L'Incarnation, mystère de miséricorde
Si je t’oublie, Jérusalem, que ma droite se dessèche!» (Ps 137) (1). Non, je ne veux pas oublier ce pays où Il est né, a souffert, est mort, a été enseveli et est ressuscité! Ce pays où les premiers chrétiens ont donné leur vie à cause de leur foi. Cette terre promise à Abraham, le père de la foi, le père des Juifs, nos frères aînés. Ce lieu béni où j’ai eu la grâce de poser les pieds en octobre. Et quelle grâce!
Jérusalem. Cette ville où le Seigneur est mort et ressuscité, peut susciter le scandale si l’on n’observe que l’attitude des hommes qui s’y querellent au nom de la foi… Un paradoxe qui fait ressortir le signe de l’Amour extraordinaire du Christ qui s’incarne malgré l’endurcissement de nos coeurs et qui révèle par le fait même la miséricorde de Jésus qui entre dans notre coeur même faible et pécheur.
Photo Sophie Bouchard
Que de moments vécus inexprimables! Je crois bien que mon coeur est marqué pour toujours. Depuis mon retour, il y a comme un lien entre cette terre et moi et par lequel je commence à comprendre vraiment tout ce que j’y ai vécu. Je ne m’attendais absolument pas à cet attachement! J’avais hâte de visiter Israël, bien sûr, mais sans plus. Pourtant…
Voir le Lac de Tibériade, là où la tempête a été apaisée; tremper les pieds dans cette eau où Pierre a failli périr en découvrant son manque de foi; manger de ce poisson, peut-être de la même espèce, qui s’est laissé prendre par miracle pour que les disciples puissent commencer à reconnaître en Jésus le Messie; toucher à cette pierre où le Christ a fondé son Église, la confiant avec amour à un homme faible, soutenu seulement par la grâce de l’Esprit Saint.
Entendre le Sermon sur la Montagne au Mont des Béatitudes, à côté d’un arbre vieux de 2000 ans (térébinthe) sous lequel Jésus s’est peut-être reposé. En sillonnant les routes, découvrir ces terres rocailleuses, sablonneuses, desséchées, qui font comprendre d’une façon nouvelle la parabole du semeur.
Se remémorer le baptême de Jésus par Jean-Baptiste, les deux pieds dans le Jourdain pour recueillir cette eau bénite depuis. Sur le Mont Thabor, supplier le Seigneur de transfigurer mon coeur pour que je puisse enfin aimer.
Admirer les grottes de Qumram où des hommes, les Esséniens, ont dédié leur vie à la Parole de Dieu, faisant en sorte qu’aujourd’hui nous ayons une confirmation de nos propres textes bibliques.
Entrer, puis sortir du tombeau de Lazare de Béthanie avec un désir sincère d’être habitée par la Vie. Grimper, à bout de souffle, jusqu’au Monastère des Tentations, à Jéricho, criant en mon for intérieur, comme l’aveugle, «Jésus, Fils de David, aie pitié de moi», de ma faiblesse.
À Bethléem, ressentir une hostilité, à cause du mur de la honte, peut-être semblable à celle de Joseph et Marie lorsqu’ils y cherchaient refuge. Puis, entrer dans Jérusalem… Ville Sainte! Tant pour les Juifs, pour les musulmans que pour les chrétiens. Croiser ces peuples, ces croyants différents, tous attirés par cette terre bénie.
Prier pour le retour en gloire du Christ face à cette porte dorée par où le Messie devra entrer selon la tradition juive. Au jardin des Oliviers, à Gethsémani, embrasser la pierre commémorant l’agonie du Christ, comme Marie-Madeleine a embrassé Ses pieds.
Au Saint Sépulcre, découvrir combien de chrétiens, de toutes confessions, viennent là, pour voir, toucher, communier à l’Amour suprême de celui qui a donné Sa vie pour ceux qu’Il aime. Demander l’Esprit Saint au Cénacle. Célébrer l’eucharistie sur le Mont des Oliviers, pendant qu’éclataient des affrontements en face, dans la vieille Jérusalem, me souvenant que Jésus avait pleuré en fixant son regard sur cette ville sainte.
Me trouver là, en ce pays, et me sentir chez moi. Goûter au mystère ineffable de l’Incarnation du Christ au milieu d’hommes concrets, faibles, pécheurs, se croyant forts, cherchant à avoir raison, s’entredéchirant pour un petit bout de terre, de monastère, de pierre. Découvrir que ce pays est le reflet de son propre coeur où Dieu veut entrer et rester, malgré tout ce qui s’y trouve de laid.
Reconnaître que Jésus m’attendait là, pour me dire combien Il m’a aimée, combien il nous a tous aimés, au point de nous épouser, nous, son Église.
Ça, c’est un petit bout de la grâce que j’ai vécue là-bas et que je découvre… depuis mon retour de cette Terre Sainte. Ça, c’est la grâce que je vous souhaite à tous, chers lecteurs. Et «Que ma langue s’attache à mon palais si je perds ton souvenir, si je ne mets Jérusalem au plus haut de ma joie» (Ps 137)!
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Note:
1- Selon la tradition juive, le futur marié récite ce verset et la suite lors de la cérémonie du mariage, avant de casser un verre sous le Xupa (symbole de la tente d’Abraham) pour commémorer la destruction des deux Temples et de Jérusalem. Un geste qui veut lier à la fois leur mariage, leur foi et la destinée du peuple juif (source: www.hebrewonline.com).
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