Incandescent témoignage de Daniel-Ange!
NDLR: Rencontré au Congrès, ce joyau d’amour du Père qu’est le père Daniel-Ange, incapable de dire non à des frères chrétiens —malgré ses nombreuses occupations— nous avait promis d’envoyer ses réactions (réflexions) sur l’événement d’Église. Voici son témoignage de feu!
Comme un écho met un petit moment à nous revenir, voici quelques échos en différé du Congrès. Comment ne pas bénir le Seigneur d’avoir pu y participer (au prix du renoncement aux JMJ de Sydney…). Ce fut un avant-goût du Ciel: des hommes et des femmes de toutes races, nations, peuples et langues, rassemblés autour de qui? Du légat du Pape? Non, mais avec lui autour de l’Agneau de Dieu, adoré en son humble Chair eucharistique: exactement le même adoré en même temps en toute sa gloire au Ciel. Dans l’invisible, tous les Anges, tous ceux qui nous précèdent dans le Royaume, tous les saints de toute la terre —à commencer bien sur par ceux du Canada— étaient là aussi, serrés avec nous autour de Lui. Nos ovations, nos adorations, nos confessions, les ont fait danser de joie.

Jamais pris en flagrant délit d’inactivité, le père Daniel-Ange prend ici des notes (pour un futur livre?), lors d'une pause, pendant une fête intercommunion de Jeunesse-Lumière.
Photo Jeunesse-Lumière
Murs et gradins du Colisée ne s’élevaient-ils pas jusqu’au Ciel? Si déjà était grande notre liesse, que dire de celle de l’Église du Ciel? Et que dire de la joie du Père, et celle de la Mère de Dieu, de voir leur Enfant Unique ainsi entouré, aimé, “bichonné” —comme on le fait si rarement dans le monde, et dans certaines zones “hivernales” de l’Église, où nous sanglotons avec Jésus… trouvera-t-Il encore la foi quand Il reviendra?
Que dire du Coeur de Jésus, tressaillant de joie sous l’action de l’Esprit Saint et s’exclamant en nous voyant: «Père, sois béni d’avoir caché ce Mystère de mon Eucharistie à ceux qui se croient sages et savants, et de le révéler à ces pauvres et petits du Royaume, qui ont un coeur d’enfant capable d’accueillir leur Roi-Enfant».
Car, où donc est-Il plus enfant, parce que plus vulnérable, faible et fragile, qu’en sa Chair eucharistique?
Pendant des décennies, ceux qui se targuaient d’être théologiens sapaient la foi des simples fidèles en ce Mystère, minaient leur bon sens baptismal, essayaient de les frustrer des joies indicibles que seule donne la Présence eucharistique, ridiculisaient ceux qui à genoux l’adoraient (tels ces bergers de Bethléem y recevant leur dignité de rois, et ces rois d’Orient y recevant leur coeur de pauvres), tournaient en dérision ceux qui ne rougissaient pas de l’humilité de leur Dieu.
S’il reste encore quelques malheureux rescapés de cette race d’arrogants qui se croient plus malins que Dieu, qu’ont-ils dû dire de cette “racaille” ignorante, passant des heures, de jour comme de nuits, à contempler silencieusement son Dieu, là même où Il met le comble à son amour?
Je leur donne rendez-vous au Ciel. Ils risquent d’y passer un mauvais quart d’heure quand d’un coup ils saisiront, éblouis, la splendeur de ce Mystère, et regretteront amèrement de ne s’être pas mis humblement à l’école des petits enfants, nos maîtres en théologie (1).
Ici, cardinaux, évêques, prêtres, théologiens, consacrés, laïcs mariés ou célibataires, de tous pays, de toutes les saisons de la vie, de tous métiers et professions, jeunes, adolescents et enfants: tous nous étions ensemble des enfants de Dieu, adorant et célébrant ensemble l’Amour fait pain.
Les hiérarchies terrestres s’éclipsaient dans cette seule immense clarté: celle des enfants de la Lumière.
Les moments forts
Je rappelle quatre moments forts que j’ai particulièrement aimés.
1) En finale de la Messe d’ouverture, les cardinaux emportant Jésus (toujours le même!) dans les huit différents lieux d’adoration non-stop: huit étoiles d’une même constellation brillant jour et nuit.
2) La Divine Liturgie byzantine qui (malgré l’handicap inévitable de l’absence d’iconostase et de l’impossibilité des célébrants à être avec leur peuple orientés vers ce Levant d’où surgira le Christ en gloire) a laissé resplendir aux yeux des Latins sidérés quelques rayons de la splendeur des douze grandes Liturgies orientales. Je pose la question: dans nos séminaires, noviciats, paroisses, combien de fois invite-t-on un prêtre d’une de ces Églises-soeurs d’Orient —orthodoxes ou catholiques, puisque leurs rites sont identiques— pour y célébrer? Combien de fois dans une vie, des Latins ont-ils été à des Vêpres ou des Eucharisties dans une des Églises orientales de nos grandes cités?
Nous avons tant à recevoir de nos frères d’Orient. Rites, symboles et gestes de notre beau rite latin n’auraient pas été aussi lamentablement bradés, nos messes aussi tristement bâclées (dans leurs deux formes, ordinaire et extraordinaire), nos célébrations aussi sèchement intellectualisées, si nous avions été davantage branchés sur cette grande Tradition Orientale, ou plutôt sur le courant oriental de notre unique grande Tradition catholique.
3) Troisième moment fort: les Ordinations qui m’ont d’autant plus touché que moi-même j’ai reçu le même Sacerdoce du même Jésus lors du Congrès eucharistique de Lourdes (1981) des mains du Légat de Jean-Paul II, empêché d’y présider parce qu’alité suite à l’attentat. Ce cher cardinal Bernardin Gantin, récemment parti concélébrer autour de l’autel céleste. Et aussi parce que un des ordinands parmi les huit de Marie-Jeunesse nous avait fait le cadeau de passer une année dans notre école d’évangélisation Jeunesse-Lumière.
Regret: que tous les évêques du Canada n’y aient pas fait ordonner leurs ordinands de l’année.
4) Quatrième moment: la procession dans les rues de Québec —dans l’espérance qu’elle aura de nouveau lieu chaque année pour le «Corpus Domini». Le Seigneur aime tant se promener à travers nos cités, tout autant que sur nos lacs et rivières, dans nos forêts et dans nos cimes. Jean-Paul II aimait tant ces Messes en pleine nature, qu’il les évoque dans la dernière de ses encyclique: «Ecclésia de Eucharistia».
Pourquoi pas une procession de barques et voiliers suivant le Seigneur en bateau sur le fleuve (tour de l’île d’Orléans?), comme cela se fait déjà en certains diocèses fluviaux ou maritimes. Si le pape lui-même arrive en bateau aux JMJ de Sydney ou de Cologne, pourquoi pas Celui dont il n’est que le serviteur? (Si cher cardinal Ouellet: si jamais vous organisez cela, je ferai tout pour y venir, des bouts du monde!)
Regret: que le système radio ait court-circuité les chants, chantés ensemble de toutes nos voix. Résultat: n’entendant rien, beaucoup (même des prêtres) faisaient salon ambulant, et les braves gens dans les rues étaient incapables de se joindre aux chants, inaudibles pour eux.

En mission d'évangélisation de rue, à Avignon en 2003.
Photo Jeunesse-Lumière
Choses qui m’ont ému
Enfin, six choses qui m’ont beaucoup touché: Le bouleversant dévouement des volontaires travaillant dans l’ombre depuis des mois, cachés dans les soutes, pendant que nous jouissions du paysage sur le pont. Avec une générosité, un don sans faille, sourire toujours aux lèvres. Vous étiez vraiment ces serviteurs de Cana, permettant la joie sans ombre des Noces.
L’alternance des différentes chorales, dans leur variété de style, chacune essayant de concurrencer les Anges! La participation
massive et active de toutes les nouvelles réalités d’Église, communautés, groupes ou mouvements. Symbole splendide: jeunes francophones et anglophones travaillant ensemble sur… les Plaines d’Abraham: guérison de blessures historiques!
La garde rapprochée du Seigneur ces adorateurs et adoratrices (les soeurs de Saint-Jean étaient venues en voiture depuis le Mexique) se relayant tout au long du jour et surtout des nuits, pour veiller sur le monde, comme veille une maman sur son enfant gravement blessé. Veillant sur Celui qui veille sur le monde et dont les yeux jamais ne se ferment, dont les paupières jamais ne sont lourdes… Et derrière cette «garde d’honneur», je voyais, proches ou lointains, les contemplatifs, moines ou moniales, ne relâchant pas leur faction sur les murailles de Jérusalem, interconnectés eucharistiquement au Congrès. Comme en filigrane, je devinais au-delà, ou plutôt au-dedans, des participations physiques, tous ceux qu’ils représentaient, tous ceux qui n’avaient pu venir et dont ils étaient les ambassadeurs et ambassadrices.
L’accueil si chaleureux de tant de familles, ouvrant largement leur intimité familiale.
Regret: que les cardinaux et bon nombre d’évêques aient été logés dans les hôtels, même de luxe (comme le Château Frontenac), alors qu’ils sont les humbles serviteurs du Mystère même où Dieu se fait le plus pauvre de tous les pauvres. Je suis sûr que beaucoup d’entre eux en ont été profondément humiliés, se voyant mieux logés que Jésus à Béthanie, et qu’ils auraient de loin préféré connaître mieux le peuple qui les accueillait, en donnant cette joie à quelques familles. Je pense aux enfants et aux jeunes pour qui les évêques semblent dse gens si lointains, et qui auraient été si heureux de les avoir à table avec eux, de leur prêter leur chambre («Ouaouou!). Le cardinal de Paris a couché dans mon lit!»). Je partage “l’éton ne - ment douloureux” de certains jeunes apprenant où ils étaient logés… Avis aux organisateurs de congrès d’Église, eucharistiques ou non.
Enfin, “the last but not the least”: la référence constante à nos saints du Canada, du Québec en particulier. Voici 25 ans, lors de mes premières grandes tournées apostoliques de trois semaines (dans les années ’80), j’avais été sidéré de l’amnésie des aînés et de l’ignorance (non coupable) des jeunes et des enfants sur le glorieux héritage de sainteté de leur peuple. Même bon nombre de prêtres et consacrés n’avaient jamais lu —du moins intégralement— les bouleversantes relations des «jésuites de la Nouvelle France», ou celles des visions d’une Marie de l’Incarnation ou d’une Catherine de Saint-Augustin qui faisaient vibrer mon âme de leur flamme apostolique. Du Ciel, ils ont dû participer si intensément à ce Congrès qui leur redonnait leur place! Heureux d’avoir été invités à notre danse devant le Trône de l’Agneau. Ne sommes-nous pas les enfants de leurs larmes, de leur prière, de leur amour? Ne sommes-nous pas la moisson de leur sang versé?
Ce sang, cessons de le stériliser, de ridiculiser leur amour, de bafouer leur générosité en étant infidèles à leur héritage. Soyons dignes de ce formidable patrimoine de sainteté qui fait partie des gènes du peuple québécois. Sur leurs traces, déployons au maximum notre code génétique baptismal. Exploitons à fond ce capital de joie divine qu’ils nous ont légué. Nous vivons sur une terre ensemencée par leur sang. Ne l’aliénons pas. Nous respirons un air parfumé par leur amour, ne le polluons pas.
Ici je ne pense pas seulement aux “grands premiers”, mais à tous ceux et celles qui depuis 400 ans se sont à eux encordés. La litanie de leurs noms prendrait des pages et des pages, sans parler de tous ceux qui ne sont connus que de Dieu seul, et que nous découvrirons —sidérés— au Ciel où ils nous attendent, espérant qu’avant de les rejoindre, nous aussi connaissions quelque chose de leur Bonheur: celui de tout donner et de se donner soi-même. Ce qui s’appelle simplement: la joie d’aimer.

Le père Daniel-Ange en conciliabule d'amour avec le regretté pape Jean-Paul II, en 2001.
Photo Jeunesse-Lumière
Sang versé en notre temps…
Aujourd’hui il y a tant de martyrs qui nous rappellent l’actualité de ces saints connus et méconnus. Ceux de la pureté vécue, ceux de la vérité proclamée, ceux de l’Évangile annoncé, ceux de la vie défendue en son extrême fragilité et de l’amour protégé en sa pure beauté. Ce sont les Noël Chabanel, Isaac Jogues d’aujourd’hui.
Parallèlement il y a tous ceux et celles qui sur les traces d’une Catherine de Saint-Augustin, d’une Marguerite d’Youville, se dévouent corps et âme, sans compter, au service de toutes les formes de souffrance possibles et imaginables. Ne l’oublions jamais: ce sont les disciples de Jésus qui depuis 2000 ans ont toujours été les premiers —et longtemps les seuls— à se précipiter en première ligne sur le front de la guerre contre le mal, les malheurs et les maladies. Et qui si souvent y ont laissé leur vie terrestre. Tous les premiers hôpitaux (les hôtel-Dieu), dispensaires, orphelinats, léproseries, maisons d’accueil de délinquants, sortis de prison, prostituées (et aujourd’hui toxicos, sidéens, etc.), sont le fait de l’Église, avant que les États modernes ne s’y mettent, quitte à les confisquer!
Qui parle de tous ces martyrs de la pure charité divine qui, aujourd’hui autant que hier, sont tués en état de mission caritative? Ils sont des dizaines chaque année, consacrés ou laïcs.
Aujourd’hui, là où sévit le chaos, comme en certains pays d’Afrique noire, les seules institutions qui fonctionnent encore: celles de l’Église, car on y soigne gratuitement, grâce aux dons généreux des fidèles (2). À ceux qui osent attaquer l’Église, posez la question: Soyez donc cohérent! Fermez les hôpitaux et écoles catholiques et vous aurez à la rue des centaines de milliers de malades et d’enfants mourant faute de soins.
De toute mon âme j’en ai la conviction: ce Congrès marque un seuil décisif dans la nouvelle christianisation du peuple québécois et, plus largement, canadien, comme l’affirmait le cher cardinal Ouellet lors de la veillée finale avec les jeunes.
Le premier coup dans le mur de l’indifférence, la première victoire contre ceux qui agressent à longueur de médias l’Église, auront été les JMJ de Toronto (quoique en stratégie missionnaire Montréal aurait été mieux indiquée). Le second, c’est notre Congrès (3). (Le troisième ne pourrait-il pas être un pape… québécois?).
À vous, cher cardinal Ouellet…
Pour terminer: soyez béni, si cher cardinal Ouellet, pour tout ce que vous faites pour rendre au peuple catholique du Canada sa fierté d’appartenir à l’Église. Cette Église qui dans le monde entier protège et sauve non seulement la vie d’une multitude de pauvres, mais l’existence même de nations en tant que nations, leur transfusant le sens de la vie, là où elles dégringolent sous la ligne de survie, tel un paquebot se fracassant contre un iceberg.
Merci pour tout ce que vous faites pour rendre notre Québec tant aimé à ses racines chrétiennes, lui évitant de s’écrouler tel un arbre sans sève.
Merci pour votre courage à refuser cette amnésie programmée dans nos écoles, imposée à nos enfants, frustrant la génération montante de la simple mémoire de son peuple, la débranchant de ses sources vives.
Soyez béni de tout ce que vous représentez pour tant de jeunes. Plusieurs m’ont avoué: «Il est notre petit Jean-Paul II!». Oui, merci d’en avoir la carrure, le beau courage, le don d’entraîner une nouvelle génération vers les cimes, ou vers le grand large (suivant la province!) de cette sainteté qui est beauté et vérité, liberté et félicité.
Notes:
1- Voir mon: Ton enfant, il crie la vérité. Catéchisme pour théologiens. Sarment-Fayard.
2- Une récente enquête de l’ONU a donné le chiffre de 26% pour les centres de personnes sidéennes tenus par des religieux catholiques, alors qu’ils n’ont droit qu’à 4% des subsides gouvernementaux. Aux Indes, 35% des hôpitaux sont tenus par les catholiques, alors qu’ils ne sont que le 2% de la population.
3- Pour qu’il résonne encore et toujours plus loin, je me permet de signaler ma trilogie sur l’Eucharistie: Le Corps de Dieu, Le Sang de l’Agneau, Les Noces de Dieu, ainsi que mon ouvrage sur le sacerdoce: Dans tes mains le Cosmos, tous aux éditions Jubilé- Sarment. Ou, pour une synthèse, le petit volume: L’Eucharistie, chair de l’Amour, aux éditions des Béatitudes.
Notes biographiques
Né à Bruxelles en 1932, de mère Belge et de père Français, Daniel-Ange entre chez les Bénédictins à Clervaux 1952. En 1957, il participe à la fondation d’une fraternité de vie monastique simple, La Vierge des pauvres, dans les Landes.
En 1958, c’est le départ pour le Rwanda. Il y reste 12 ans et en reviendra profondément marqué par ce très beau peuple. En 1971, il revient en Europe où il fait la rencontre du Renouveau charismatique et de ses communautés nouvelles.
En 1975, il rejoint la Fraternité Demeure Notre Père (Ardèche). De 1976 à 1981 il se retire en ermitage, dans l’arrière-pays niçois. Pendant ces années de solitude, Daniel-Ange est bouleversé par une génération en pleine dérive, et mûrit en lui l’appel à rejoindre les jeunes, surtout les plus éloignés de l’Église. En 1981 Daniel-Ange expérimente sa première mission auprès des jeunes dans un collège-lycée à Megève, selon l’intuition des «bella brigata» —les fraternités volantes— de sainte Catherine de Sienne. Une évidence l’habite désormais: les meilleurs apôtres de jeunes sont les jeunes eux-mêmes.
En fonction de ce nouveau ministère, il est ordonné prêtre par le cardinal Gantin, légat du pape, au Congrès Eucharistique international de Lourdes.1984. En septembre de la même année, il fonde Jeunesse Lumière, une école catholique internationale de prière et d’évangélisation en Europe. L’école a été reconnue canoniquement par l’Archevêque d’Albi, comme Association privée de fidèles, le 10 septembre 1994.
Depuis 20 ans, Daniel-Ange partage son temps entre des retraites en ermitage, son ministère quotidien à Jeunesse Lumière, des missions mensuelles de 8 à 10 jours à travers le monde (plus de 200 dans 40 pays différents) et l’écriture. Il est l’auteur de près de 50 ouvrages, soit de théologie spirituelle, soit d’évangélisation des jeunes, la plupart traduits dans une dizaine de langues.
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