Résilience
Le campement s’est remis à s’activer à partir de 5h00. Les cuisinières s’affairent à nous préparer quelque chose à manger. Chacun essaie d’avoir accès aux douches et aux toilettes avant l’heure de pointe.
Plusieurs de ceux qui occupent les chambres du centre de formation ont dormi dehors. Dans les tentes, certains ont été en communication téléphonique une partie de la nuit. J’imagine qu’ils ont besoin de garder le contact avec leurs proches, de parler, de se confier à ceux qui, comme eux, ont vécu cet enfer depuis le début. La crainte de nouvelles secousses est omniprésente.
Même dans le noir, au petit jour, on se bouscule pour une place à la table informatique. C’est un coin de la cour d’où on peut se connecter au reste du monde. Heureusement qu’il y a ça ! On se sent moins coincés. Les journalistes envoient leurs articles ; les autres leurs rapports quotidiens. Et puis on essaie d’envoyer un mot à nos familles, pour les rassurer, leur dire que tout va bien.
Des demandes d’aide ou de recherche nous parviennent tous les jours, du Canada comme d’ici. Il y a tellement de besoins ! On se sent vite dépassés. On s’accroche aux petits succès et aux promesses de réussite du lendemain.
Dans la rue autour de nous, les pensionnaires de la rue sont debout. Il y en a qui chantent et qui vaquent à des occupations qui donnent l’impression que la vie continue. Balayer la poussière ; mettre de l’ordre dans les quelques misérables effets qui leur restent ; s’occuper des enfants. Des voitures passent sans cesse : on se demande comment il peut rester si peu de maisons et tant de bagnoles !
Au milieu de toute cette désolation, la vie qui continue. Le courage ; la résilience. Je ne sais pas où tous ces gens trouvent leur force. Haïtiens, chapeau !

Danielle Leblanc
Développement et Paix








