Une politique pour la femme ou pour la famille?
NDLR: Cet article est une chronique tirée de l'édition du Nic du 7 février dernier
La brochure «Programme de soutien à des projets issus de la communauté en matière de conciliation travail-famille» —OUF!— réalisée par le ministère de la Famille et des Aînés (pourquoi diable séparer les “aînés” de la ”famille”?!) a de quoi rendre hilare le plus pessimiste… J’aime les utopistes-progressistes qui élaborent ce genre de brochures. Ma foi, les vrais humoristes, ce sont eux! Je plains les femmes qui fondent leurs espoirs “d’égalité” sur ce genre de théories, car elles en bavent un coup puis, bien endoctrinées, elles se résignent à n’avoir qu’un enfant, ou peut-être deux.
Sur la page couverture de la dite brochure, on voit une jeune mère assise à son ordinateur avec son nourrisson emmailloté tout contre elle. Alors qu’une vraie mère sait que dès que bébé dort, elle doit se jeter au lit pour récupérer le sommeil perdu, la mère de la brochure travaille: bien coiffée et sans repousse, bien maquillée et sans cerne, pas fatiguée et bien coquette avec ses boucles d’oreille, mince et svelte avec de petits seins… sans lait!
On se demande ce que fera la belle madame quand le nourrisson hurlera de faim et qu’un client aura besoin de son truc pour hier? Je l’imagine: «Oh! Excusez-moi monsieur Tremblay, je dois mettre bébé au sein et je vous reviens! Tourlou!». De retour au client, la belle madame devra manœuvrer habillement pour garder l’oreille sur le téléphone et bébé au sein tout en prenant des notes. Puis, elle sentira une odeur fétide lui monter au nez… Bébé se remettra à hurler et monsieur Tremblay devra attendre encore une fois… Et puis, si monsieur Tremblay est trop rétrograde pour comprendre la «conciliation travail-famille», on n’aura qu’à le taxer de sexiste! Qu’est-ce que c’est chouette l’égalité homme-femme!
Notre ministère de la Famille et des Femmes… Heu… Excusez, je veux dire, notre ministère de la Famille et des Aînés a deux obsessions: les “Municipalités amies des Aînés” et les “Centres de la petite enfance”. Dans un cas comme dans l’autre, on cherche une place, un endroit, un parking où on pourrait larguer le bébé et le vieux qui nuit considérablement à la “conciliation travail-femme”… Heu… Excusez, je veux dire, “conciliation travail-famille”. Si notre Ministère de la Femme qui travaille… Heu… Voyons! Excusez… je veux dire notre ministère de la Famille et des Aînés mettait autant d’énergie à créer une politique familiale qu’il en met pour placer les bébés et les vieux en institutions, la famille —et non plus la femme— deviendrait la valeur de base du Québec.
Les parents n’ont plus le temps de s’occuper de leurs vieux parents et de leurs enfants, car ils mettent leur énergie à concilier travail-famille! Pourtant, si un parent restait à la maison, l’enfant apprendrait à obéir et à respecter parents et grands-parents au lieu de rivaliser avec 40 enfants criards et de négocier avec quatre éducateurs différents. Quant aux aînés, au lieu de jouer aux quilles, aux cartes et de regarder la télé, ils mettraient la main à la pâte dans l’éducation de leurs petits-enfants en leur transmettant leur savoir-faire.
Si on veut aider les familles —ce qui veut dire les hommes, les enfants et les grands-parents et pas seulement les femmes—, on devrait mettre un terme à la spéculation des marchés immobiliers. Les familles pourraient se payer une maison à prix modique, permettant aux parents de payer leurs dettes d’études. L’argent qu’on donne aux CPE et au CHSLD irait aux parents pour que la famille reste unie. Pensons qu’il en coûte quatre fois plus cher de “placer” ce beau monde-là que de les laisser vivre en famille. On arrêterait de faire croire aux femmes qu’elles gagnent à retourner travailler et qu’elles peuvent concilier travail-famille sans perdre l’esprit— le leur et celui de leur famille.
On demanderait au ministère de la Santé et des services sociaux de mettre autant d’énergie à protéger la famille qu’à faciliter l’avortement. Quand on pense que depuis 10 ans, ce ministère a étendue la grille horaire des CLSC assignés aux avortements de une demi-journée à une journée complète ou plus, modifiée la procédure pré avortement en permettant l’i.v.g. le jour même, déplafonné les honoraires de médecins généralistes, engagés des médecins retraités et formé d’autres par «préceptorat» pour en augmenter le nombre… L’offre de service dans les CLSC a doublé, puis triplé: le nombre d’avortement est passé de 4 à 6 par semaine à 8 et 12… Quelle efficacité! Quand c’est pour une bonne cause, on s’active!
Pendant ce temps, les familles n’ont pas de médecins, les femmes n’ont pas de gynécologues et les mamans comme moi, qui ont plusieurs enfants, doivent payer très chèrement le traitement médical de leurs varices…
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