Nigeria: L’archevêque de Jos critique le gouvernement et les médias
Après les violences qui se sont produites à Jos le 17 janvier, et pendant lesquels de nombreuses personnes ont été tuées (228 selon Afrika.com), l’archevêque de Jos, Mgr Ignatius Ayau Kaigama, a critiqué aussi bien le gouvernement nigérian que les médias nationaux et internationaux.
Il a déclaré à l’Aide à l’Église en Détresse (AED) que de nombreux médias provoquaient les conflits en fournissant de fausses informations et en essayant d’attirer des “lecteurs-voyeurs” en publiant le plus d’images possibles. Mgr Kaigama considère que cela est « contreproductif ». Par ailleurs, il estime que les chrétiens n’auraient pas voix au chapitre dans les médias, si bien que dans de nombreux cas, ils seraient représentés comme les agresseurs.
Beaucoup de gens croient les comptes-rendus de la presse, comme si ils étaient « parole d’évangile ». Ils ne sont pas conscients du fait que bien souvent, il ne s’agit pas des faits, mais de l’opinion des journalistes. Mgr Kaigama exige des « reportages soignés et prudents ». Dans le cas des violences actuelles, les faits sont encore extrêmement confus. Beaucoup de ce qui a été présenté comme des faits ne repose que sur des rumeurs, a critiqué l’archevêque, ajoutant que, quand il s’agit du Nigeria, les médias s’attachent souvent à relater le plus possible la violence, sans s’occuper des thèmes qui ont une véritable importance.
Non, ce ne sont pas des conflits interreligieux
L’archevêque de Jos est d’avis que, contrairement à ce qui est dit, il ne s’agirait pas d’actes de violence à motivation religieuse, mais de conflits sociaux, politiques et ethniques. Au Nigeria, le gouvernement néglige la sécurité sociale de la population. Une grande partie de la jeunesse est sans avenir, il n’y a pas de travail, aucunes perspectives. Cette jeunesse est frustrée et désespérée, de sorte qu’elle en vient à la violence. Souvent, cette disposition à la violence est exploitée par des chefs politiques et religieux. Dans de nombreux cas, il s’agit de conflits ethniques. Mgr Kaigama appelle le gouvernement à faire du Nigeria un « meilleur pays », à développer le potentiel des Nigérians et à procurer la sécurité aux gens.
Ce ne sont pas seulement les jeunes qui sont mécontents, mais aussi de nombreux adultes auxquels on ne verse pas de salaire, ou alors avec beaucoup de retard, et ce, pour un dur labeur. Selon lui, le gouvernement ne s’acquitte pas de ses responsabilités. Presque tous les services sociaux sont fournis par l’Église. Pourtant le travail de cette dernière n’est pas soutenu par le gouvernement, mais dépend du soutien d’œuvres de bienfaisance. Il indique d’ailleurs que le couvre-feu imposé après les explosions de violence ajoute à la difficulté du travail de l’Église et attise encore plus les tensions au sein de la société.

Mgr Ignatius Ayau Kaigama, archevêque de Jos au Nigeria.
Photo AED
Préférer le dialogue au conflit
L’archevêque affirme que l’Église doit continuer et renforcer le dialogue islamo chrétien. Il y a certes des gens qui considèrent qu’une telle démarche est inutile. Cependant, les conflits « n’ont encore jamais été utiles ». Il est important de créer un climat d’harmonie et de paix, et pour cela, de travailler avant tout avec la jeunesse.
Ici, il y a de nombreux projets qui permettent aux jeunes chrétiens et musulmans « d’apprendre et de travailler ensemble », déclare Mgr Kaigama. La formation des séminaristes et des catéchètes est également d’une grande importance, étant donné qu’ils « vont vers les gens, offrent de l’espoir et effectuent un travail de réconciliation et de paix tout en bas, à la base ».
L’Aide à l’Église en Détresse appelle les chrétiens du monde entier à prier pour la paix et la réconciliation au Nigeria. L’organisme soutient de nombreux projets au Nigeria, dont la formation des prêtres et des catéchètes ainsi que le travail de réconciliation de l’Église catholique.
(Par Eva-Maria Kolmann, AED-International)








