Être membre de l’Opus Dei, un scandale selon Duceppe
On apprenait mardi qu’une candidate du Parti Conservateur, madame Nicole Charbonneau Barron, est membre de l’Opus Dei. Le chef bloquiste Gilles Duceppe a tenu à faire connaître son opinion sur les options de la candidate en affirmant que Mme Charbonneau Barron est membre d'un groupe «dont l'idéologie est plus qu'étroite et butée, et qui se trouve à l'aise au sein du Parti conservateur».

«Quand on voit leur (Opus Dei) prise de position sur plusieurs sujets, le mariage de personnes de même sexe, le droit à l’avortement pour les femmes... Il y a des gens qui ont une ouverture d’esprit plus grande», a insisté M. Duceppe, écorchant au passage tous ceux qui portent ces valeurs.
Photo BQ
«Quand on regarde ce que prêche l'Opus Dei, leur façon de fonctionner et leur volonté de maintenir ce caractère secret, ça révèle un peu, pas mal, beaucoup le caractère d'idéologue borné qui se retrouve au parti Conservateur», a lancé, hier, M. Duceppe.
«Moi, je ne parle pas de croyances religieuses, je dis simplement qu'il y a, à l'Opus Dei, des idéologues au corridor idéologique assez étroit», a précisé le chef du Bloc. «Quand on voit leur prise de position sur plusieurs sujets, le mariage de personnes de même sexe, le droit à l’avortement pour les femmes... Il y a des gens qui ont une ouverture d’esprit plus grande», a insisté M. Duceppe, écorchant au passage tous ceux qui portent ces valeurs.
Des réactions
Lawrence Cannon, Parti Conservateur
La sortie de M. Duceppe contre les convictions religieuses de la candidate a aussitôt fait réagir les conservateurs, qui ont accusé le chef du Bloc de sombrer dans l'intolérance, une valeur que les bloquistes ont pourtant l’habitude de s’approprier.
«Quand M. Duceppe interprète les valeurs québécoises, il le fait de façon myope, affirme le ministre conservateur Lawrence Cannon. Il aimerait voir le Québec comme il le voit, pas comme les autres le voient en réalité.»
Contrairement à ce qui a circulé dans les médias, M. Cannon affirme qu'il était au courant de l'appartenance de Mme Charbonneau Barron à l'Opus Dei au moment d'accepter sa candidature.
Il dénonce la prise de position du chef bloquiste à l’égard d’une «personne qui se présente légitimement devant l’électorat. Ce qui est important, c’est que l’électorat soit au courant de tout cela. Et c’est lui qui décidera.»
«Ce ne sont pas des terroristes, ajoute M. Cannon, nous vivons dans une société ouverte et démocratique, capable de tolérer les opinions des autres et qui permet le rassemblement d'individus dans des associations.»
«À qui va-t-il s'en prendre maintenant? Aux Chevaliers de Colomb, au Cercle des fermières? Aux Dames de Sainte-Anne? Moi-même je suis membre des Chevaliers de Colomb. Il devrait savoir que beaucoup de Québécois ont encore à coeur leur héritage religieux!", a-t-il lancé en entrevue téléphonique à La Presse Canadienne.
«S'il poursuit dans cette veine-là, va-t-il me répudier parce que je suis membre des Chevaliers de Colomb?» a-t-il ajouté, furieux. M. Cannon affirme qu’il est membre de cette organisation catholique depuis les années 80.
Même le chef du parti Conservateur s’est questionné lors d’un point de presse en banlieue de Toronto. «Je trouve jusqu’à maintenant la campagne du Bloc bizarre, a-t-il affirmé. Un mouvement qui fait campagne contre l’Église catholique au Québec?»
Jean-Éric Guindon, Parti Libéral du Canada
Le commentaire du bloquiste a même fait réagir le président régional de Mauricie / Bois Francs / Drummond du Parti libéral du Canada et ancien candidat pour le PLC en 2004, Jean-Éric Guindon
Il s’est porté à la défense de madame Barron en voulant rétablir la vérité au sujet de l’Opus Dei en niant que «les membres de l'Opus Dei sont incités à briguer des postes d'influence pour accroître le rayonnement de l'ordre. Ce qui arrive c'est que chaque laïc catholique, chaque laïc chrétien est incité à utiliser ses talents. Or, s'il y en a là-dedans qui ont des talents en politique, qu'ils aillent en politique», a-t-il expliqué.
Jacques Brassard, ancien ministre péquiste
Le plus surprenant de ce tollé médiatique c’est le texte publié dans La Presse de l’ancien ministre péquiste Jacques Brassard qui a critiqué la campagne des bloquistes, les accusant d’utiliser le «bric-à-brac idéologique de la gauche» pour tenter de convaincre qu'ils défendent les valeurs québécoises.
«Pendant des années, commence-t-il, le Bloc québécois a fondé sa stratégie sur la “défense des intérêts québécois”. L'expression est à la fois vaporeuse et globalisante. Ce qui fait qu'on peut l'utiliser pour expliquer et justifier n'importe quelle position politique.»
Il qualifie ensuite l’expression de «formule passe-partout qui a l'avantage de nous dispenser de réfléchir sur la nature des fameux “intérêts québécois” mis en cause et servis à toutes les sauces.»
L’ancien ministre continue son argumentation en précisant que le chef du Bloc suppose que «les valeurs québécoises (qu'on ne juge pas utile de définir) sont des valeurs de gauche, des valeurs de la gauche... Le Bloc devient ainsi principalement un parti de gauche et, accessoirement, un parti souverainiste.» affirme-t-il.
L'ancien ministre est allé jusqu’à reprocher aux bloquistes de présenter le gouvernement de Stephen Harper comme «l'incarnation malodorante de la droite qui, dans l'univers chimérique des défenseurs de la vertu (de gauche, bien sûr, la vertu étant un monopole de la gauche), propage l'injustice, détruit la planète, fait la guerre pour le plaisir et démolit la culture.», laissant au lecteur la possibilité de décider qui des deux est le plus étroit d’esprit: l’Opus Dei ou Gilles Duceppe?
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