Qu’est-ce que l’homme ? – Collectif
"Bien que chacun reconnaisse comme un des fondements de la vie publique le respect des Droits de l’Homme exprimés par la Déclaration universelle, il est moins évident que tous s’accordent sur ce qu’est l’Homme." Tel est le constat de l’Académie d’éducation et d’études sociales (AEES) qui publie, aux éditions François-Xavier de Guibert, les comptes rendus de ses séances pour l’année 2008-2009 : Qu’est-ce que l’homme ? Les auteurs y mènent une réflexion sur la nature complexe de l’homme : vulnérabilité, animalité, filiation, communion et don, principe et gratuité, etc.
Le Pr Didier Sicard évoque la fragilité au cœur de la nature humaine : "l’homme et l’espèce humaine commencent par un sentiment de fragilité à offrir en partage". La démarche éthique devrait donc permettre d’accepter son humanité dans le sentiment même de sa vulnérabilité. On comprend que la fragilité nous oblige au respect toutefois certaines des propositions qu’il développera dans l’ouvrage semblent échapper à cette obligation, dans des questions comme le clonage, la recherche sur l’embryon, la gestation pour autrui ou l’euthanasie. S’il affirme que "l’embryon n’est pas un tas de cellules" et qu’ "il n’y a pas d’état plus vulnérable que le début de la vie, celui que nous avons été", il accepte la recherche sur l’embryon dépourvu de projet parental.
Alors que l’évolutionnisme prétend à une totale continuité entre l’homme et l’animal ou qu’au contraire une vision dualiste établit une rupture radicale entre la corporéité et la spiritualité humaines, Jean-Marie Meyer montre que l’homme a une animalité très spécifique en tant que sa sensibilité est animée par un esprit. "La sensibilité humaine peut donc exprimer et faire connaître ce qui est spirituel, mais selon un mode qui, lui, est corporel. Pensons aux caresses, aux baisers, aux étreintes, aux pleurs, et cette liste n’est pas limitative. Inversement, cette promotion de notre sensibilité nous rappelle que la vérité de notre être n’est pas d’abord présente dans notre conscience psychologique mais dans notre corps." Par ailleurs, l’épanouissement de l’homme passe par une éducation de son animalité.
Jean-François Lambert invite à la réflexion sur la portée des "sciences humaines" : peuvent-elles définir la nature de l’homme. Il rappelle que la méthode scientifique opère par nature, une réduction de la réalité observée : les neurosciences ne prennent en compte –pour bien les comprendre – que les mécanismes du cerveau. L’erreur de toute une frange des sciences cognitives, qui prétend nier l’esprit et le sens au motif que l’examen du cerveau ne permet pas d’en attester l’existence, consiste donc en "une extension illégitime du paradigme de la science expérimentale à des domaines de réalité dont elle s’est a priori interdit l’accès." Car, si l’esprit n’est pas observable dans le cerveau, il est un présupposé nécessaire à la possibilité même de l’expérience consciente. En effet "rien ne voit ni ne pense dans le cerveau." "L’esprit, du fait même de son caractère fondateur échappe forcément à toute tentative de représentation. L’esprit apparaît ici en position de ‘conjecture initiale’. Il désigne ce que je dois d’emblée admettre pour que la connaissance de l’homme soit possible. L’esprit en tant que fondement ne laisse évidemment pas de trace dans le système (sinon celle de son effacement) mais se montre en acte. "
Mgr Michel Aupetit montre que l’on tend trop souvent à identifier la vie au vivant, le principe au fonctionnement. Les normes éthiques et sociales ne se fondent alors plus sur un principe d’humanité mais sur la fonctionnalité du vivant. C’est le début d’un utilitarisme qui mène à l’eugénisme : "Réduire la vie à la capacité et à la performance est une régression sociétale et privilégie le vivant efficace au dépend de sa vie". Alors que la vie est gratuité, "l’enfant n’est plus un don à accueillir, mais un dû pour une société qui construit la notion de bonheur, non sur l’amour mais sur les conditions fonctionnelles de ce bonheur".
Pour Xavier Lacroix, l’homme se définit par la notion de filiation. En effet, se poser la question de l’origine de l’homme, c’est également se poser la question de l’être. Il insiste sur l’importance de la paternité biologique, souvent relativisée au profit de la paternité d’adoption ou paternité d’éducation. "Certes la conception n’est pas tout. L’engendrement corporel n’est pas tout, mais il n’est pas rien. Ce n’est pas une donnée secondaire. Que la vie d’un homme ou d’une femme soit passée par le corps d’un autre, de deux autres, c’est impressionnant ! " Pourtant le père et la mère ne sont pas à strictement parler l’origine de leur enfant : ils ne font que transmettre la vie. Mettre au monde un enfant, c’est donc "le recevoir, et le recevoir d’une origine mystérieuse". Tout homme est donc premièrement fils du Père, de celui qui est à l’origine de la Vie et dont il tient sa dignité.
Pour Thibaud Collin, l’homme ne se réalise pleinement que dans la communion, communion qui n’est possible que si l’homme sait s’accueillir lui-même dans la solitude. Celle-ci permet en effet de s’approprier ce qui est donné, pour savoir ensuite se donner soi-même.
Yves Semen poursuit cette réflexion et affirme que l’homme est par nature un être de don. Il reprend la pensée de Jean-Paul II sur la sexualité et le mariage et en tire la conclusion que l’homme, en corps et en esprit, est fondamentalement un "être sponsal". "Si l’accomplissement parfait de la personne dans l’amour se fait dans l’amour sponsal, la personne n’est pas pleinement accomplie tant qu’elle n’est pas donnée à une autre personne" que ce soit dans le mariage ou une vie consacrée.







