffrir de nouveau, il lui disait: «Aujourd’hui, je te choisis; c’est toi que j’aime, que je choisis.» «J’avais besoin d’entendre cela, explique Sylvie, de me faire dire que je n’étais pas un prix de consolation, un simple contrat à respecter.»

Désormais, Sylvie et André comprennent qu’ils ont besoin du Christ pour s’aimer vraiment et totalement. «Mon amour humain a ses limites, explique Sylvie; j’ai besoin du Christ pour pardonner chaque jour et pour demander pardon. On est plus vigilants là-dessus. On voit plus facilement le Malin venir, on le dénonce. On s’aide mutuellement contre lui, plus que l’un contre l’autre. On a expérimenté que Dieu est là, qu’il est fidèle. Il n’est pas chiche. Il ne fait pas juste masquer les fissures. Il refait quelque chose de tout à fait neuf. Avec de nouvelles bases, sur plus d’humilité.»

«Grâce au Seigneur, nous pouvons laisser chacun être ce qu’il est», se réjouit-elle. «Maintenant, elle peut grimper dans les rideaux, pas de problème!» confirme André. «Et il attend tranquillement que je redescende», conclut Sylvie en riant!

(1) Tiré de l’Exultet chanté à la vigile pascale: «Heureuse faute qui nous valut pareil rédempteur!»


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