Les actualités - Le Jeudi 9 Février 2012

Les abus sexuels

Le Vatican défend la position du pape Benoît XVI

Évelyne Lauzier
Par Évelyne Lauzier
Canada
Mardi 30 Mars 2010

N.D.L.R. Cet article est tiré de la prochaine édition du Nouvel informateur catholique (Le Nic) datée du 11 avril 2010. Il nous apparaît important, dans le contexte actuel des diffamations orchestrées par les médias, de devancer la publication papier en le publiant immédiatement sur ce portail de l'Internet.

À propos des nouvelles révélations de cas d’abus sexuels commis par des prêtres en Europe, incluant celle provenant d’un archidiocèse allemand jadis dirigé par le pape Benoît XVI, le Vatican a vigoureusement défendu devant la presse, le 14 mars dernier, la réponse de l’Église à cette crise. Il a de plus fait observer que la ligne de conduite du cardinal Ratzinger, alors qu’il était préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, a toujours été «celle de la rigueur et de la cohérence pour affronter même les situations les plus difficiles».


Federico Lombardi, porte-parole du Vatican. : Photo CNS

Federico Lombardi, porte-parole du Vatican.

Photo CNS

La réaction du Vatican fait suite à la vague de centaines de nouveaux cas d’allégations d’abus sexuels par des prêtres et d’autres responsables en Église qui ont fait surface, ces dernières se­maines, en Irlande, en Alle­magne, aux Pays-Bas, en Autriche et en Suisse.

Le pape Benoît XVI a eu une rencontre avec les évê­ques de la Conférence épis­copale allemande et les a encouragés à aller de l’avant «avec courage et décision», en enquêtant à fond sur le scandale d’abus sexuels sur des mineurs dans les écoles catholiques, a déclaré Mgr Ro­bert Zollitsch de Fri­bourg, le président des la Conférence des évêques allemands.

«La ligne adoptée par la Conférence épiscopale allemande s’est révélée juste pour affronter les divers aspects du problème, a dé­claré à la presse le père Fe­derico Lombardi. Les déclarations de son président, Mgr Robert Zollitsch, après sa rencontre avec le pape, ont confirmé les mesures prises lors de la récente assemblée des évêques allemands: 1- reconnaître la vérité; 2- aider les victimes; 3- renforcer la prévention; 4- collaborer avec les autorités pu­bliques et judiciaires».

Selon le père Lombardi, porte-parole du Vatican, le pape est même d’avis que la ligne de conduite de l’épis­copat allemand dans cette problématique «constitue un modèle, dont pourraient s’ins­pirer d’autres conférences épiscopales», au-delà, bien sûr, des spécificités induites par le contexte national.

«Malgré la tempête, a résumé le directeur de la salle de presse du Vatican, l’Église voit parfaitement la route à suivre, sous la conduite sûre et rigoureuse du pape.»

Un peu plus tard, le même jour, le Vatican émettait un communiqué au sujet d’une nouvelle à l’effet que l’Église allemande aurait permis à un prêtre soupçonné d’abus sexuels de retourner à sa tâche pastorale dans l’archidiocèse de Munich et Freising, au début des années ’80, alors que le pape Benoît (cardinal Rat­zinger) y était archevêque (1977-1982).

Selon le porte-parole du Saint-Siège, le communiqué de presse montre que «l’archevêque (Ratzinger) était totalement étranger aux décisions à la suite desquelles ces crimes ont été perpétrés».

Les faits

C’est un quotidien munichois, le «Süddeutsche Zei­tung», qui annonçait, le 13 mars, que le diocèse de Bavière avait donné l’hospitalité à un prêtre du diocèse d’Essen qui avait commis des actes pédophiles, en vue de lui faire suivre une thérapie. Il aurait, à ce moment-là, été affecté à une tâche indéterminée dans la pa­roisse.

À ce sujet, l’archevêché de Munich a précisé que le vicaire général du diocèse, à l’époque, Mgr Gerhard Gru­ber, assumait l’entière responsabilité de «son erreur sérieuse». Ce dernier a d’ailleurs déclaré à la presse allemande qu’il regrettait «profondément» sa décision «qui a pu entraîner des abus sur des adolescents» Et il a ajouté, «je demande pardon à tous ceux qui ont subi un préjudice».

Sur ce point, le père Lombardi a dit aux journalistes que Mgr Gruber, avait passé outre aux indications du cardinal Ratzinger, «qui avait décidé que le prêtre concerné ne devait avoir aucune activité pastorale».

Précisons ici que le prêtre en question a par la suite été condamné en juin 1986 à 18 mois de prison avec sursis pour abus sexuels sur mi­neurs et à payer une amende de 4000 marks. Le tribunal d’Ebersberg lui avait de plus donné l’ordre de suivre une psychothérapie.

«À l’évidence, de dire le père Lombardi, on s’est a­charné ces derniers jours, à Ratisbonne comme à Mu­nich, à rechercher des éléments susceptibles de mettre en cause le Saint-Père dans ces affaires. Objectivement, ces tentatives ont échoué», selon lui.

Le porte-parole du Saint Siège faisait bien sûr allusion au fait que plusieurs quo­tidiens allemands et d’au­tres pays d’Europe ont saisi l’occasion pour titrer à la Une sur ces scandales, après avoir découvert que ces faits s’é­taient déroulés dans l’ancien diocèse du pape.

Un promoteur de justice

Le même jour, le quotidien du Vatican, «L’Osser­va­­tore Romano», publiait dans sa page frontispice un article intitulé La sévérité de Benoît XVI contre la corruption dans l’Église.

On peut y lire que la personnalité du pape a été dénaturée. On l’a dépeint comme un administrateur distant, portant peu d’intérêt aux scandales, alors qu’en fait, le pontife allemand a pavé la voie pour redresser ce genre de situations et en prévenir de nou­velles, en prenant des me­sures sévères et appropriées.

«Il faut remercier la grande sévérité du pape si plusieurs conférences épis­copales dans le monde ont fait la lumière sur des cas d’abus sexuels dans leur diocèse, et ont collaboré avec les autorités civiles pour que justice soit rendue aux victimes», lit-on dans le quotidien du Vatican.

Dans une inhabituelle interview, le 13 mars, un personnage-clé du Vatican, a décrit en détails les mesures prises par le Vatican pour confronter les cas d’abus sexuels depuis 2001, l’année où la Con­grégation pour la doctrine de la foi, sous la direction du cardinal Joseph Ratzinger, émettait de nouvelles normes, très strictes pour procéder dans de tels cas.

Le responsable en question porte le titre de Pro­moteur de la Justice de la Congrégation de la foi, Msgr Charles J. Scicluna, qui est le Ministère public du tribunal de la Congrégation en charge d’enquêter sur les «Delicta Graviora», les cri­mes que l’Église considère comme les plus graves, c’est-à-dire ceux commis con­tre l’Eucharistie ou le secret de la confession, de même que les viols sur mi­neurs de la part du clergé. Et c’est au quotidien italien catholique l’«Avvenire», qu’il a accordé une entrevue.

Fermeté du cardinal Ratzinger

Msgr Scicluna, qui traite di­rectement avec les cas de prêtres accusés d’abus sur des mineurs, a déclaré que l’allégation à l’effet que le pape aurait couvert des cri­mes d’abus sexuels «est une accusation sans fondement, et même calomnieuse». Il a rappelé qu’avec le Motu Pro­prio de 2001, le crime de pédophilie est devenu «l’exclusive compétence» de son tribunal, et «qu’à partir de là, le cardinal Ratzinger a géré avec fermeté ces affaires». Et le prélat à ajouté que le cardinal avait «fait preuve de courage dans le traitement de cas extrêmement délicats. Accuser le pape actuel d’avoir occulté la question, a-t-il insisté, est pure calomnie.»

Quand le journaliste de l’«Avvenire», lui a demandé si les normes qui servaient de balises à la marche de son tribunal recommandaient le secret, Msgr Scicluna a ré­pondu qu’une mauvaise traduction anglaise de l’instruction «Crimen Sollicita­tio­nis», rafraîchie sous Jean XXIII, pouvait faire «penser que le Saint-Siège imposait le secret pour occulter les faits, mais il n’en était pas ainsi», s’est-il empressé d’a­jouter.

«Le secret de l’instruction servait à protéger la réputation des personnes im­pliquées, les victimes com­me aussi les prêtres accusés, qui ont eux aussi droit à la présomption d’innocence. L’Église n’aime pas la justice-spectacle.»

Politique de secret?

Le promoteur a bien précisé ici que ces normes de confidentialité relatives aux abus sexuels ne signifient en aucun cas que les évêques ou tout autre autorité dans l’Église soient exemptés de rapporter ces crimes à la justice civile.

«Dans les pays de culture juridique anglo-saxonne, mais aussi en France, les évêques apprennent la plupart du temps les crimes commis par leurs prêtres hors confession, ce qui les oblige à recourir à l’autorité judiciaire. C’est une situation grave, a fait valoir le prélat, car ces évêques sont comme un parent contraint à dénoncer son fils. Dans ces cas, nous recommandons de respecter la loi», a confié Msgr Scicluna.

Dans certains pays où il n’y a pas d’obligation légale de rapporter des cas d’abus sexuels, le promoteur de Justice confie que l’Église invite les victimes «à dénoncer leurs bourreaux, et nous encourageons les évêques à fournir à ces victimes toute l’assistance nécessaire, et pas strictement spirituelle».

À la question du journaliste qui lui demandait combien de cas il avait traités depuis qu’il est entré en fonction, Msgr Scicluna a répondu que de 2001 à 2010, il a reçu 3000 accusations, «regardant des prêtres diocésains ou religieux, pour des crimes commis ces 50 dernières années».

Dans 60% de ces cas, a-t-il expliqué, il s’agit d’attraction physique pour des adolescents de même sexe; un autre 30% implique des relations hétérosexuelles, et le 10% restant sont des cas de pédophilie. «En neuf ans, a résumé le prélat, les cas de prêtres accusés de pédophilie sont donc environ 300. Trop, certes, a commenté le juriste, ajoutant que le phénomène n’est pas étendu comme on veut le faire croire».

Beaucoup de procès et de condamnations sur les 3000 cas? Dans environ 20% des cas, il y a eu un procès en Église où la majorité des accusés a été trouvée coupable (environ 85%). Dans 60% des cas, il n’y a pas eu de procès à cause de l’âge avancé des accusés. Mais des mesures disciplinaires ont été prises à leur encontre, comme l’interdiction de célébrer la messe en public, de confesser, ou l’obligation de mener une vie retirée et de pénitence.

Le promoteur de Justice a tenu également à souligner que pour la moitié des cas qu’il a traités, «des cas particulièrement graves, agrémentés de preuves indubitables, le pape a pris la douloureuse responsabilité de la réduction (des auteurs) à l’état laïque. Pour l’autre moitié, ce sont les prêtres qui ont demandé à être relevés de leurs devoirs sacerdotaux.» Il a spécifié qu’on comptait parmi ces derniers «les prêtres trouvés en possession de matériel pédopornographique, condamnés pour ce délit par la justice civile».

Selon Msgr Scicluna, le nombre de nouveaux cas d’abus sexuels est en déclin; l’an dernier il y a eu 223 cas en provenance du monde entier. Et alors que la majorité des quelque 3000 cas signalés au Vatican depuis 2001 provenait des États-Unis, en 2009, «leur proportion est tombée à 25%» du total.

Entre 2007 et 2009, la moyenne des cas rapportés à la Congrégation pour la doctrine a été de 250. En résumé, si le nombre de pays qui rapportent des cas d’abus augmente, le nombre total des cas, lui, est en décroissance.

Le prélat a rappelé que le nombre total de prêtres (dio­césains et religieux) dans le monde s’élève à environ 400 000, «un nombre sans mesure par rapport à la perception que provoquent les cas exposés dans la presse».

En résumé…

Que se passe-t-il lors­qu’un prêtre est accusé d’un «Delictum Gravius»? Si l’accusation est avérée, ex­plique le promoteur de Jus­tice, «son évêque est con­traint d’enquêter tant sur l’objet de la démarche que sur sa validité. Si l’enquête préliminaire confirme l’accusation, il n’a plus le pouvoir d’agir et doit transmettre le dossier au Bureau disciplinaire de notre Congré­gation» (pour la doctrine de la foi).

À l’accusation par les médias du fait que ce bureau fonctionne peu et trop lentement, Msgr Scicluna répond à l’«Avvenire» que «l’affirmer est injuste. En 2003 et 2004, il y a eu une avalanche de cas soumis à notre examen, largement en provenance des États-Unis. Depuis, le phénomène s’est heureusement réduit et nous tentons de traiter les dossiers en temps réel» (sources: Va­tican Information Service (VIS) – CNS).


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