Les actualités - Le Dimanche 12 Février 2012

Visite pastorale de Benoît XVI dans la ville natale du pape Léon XIII

Pour le pape, les chrétiens sont une « force » « pacifique de changement »

Paul Bouchard
Par Paul Bouchard
Canada
Lundi 6 Septembre 2010

Les chrétiens sont « une force bénéfique et pacifique de changement » dans la société, a affirmé Benoît XVI ce dimanche, lors de sa visite apostolique à Carpineto Romano, la ville natale du pape Léon XIII (1810-1903).

Le but de cette visite à Carpineto Romano, petite ville de cinq mille habitants, située à 80 kilomètres de Rome, était de rappeler le bicentenaire de la naissance de Gioacchino Pecci, devenu Léon XIII et passé à l'histoire pour avoir été le grand pionnier de la doctrine sociale de l'Eglise avec son encyclique


Benoît XVI a acueilli en audienceà sa résidence d'été de Castel Gondolfo  le président d'Israël, Shimon Peres. : Photo CNS/Gian Andrea Turnaturi

Benoît XVI a acueilli en audienceà sa résidence d'été de Castel Gondolfo le président d'Israël, Shimon Peres.

Photo CNS/Gian Andrea Turnaturi

Le moment central de sa visite a été la célébration de la messe, sur la place des « Monti Lebini » encaissée entre les maisons et les montagnes, où la foule s'était rassemblée.

Dans son homélie, le pape a recueilli l'héritage doctrinal du pape Léon XIII en expliquant que les chrétiens, qu'ils agissent « en tant que citoyens individuels ou sous des formes associatives, constituent une force bénéfice et pacifique de changement profond, en favorisant le développement des potentialités internes de la réalité elle-même ».

« C'est la forme de présence et d'action dans le monde qui est proposée par la doctrine sociale de l'Eglise », a-t-il ajouté, soulignant que celle-ci « vise toujours la maturation des conscience comme une condition pour des transformations valables et durables ».

Le primat de Dieu

Pour comprendre le magistère de Léon XIII, il faut comprendre que celui-ci est profondément lié au primat de Dieu, a expliqué Benoît XVI. Ce n'est pas facile de suivre le Christ et cela ne peut dépendre « d'enthousiasmes et d'opportunismes ». Cela doit être « une décision pondérée » prise après s'être demandé : « Qui est Jésus pour moi ? ». Le pape a souligné que les desseins de Dieu sont « insondables » mais « les interrogations de l'homme de tous les temps qui cherche la vérité sur Dieu » trouvent des réponses en Jésus Christ.

« Ceci reste toujours la base de tout, pour chaque chrétien, y compris le pape, a ajouté Benoît XVI. Sans la prière, c'est-à-dire sans l'union intérieure avec Dieu, nous ne pouvons rien faire, comme Jésus l'a clairement dit à ses disciples au cours de la dernière Cène ».

Le pape a souligné un deuxième aspect de la personnalité de Léon XIII, qui dérivait aussi du primat de Dieu et que l'on retrouve « dans l'action publique de tout pasteur de l'Eglise ».

« Tout pasteur est appelé à transmettre au peuple de Dieu, non pas des vérité abstraites mais une 'sagesse', c'est-à-dire un message qui conjugue foi et vie, vérité et réalité concrète. Avec l'aide de l'Esprit Saint, le pape Léon XIII a été capable de faire cela à une période de l'histoire qui figure parmi les plus difficiles pour l'Eglise, en restant fidèle à la tradition et en même temps en affrontant les grandes questions en suspens ».

Benoît XVI a rappelé quelle a été la contribution de Léon XIII sur le « chemin de la civilisation » en expliquant que « la nouvelle fraternité chrétienne dépasse la séparation entre ceux qui sont esclaves et ceux qui sont libres, et déclenche dans l'histoire un principe de promotion de la personne ». Celui-ci « conduira à l'abolition de l'esclavage, mais aussi à surmonter des barrières qui existent encore », a-t-il ajouté.

Benoît XVI a rappelé que Léon XIII a consacré une encyclique à l'esclavage : Catholicae ecclesiae, publiée en 1890.

Le pape a ensuite présenté le contexte dans lequel est né le pape Gioacchino Pecci, il y a deux siècles. L'Europe souffrait encore des conséquences de la « grande tempête napoléonienne », l'Eglise et des nombreuses expressions de la culture chrétienne « étaient radicalement remises en question ». La vie quotidienne était difficile. « L'industrie et avec elle, le mouvement ouvrier, se développait ». Quand Léon XIII fut élu pape, il sentit le devoir de présenter « une lecture globale » de la société, offrant une certaine « perspective ». C'est dans ce cadre que se développe le magistère social de Léon XIII « devenu célèbre et impérissable par l'encyclique Rerum novarum ».

Un pape âgé qui a rajeuni l'Eglise

« A une époque de fort anticléricalisme et d'ardentes manifestations contre le pape, Léon XIII sut guider et soutenir les catholiques sur le chemin d'une participation constructive, riche de contenus, ferme sur les principes et capable d'ouverture. Un pape très âgé, mais sage et clairvoyant, put ainsi introduire dans le XXe siècle une Eglise rajeunie, avec l'attitude juste pour affronter les nouveaux défis », a expliqué Benoît XVI.

Le pape a reconnu que Léon XIII, nommé successeur de Pierre en 1878, « était un pape encore politiquement et physiquement 'prisonnier' au Vatican, mais en réalité, avec son magistère, il représentait une Eglise capable d'affronter sans complexes les grandes questions actuelles ».

L'essentiel : l'amour du Christ qui renouvelle les hommes et le monde

Benoît XVI a conclu en rappelant que l'Eucharistie, « sacrement de l'Amour », « nous renvoie à l'essentiel : la charité, l'amour du Christ qui renouvelle les hommes et le monde ». Il a évoqué la « douceur », « et en même temps la puissance révolutionnaire de l'Evangile », le « style à la fois discret et irrésistible de la charité » qui est, comme il l'a rappelé dans son encyclique « Caritas in veritate », « la force dynamique essentielle du vrai développement de chaque personne et de l'humanité tout entière ».

« Aimez-vous comme le Christ nous a aimés et avec cet amour, soyez le sel et la lumière du monde », a conclu le pape.

A l'issue de la messe le pape est rentré à Castel Gandolfo en hélicoptère. Il a récité la prière de l'Angélus du balcon de la cour intérieure de la résidence pontificale où étaient rassemblés les pèlerins.

Jesús Colina


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