Inde : des huttes de bambou aux abus de drogues
Une crise due aux abus de drogue chez la jeunesse assombrit un État du Nord-est de l’Inde, le Mizoram, où il n’y a qu’un siècle à peine, les gens vivaient encore dans des huttes de bambous et étaient animistes.
L’avertissement vient de l’évêque d’Aizawl, la capitale de cet État, située près de la frontière avec le Myanmar et le Bangladesh. Mgr Stephen Rotluanga raconte que selon les statistiques, plus d’un jeune sur trois a déjà été affecté par l’abus de drogues. L’évêque souligne aussi que, dans la capitale, on compte présentement 20 centres de réhabilitation qui se consacrent aux problèmes liés à la drogue.
Dans une entrevue accordée à l’Aide à l’Église en Détresse, Mgr Rotluanga soutient que ce sont l’échec du mariage, l’impact des médias de masse et le déclin des valeurs traditionnelles qui sont responsables de cette crise. L’évêque d’Aizawl parle d’un développement « fragile » de la société, qui est maintenant méconnaissable si on la compare à la situation d’avant la Première Guerre Mondiale, lorsque les gens étaient encore animistes et vivaient dans des huttes de bambou.
La région est très différente des autres régions du Nord-est de l’Inde : elle demeure déshéritée et sous-développée. La population, en plus d’être aux prises avec les problèmes de drogue des jeunes, doit lutter avec une situation d’extrême pauvreté. « Dans ma région... les jeunes qui le peuvent prennent des antidouleurs, du cannabis, de la colle bon marché dont ils inhalent les vapeurs, du sirop contre la toux : tout ce qu’ils peuvent trouver pour altérer leurs état d’esprit », indique Mgr Rotluanga. « Dans certains cas, dû à un abus ou à un mauvais usage des seringues », les docteurs doivent procéder à l’amputation de membres.
L’évêque estime que la clé du problème est le taux élevé de chômage, ce qui crée une énorme frustration dans cette région qui a le deuxième plus haut taux d’éducation de l’Inde, se plaçant juste derrière la région du Kerala (Sud ouest).
Des valeurs religieuses faibles
L’évêque indique encore que l’économie est maintenant stagnante, loin du développement rapide qui a prévalu au début du siècle dernier, en parti grâce aux missionnaires protestants qui sont venus dans la région durant le régime anglais qui s’est terminé avec l’indépendance du pays en 1947.
Estimant que l’économie locale est dépendante à plus de 90% du gouvernement central, Mgr Rotluanga indique : « Nous avons très peu de sources de revenus. Il n’y a pas d’industrie. Étant donné tous ces problèmes, les gens veulent quitter la région mais ils ne le peuvent pas parce qu’ils n’ont pas l’argent pour le faire. Donc, à la place, ils se tournent vers les drogues. »
Selon l’évêque de Aizawl, les valeurs religieuses de la population sont très faibles, malgré le fait que le Mizoram, l’une des deux régions qui composent le diocèse, est chrétienne presque à 100 pour cent. Après plus de six ans en poste, Mgr Rotluanga indique que la priorité est l’action sociale pour empêcher les jeunes d’aller vers l’abus de drogues et renforcer l’aide à la recherche d’emploi. Selon lui, approfondir la foi religieuse est aussi une façon significative et vitale d’affronter tous les problèmes dont ceux de reliés aux drogues.
Dans cet objectif, l’AED a entre autres aidé à la construction d’un nouveau centre pour le travail missionnaire des catéchètes. Une nouvelle église et un presbytère ont également été construits. Dans ce diocèse, on compte 25 paroisses, 50 prêtres et plus de 170 religieux et religieuses. L’évêque indique que le diocèse d’Aizawl est en pleine expansion mais est encore très petit avec seulement 30 000 croyants pour une population de plus de quatre millions d’habitants.
L’Inde compte 23 millions de chrétiens, dont 18 millions de catholiques, sur une population d’un milliard de personnes. C’est le deuxième pays le plus peuplé du monde après la Chine. (Par Mario Bard et John Pontifex, AED)
*Le Mizoram est un des petits États du nord-est de l'Inde. Sa superficie est de 21 087 km². En 2001, sa population est d'environ 890 000 habitants, parlant le mizo et l'anglais. Son taux d'alphabétisation est de 89% ce qui le place au second rang de tous les États de l'Inde après le Kerala. (source : Wikipedia)








