Inde: des violences «cruelles et dépravées»
Des prêtres et des religieuses torturés, déshabillés et promenés en public.
Des églises brûlées et des gens forcés de quitter leurs maisons.
Les extrémistes avertissent qu’il y aura d’autres attaques.
L’organisme international de charité catholique, Aide à l’Église en Détresse (AED), a condamné les attaques à caractère haineux perpétrées contre des chrétiens de l’État d’Orissa en Inde (est du pays), comme étant «cruelles et dépravées». Ceux-ci ont été injustement accusés du meurtre d’un responsable politique hindou.

Un véhicule brûle dans la cour d'une église du village de Nuagoan, situé dans l'est de l'Inde.
Photo CNS
Au moins cinq personnes ont été tuées et plusieurs autres ont été blessées après que des fanatiques hindous se soient déchaînés le lundi 25 août dans l’État d’Orissa, brûlant des églises et des maisons, torturant des prêtres et forçant la population à fuir leurs résidences. La violence est survenue après qu’un membre éminent du parti politique du «Vishwa Hindu Parishad party» (VHP), Laxmanananda Saraswati, et quatre autres personnes aient été tuées le 23 août dernier dans une attaque à la grenade. Il semble que les membres du parti aient accusé les chrétiens d’avoir orchestré le meurtre de monsieur Saraswati. Quelques heures plus tard, les violences commençaient.
John Pontifex du bureau anglais de l’organisme international de charité catholique, Aide à l’Église en Détresse (AED), qui a reçu en exclusivité des informations concernant la violence, a condamné les atrocités. «Ces attaques sont cruelles et dépravées au plus haut point.»
Soulignant que ces attaques sont les secondes du genre en neuf mois dans l’Orissa, monsieur Pontifex estime «qu’il est maintenant clair que les chrétiens de cette partie de l’Inde sont devenus les boucs émissaires, la cible des violences qui surgissent à la plus petite provocation, indépendamment de la culpabilité. Cette cruauté déréglée doit prendre fin.» Monsieur Pontifex lance un appel à tous les chrétiens: «Nous appelons tous les chrétiens de bonne volonté à prier pour tous ceux qui sont affligés par la perte d’un être cher et vivent dans la peur de savoir ce qui se passera demain.»
Atrocités sans nom
L’AED a reçu des informations concernant les atrocités dont ont été victimes les chrétiens de cet état. Un portrait, présage d’une situation qui risque d’empirer. Un prêtre, qui a contacté l’organisme pour lui faire part des violences, a déclaré: «Votre solidarité et vos prières dans ces moments de peur et d’anxiété vont aider à fortifier nos frères.» L’information, reçue des autorités ecclésiales, met en lumière la peur qu’il y ait davantage de violence à venir.
Selon les quelques informations recueillies par l’AED, une religieuse travaillant dans un centre de pastoral de l’archevêché de Bhubaneswar a été violée par un groupe avant que ceux-ci ne fassent sauter l’édifice à l’aide d’explosif. On ne sait pas si la religieuse est toujours en vie.
Ailleurs, un prêtre, directeur du centre pastoral de Kanjimendi, et une religieuse ont fui la foule d’émeutiers, mais ils ont été poursuivis jusque dans la maison d’un catholique. Les deux ont alors été «déshabillés et paradés en public» avant d’être remis à la police. Deux autres prêtres du district de Jajpur Road ont été également déshabillés avant d’être battus dans une jungle à proximité.
Une religieuse travaillant dans un orphelinat, Rajani Majhi, 22 ans, a été brulée vive dans l’incendie criminel de celui-ci. La vingtaine d’enfants présents a réussi à s’enfuir. Les funérailles ont été célébrées hier, mardi 26 août.
Tout près, un prêtre a été sauvagement battu à Padampur dans le district de Bargarh. Il a été transporté à l’hôpital où sa condition a été considérée comme «très sérieuse». Sa maison et son Jeep ont été incendiés.
Plusieurs églises de villages du diocèse de Rourkela ont également subi des dommages dus au feu, y compris des églises et des couvents catholiques à Madhupur. Le prêtre, les religieuses et les garçons hébergés dans l’orphelinat tenu par l’église se sont cachés dans les maisons des habitants des villages locaux.
Plusieurs autres informations sont disponibles sur le site web de «All india Christian council», le Conseil chrétien de l’Inde sur le lien suivant: http://indianchristians.in/news/content/view/2325/45/
Noël 2007
Selon les informations recueillies par l’AED, la situation pourrait empirer. Des sources proches de l’organisation ont révélé que des fanatiques hindous auraient juré, dimanche dernier, de continuer les attaques des Églises chrétiennes et de leurs institutions, partout dans l’Orissa, spécialement dans le district de Sundargarh, pour le mercredi 27 août.
Les attaques du lundi 25 août se sont déroulées durant un «bandh», une protestation où le public en général est invité à rester chez lui et à ne pas aller travailler. Ce genre d’appel, lancé par le parti VHP, a pourtant été défendu par la Cour suprême de l’Inde en 1998.
Sur les ondes de Radio-Vatican le 26 août, Marc Fromager, directeur de l’AED-France, a indiqué qu’il y a neuf mois, la veille et le jour de Noël, «5 églises, 48 chapelles, 6 couvents, 3 presbytères et 1 petit séminaire ont été détruits» dans des attaques du même genre que celles de lundi. De plus, 600 maisons de chrétiens avaient alors été détruites. L’AED a déjà aidé pour l’Église de l’État d’Orissa suite aux émeutes de décembre. (Par Mario Bard et John Newton, AED)











