Ouganda: réapprendre à vivre
Au cours d’une entrevue, le recteur du séminaire d’Alokolum (nord de l’Ouganda), le père Cosmas Alule, a indiqué à l’Aide à l’Église en Détresse qu’après 20 ans, de nombreux réfugiés qui vivent dans des camps à cause de la guerre civile en Ouganda ne sont plus habitués à la «vie normale». Près d’une génération entière est née dans des camps de réfugiés ou y a grandi. Certes, beaucoup d’entre eux sont rentrés entre-temps dans leurs villages, mais de nombreuses personnes ont peur du retour parce qu’elles ne savent pas comment gérer leur vie en dehors des camps.
«Toute la culture du travail a été détruite, les gens ont pris l’habitude de recevoir chaque jour leur ration de nourriture et ne savent plus comment on gagne son pain quotidien» a déclaré le père Alule. «Ici, l’Église doit fournir de l’aide et conseiller les gens, étant donné que l’État n’est pas vraiment conscient du problème.» Le gouvernement donne certes un peu de matériel de construction et des semences aux personnes qui reviennent, mais ça n’est pas suffisant. Il s’agirait «d’aider les gens à reconstruire leur vie également d’un point de vue psychologique, culturel et spirituel».
L’inactivité à laquelle les gens ont été condamnés dans les camps les conduit par ailleurs à une plus forte consommation d’alcool et à l’immoralité sexuelle. La conséquence est qu’on retrouve dans les camps un taux d’infection par le virus du SIDA au moins trois fois supérieur à celui du reste de la population. Le taux d’infection en Ouganda a certes été dans l’ensemble réduit par les programmes de l’Église et de l’État, mais dans certains camps de réfugiés, plus d’un cinquième de la population est infecté. «Nous devons sauver ce qui peut être sauvé», déclare père Alule.
Cependant, le plus grand problème réside dans le fait que de nombreuses personnes sont très gravement traumatisées. «Elles ont vu leurs enfants enlevés, leurs sœurs, mères, filles et épouses violées et des gens assassinés», relate le religieux. Au séminaire d’Alokolum, qui se trouve sur le territoire d’un camp de réfugiés, de façon à ce que les séminaristes partagent la vie des réfugiés, les prêtres débutants sont spécialement formés pour assister et aider les personnes traumatisées.
Toutefois, certains des 171 séminaristes actuels ont eux-mêmes subi des traumatismes. Cela représente un défi pour les formateurs. Les accompagnateurs spirituels des séminaristes se saisissent de façon particulièrement intensive de ce problème. Cependant, selon le recteur, il y a également du bon à ce que «les futurs prêtres aient partagé les expériences de la population», car «nous avons besoin de prêtres qui savent ce qu’est la souffrance». Si quelqu’un a fait cette expérience douloureuse et que cela ne l’a pas brisé, il pourra mieux aider les autres.
Parier sur la solidarité et le dégoût de la guerre
L’Église du nord de l’Ouganda tente également de faire en sorte que les réfugiés s’aident les uns les autres. Les plus âgés, qui avaient appris à exploiter des terres et à tenir un budget, doivent transmettre ces connaissances aux plus jeunes. Les gens doivent apprendre à se soutenir les uns les autres. L’Église catholique parie sur une «stratégie de la solidarité», ainsi que l’exprime le recteur du séminaire. Les prêtres partagent la vie des fidèles, s’identifient à eux, et sont donc en mesure de comprendre et d’encourager les fidèles.
En ce qui concerne le traité de paix, qui est toujours en chantier et qui doit officiellement mettre fin à la guerre civile, père Alule exprime un «profond optimisme» que la paix viendra. Il est persuadé que la paix ne se réalisera pas seulement par un traité, mais que déjà, «Dieu a apporté la paix en faisant en sorte que les gens soient dégoûtés de la guerre». «Nous avons le sentiment que la guerre touche à sa fin», conclut-il.
La guerre civile entre le gouvernement ougandais et les rebelles de la Lord’s Resistance Army, règne au nord de l’Ouganda depuis 1998. Entre-temps, plusieurs traités de paix partiels ont été signés. Cependant, on attend toujours la signature du traité de paix final. (Par Mario Bard et Eva-Maria Kolmann, AED)
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