Pakistan : «Peu importe qui est au pouvoir»
À propos de la démission du Président pakistanais Pervez Musharraf, le Père Miguel Ruiz, recteur d’une école professionnelle technique des Salésiens à Lahore (Don Bosco Technical Center), ne se fait pas d’illusion. En entrevue à l‘Aide à l’Église en Détresse(AED), il a indiqué que pour la majeure partie de la population pakistanaise, «le changement au pouvoir ne fait pas de différence». Dans le passé, la situation des chrétiens ne s’est que rarement améliorée à la suite d’un changement de gouvernement.
Il est certes exact de dire que, sous Musharraf, la pression sur les chrétiens avait légèrement diminuée. Par contre, le président démissionnaire avait lui aussi les mains liées à cause des cercles islamistes fondamentalistes qui l’avaient menacé de troubles s’il avait, par exemple, touché aux lois sur le blasphème créés en 1980, qui sont souvent utilisées pour traîner des chrétiens devant les tribunaux.
D’après le Père Ruiz, la vraie cause de l’oppression des chrétiens se situe dans la grande pauvreté de la population. Ainsi, de nombreuses personnes ne sont pas en mesure d’offrir une formation scolaire à leurs enfants, souvent nombreux. Ils les envoient alors dans des écoles coraniques, dont plus de cinquante pour cent ne sont pas contrôlées par l’État.
Le fait qu’au Pakistan les chrétiens soient considérés comme la couche la plus basse de la population ne doit cependant pas être imputé uniquement à l’Islam. De nombreux musulmans, qui ont honte de cette conception, estiment que la situation actuelle est un reliquat du système hindouiste de castes. Avant l’indépendance de l’État du Pakistan en 1947, de nombreux musulmans ont fait eux-mêmes en Inde l’expérience d’être au plus bas niveau de la société, étant victimes de discrimination et de mépris.

La pauvreté est le lot des familles chrétiennes.
Photo AED
Éducation supérieure et jeunes délinquants
En visite au siège international de l’AED en Allemagne, le salésien espagnol a d’abord dénoncé le fait que tous les enfants chrétiens du Pakistan n’aient presque aucun accès au système de formation scolaire et ne puissent ainsi parvenir à la formation supérieure. Parfois, ils ne peuvent même pas être acceptés dans des établissements d’enseignement supérieur de l’Église, parce qu’ils ne réussissent pas les examens d’admission prévus par l’État! Ils n’ont pas une connaissance suffisante de l’anglais. Pour le père Ruiz, il est nécessaire que l’Église réfléchisse au moyen de permettre à ses fidèles de mieux accéder au système de formation scolaire.
Le prêtre catholique rêve de renforcer le travail auprès de la jeunesse pakistanaise et même de travailler avec de jeunes repris de justice qui, sans cela, seraient éduqués à la haine dans des écoles coraniques incontrôlées par l’État. Il rêve de leur apprendre «l’amour, la tolérance et le respect». Pour cela, il est même prêt à collaborer avec des organismes officiels. De jeunes délinquants de 12 ou 13 ans sont régulièrement envoyés dans de telles écoles coraniques où «toute leur rage, leur énergie et leur frustration contre la société sont transformées en haine», estime le père Ruiz.
Au Pakistan, les chrétiens ne représentent qu’une petite minorité d’environ 1,5 pour cent de la population, qui est musulmane à plus de 90 pour cent. Ils souffrent de discrimination et sont continuellement la cible d’actes de violence, autant physiques que moraux, en plus de voir leurs églises endommagées, quand elles ne sont pas carrément détruites. (Par Mario Bard et Eva-Maria Kolmann)
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