Les actualités - Le Samedi 11 Février 2012

Cours d'éthique et de culture religieuse: ni victoire, ni défaite

L’École secondaire Loyola réagit au jugement de la Cour supérieure du Québec

Par Communiqué
Canada
Lundi 21 Juin 2010

La direction de l’École secondaire Loyola a réagi aujourd’hui au jugement rendu le 18 juin dernier par la Cour supérieure du Québec dans la cause impliquant le Ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport du Québec (MELS) relativement au cours d’éthique et culture religieuse.


Dans l'ordre habituel, père Rob Brennan, président du collège, monsieur John Succhi, monsieur Paul Donovan, directeur du collège, maître Jacques Darche, avocat. : Photo Paul Bouchard

Dans l'ordre habituel, père Rob Brennan, président du collège, monsieur John Succhi, monsieur Paul Donovan, directeur du collège, maître Jacques Darche, avocat.

Photo Paul Bouchard

« Si nous sommes heureux du jugement, nous croyons par ailleurs que c’est à tort qu’on y verrait une victoire pour Loyola ou une défaite pour le gouvernement. Comme membre de la communauté académique de Montréal depuis 1896, Loyola est fière de travailler quotidiennement avec le gouvernement dans la promotion de l’excellence pour les élèves du Québec » déclare d’emblée le président de l’école secondaire Loyola, père Rob Brennan, S.J.

Contexte et rappel des faits

L’École secondaire Loyola s’est adressée à la ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport en vertu d’une disposition réglementaire qui permet à un établissement scolaire privé d’être exempté d’un programme ministériel à condition d’offrir un programme équivalent.

Dans sa demande, l’École a présenté le programme qu’elle voulait offrir, soit un programme poursuivant les deux mêmes objectifs que le programme Éthique et culture religieuse — à savoir la reconnaissance de l’autre et la poursuite du bien commun —, ainsi que des contenus couvrant l’étude des grandes traditions religieuses et les divers points de vue à l’égard des questions éthiques. Son programme différait de celui du ministère en ce qu’il restait imprégné de la pédagogie jésuite, que la « posture professionnelle » exigée par le programme ministériel l’aurait forcée à abandonner.

La demande de l’École secondaire Loyola a été refusée au motif que le programme proposé n’était pas équivalent au programme ministériel en raison de son caractère confessionnel. Devant ce refus qu’elle considérait injustifié, l’École a décidé de prendre les recours qui d’imposaient et de contester cette décision devant la Cour supérieure du Québec. « Nous tenons à souligner la collaboration pro bono de Mes Jacques S. Darche et Mark Phillips du cabinet Borden Ladner Gervais s.r.l., s.e.n.c.r.l. qui nous ont accompagnés tout au long de cette démarche » ajoute père Brennan.

Le 18 juin 2010, la Cour supérieure a rendu son jugement, statuant que la décision de refuser la demande de Loyola était invalide parce qu’elle présupposait qu’un programme confessionnel ne pouvait atteindre les objectifs du programme ministériel.

Des dires mêmes du philosophe Georges Leroux, défenseur du programme ministériel et témoin expert du gouvernement dans cette cause, il n’y a aucune raison de penser que la pédagogie jésuite de Loyola ne puisse pas permettre l’atteinte des deux objectifs du programme que sont la reconnaissance de l’autre et la poursuite du bien commun.

La Cour supérieure a donc ainsi confirmé que, s’il est du ressort du gouvernement d’édicter un programme d’études, il ne lui appartient pas d’exclure toute autre manière d’atteindre les mêmes objectifs.

« Nous reconnaissons le rôle central du gouvernement dans la poursuite du bien commun et souhaitons collaborer avec lui pour que les établissements confessionnels puissent œuvrer avec toute personne de bonne volonté à bâtir une meilleure société pour tous. Nous croyons pouvoir alimenter la discussion sur le rôle que peuvent jouer les établissements confessionnels dans une société de plus en plus laïque » ajoute Paul Donovan, directeur le l’établissement.

L'École secondaire Loyola est un établissement d'enseignement privé de langue anglaise fondée et gérée par des Jésuites et dont les origines remontent à 1848. Située à Montréal, elle accueille 750 garçons du secondaire 1 à 5. Sa mission est la formation d'adultes catholiques matures et responsables selon la tradition de l'Église catholique et de la Société de Jésus.


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Vos commentaires

A quand l'évolution des mentalités ? ...

par Michel THYS à 2010-06-30 02:39:52

Bonjour,
Bien que Belge, je me permets de réagir.
Le jugement de Gérard Dugré me paraît aberrant !
En effet, alors que le point de vue de Galilée était fondé objectivement, celui de Loyola se fonde sur un dieu dont l'existence n'est que subjective.
La 'liberté de religion' qu'invoque ce juge n'existe que si un choix est possible entre différentes religions, et surtout entre la croyance ET l'incroyance.
Or ce choix est compromis du fait que toute alternative laïque est occultée, à des degrés divers, par les religions, et surtout parce que l'éducation religieuse, forcément affective, anesthésie généralement l'esprit crique ultérieur, dès qu'il est question de religion, et donc un choix en connaissance de cause. Ce juge en témoigne ...
La 'suprématie de Dieu' a déjà causé suffisamment d'intolérances, de violences et de guerres pour qu'on l'expurge enfin de la Charte et de toute Constitution.

Il n’est bien sûr pas question, dans ce cours d’ECR, de vouloir imposer un multiculturalisme relativiste, comme si tout se valait.
Mais faut-il pour autant n’offrir aux jeunes qu’une vision religieuse unilatérale ?
Privilégier la culture québécoise et la religion catholique est certes légitime, mais à notre époque de pluralisme des cultures et des convictions, cela ne peut, selon moi, que favoriser le repli identitaire, le communautarisme et donc l'intolérance.

Certes, les parents croyants ont (encore !) le droit légitime et constitutionnel d'imposer unilatéralement leur religion à leurs enfants.
Je crains cependant que cela ne favorise pas leur intégration à la modernité ...
Initialement, dans ce cours, il devait être fait mention de l’existence «d’autres conceptions de vie que religieuses ». C’était un minimum, par simple honnêteté intellectuelle. Or, à présent, même la mention de l’athéisme est, paraît-il, supprimée, comme si c’était une abomination !
Tout se passe donc comme si l’on voulait empêcher les jeunes de choisir librement de croire ou de ne pas croire.

Sous prétexte d’ouverture à la différence et au dialogue, le cours d'ECR fait découvrir au moins six autres religions, mais avec tant de détails, que cela jette la confusion dans l’esprit des enfants et adolescents. Par comparaison, cela ne peut que renforcer la religion traditionnelle et majoritaire.
Le multiculturalisme ne serait-il pas le but hypocrite de ce cours, en tentant de compenser le déclin du catholicisme dû à la déconfessionnalisation et à la laïcisation croissantes des sociétés intellectualisées ?

Certes, la culture générale implique un minimum de culture religieuse, mais aussi de culture laïque et humaniste.
Dans un souci de neutralité et afin de réduire les inégalités socioculturelles, l’école, via un cours d’ECR amélioré, devrait donc compenser l’influence des parents et celle d’un milieu culturel unilatéral, par une DOUBLE information minimale, objective et non prosélyte : d’une part, au cours d'histoire, ou lors d’un cours de philosophie, sur le « fait religieux » , sans occulter ce que toutes les religions ont en commun, à des degrés divers : la soumission, ET d’autre part, sur le « fait laïque » (l’humanisme laïque, ses principes de libre examen, d’esprit critique, d’autonomie et de responsabilité individuelle, ses valeurs 'universalisables' puisque bénéfiques à tous, telles que le respect de la dignité de l’homme, de la femme et de l’enfant , ses options, ses objectifs, la liberté de pensée, la spiritualité laïque, …).

Un tel système éducatif, est hélas encore utopique, parce qu’il conduit à terme à la fusion des écoles publiques et confessionnelles. Il permettrait pourtant à chacun de choisir ses convictions philosophiques OU religieuses en connaissance de cause, aussi librement et tardivement que possible, d’accepter la différence enrichissante de l’autre (si elle n’est pas fondamentaliste) et de tendre ainsi vers une réelle citoyenneté, fondée sur un meilleur « vivre ensemble ».

Michel THYS Waterloo, (en Belgique).

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