Les actualités - Le Dimanche 12 Février 2012

Soudan :

Doit-on craindre la guerre ou peut-on espérer la paix?

Un évêque émérite du Sud-Soudan, qui a dirigé son diocèse pendant l’un des conflits les plus acharnés qu’ait connu l’Afrique, est confiant que son pays ne retournera pas en guerre.

Dans une entrevue accordée à l’organisme international de charité catholique Aide à l’Église en Détresse (AED), l’évêque émérite de Torit, Mgr Paride Taban, s’est dit en désaccord avec ceux qui s’inquiètent de l’instabilité, suite aux élections générales d’avril dernier, et qui croient que cela mènerait directement à la violence.


Mgr Paride Taban, évêque émérite de Torit, Soudan. : Photo AED

Mgr Paride Taban, évêque émérite de Torit, Soudan.

Photo AED

L’évêque, salué par plusieurs comme un héros pour ses vingt ans à la tête du diocèse de Torit, alors que faisait rage la guerre civile, a déclaré que la population est déterminée à jouer pleinement son rôle dans le référendum à venir.

Le scrutin, prévu pour janvier 2011, pourrait mener à la sécession du Sud-Soudan, formant ainsi le plus jeune pays du continent africain. Mgr Taban a déclaré que ses espoirs de paix sont stimulés par les récents commentaires de Salva Kiir, président de la région semi-autonome du Sud-Soudan, qui s’est fait entendre pour tenter d’éliminer toute possibilité d’un retour de la violence.

« C’était étrange d’entendre le président du Sud-Soudan déclarer que [nous ne devons] jamais aller en guerre », a indiqué l’évêque émérite. « Le peuple du Sud-Soudan semble être plus mature que plusieurs personnes ne le pensent », estime-t-il.

En référence à la phase de transition qui avait suivi le plan de paix (Comprehensive Peace Agreement) de janvier 2005, entre le Nord et le Sud, Mgr Taban estime que, « même durant cette courte période, [la population] a eu beaucoup de défis, mais une guerre généralisée n’a jamais eu lieu. »

Une vision différente

Ses vues diffèrent nettement de celles d’autres évêques du Sud, par exemple Mgr Eduardo Hiiboro Kussala de Tombura-Yambio. En entrevue avec l’AED plus tôt cette année, l’évêque déclarait : « la possibilité que la nation entière descende dans l’abysse [de la guerre] est un scénario vraisemblable. »

Mgr Hiiboro a rapporté des flambées de violence dans son diocèse, alors que s’exprimait des préoccupations généralisées concernant des cas de truquage allégué des votes, d’intimidations auprès des électeurs et d’autres irrégularités commises durant le scrutin, le premier à être multipartite depuis 25 ans.

Plusieurs craignent un retour à la violence que le Soudan a vécu entre 1983 et 2005, alors que près de deux millions de personnes sont mortes et qu’un autre cinq millions a été déplacé durant ce qui s’est avéré être le plus long conflit continu en Afrique.

Pour l’instant du moins, un conflit à grande échelle a été évité, grâce aux résultats probants de Monsieur Kiir et de l’ancienne base des rebelles du Mouvement de Libération de la Population Soudanaise dans le sud (92 %), et une victoire sûre pour le président déjà en poste du pays, Omar Al Bashir, dans la capitale Khartoum.

Mgr Taban reconnaît que tout va dépendre du président Al Bashir et de son respect ou non du résultat du référendum, advenant que le Sud-Soudan vote pour la séparation d’avec le Nord. « Si ce que dit le président Bashir est vrai à propos de son respect du résultat du référendum, alors c’est bon – mais nous ne savons pas si ce qu’il dit est vrai », indique l’évêque.

Reconnaissant que le processus est un terreau fertile aux problèmes, Mgr Taban demeure optimiste. « Ce ne sera pas facile, mais nous avons à apprendre à partager les ressources que nous avons – et cela inclut les réserves de pétrole. » Plaidant afin que le référendum soit tenu comme prévu, l’évêque indique : « Laissez la population choisir. Ne laissez personne les pousser dans un sens ou dans un autre. Aidons les gens à être heureux. »

Mgr Taban en appelle aussi à l’implication continue de la communauté internationale pour aider le Soudan à traverser cette phase de transition. « Les gens au Sud-Soudan sont peut-être de bonne volonté, mais ils ont besoin de beaucoup de soutien de la communauté internationale. Ils ont besoin d’être renforcés, autrement plusieurs vont quitter par peur d’un retour à la guerre », estime-t-il.

Par John Newton et John Pontifex, AED Royaume-Uni

Traduction et adaptation : Mario Bard, AED Canada


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