La mort et la vie au coeur d'Haïti
Le coq chante. Les hélicoptères volent. Une petite brise traverse nos bureaux. Tout est calme. La terre n’a pas encore tremblé. Il fait un temps magnifique sur Port-au-Prince, dévastée mais toujours vivante. Les gens sont encore à la messe. Car le malheur ne semble pas toucher la foi.
C’est le père Serge Chadic, directeur de Caritas Haïti, qui officie pour notre petite communauté ce matin. Même dans l’urgence, on sent le besoin de faire un retour sur soi, de se poser. J’entends les prières et les chants. C’est dimanche.
Hier, c’étaient les funérailles de Mgr Serge Joseph Miot, l’archevêque de Port-au-Prince, et du vicaire général de la cathédrale, Mgr Charles Benoît, qu’on a retrouvé sous ses décombres. Plusieurs d’entre nous y sont allés. C’était un moment très fort pour nos amis de la Caritas. Le père Chadic en est revenu bouleversé. À travers ces personnalités de l’Église, on rendait aussi hommage à tous les morts qui se dissolvent doucement sous les décombres.
Voilà pour les morts. Nos morts à tous. Ceux qui ont survécu, eux, ils vivent. Ils vaquent à leurs affaires. Des femmes montent lentement la colline, leur lourd bokit d’eau sur la tête. Elles ont peut-être fait des kilomètres pour le trouver mais le principal défi n’est pas là. L’eau est disponible dans la capitale. Encore faut-il pouvoir la traiter pour qu’elle soit potable. La situation est très favorable à l’éclosion des maladies.
Caritas a installé des réservoirs souples pour la distribution de l’eau potable sur plusieurs sites déjà, mais y en a des centaines. À chaque jour un petit pas. À chaque jour le fardeau un peu plus lourd. Comme on dit par ici : «Tête chargée !».

Danielle Leblanc
Développement et Paix
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