Merci à Ingrid Betancourt pour son témoignage de vie chrétienne
Dernièrement, dans ma tâche pastorale, je me questionnais sur les arguments et les moyens à prendre pour faciliter aux parents la prise de conscience concernant l’importance de la formation à la vie chrétienne pour leur famille. Lorsqu’ensuite j’ai pris connaissance du témoignage d’Ingrid Betancourt, je me suis dit: «Voilà une référence publique accrocheuse, un témoin crédible qui puisse nous interpeller à vivre toute l’originalité de la vie chrétienne».
Ainsi mon discours aux parents pourrait être appuyé sur le témoignage de madame Bétancourt pour leur demander: «Avez-vous été touchés par la manière dont cette femme a trouvé la force de garder la foi, d’aimer, même ses ennemis, de pardonner, d’espérer, d’être libre intérieurement et de donner son témoignage? Si oui, sachez que vous pouvez aussi vivre ces vertus chrétiennes en apprenant à connaître Jésus —ce qui est le but de la catéchèse— et en décidant d’en faire une priorité pour votre famille. La grâce pourvoyant pour le reste».

Ingrid Betancourt a été capturée par des membres de la rébellion colombienne (FARC) le 23 février 2002, à Florencia, alors qu’elle menait campagne pour l’élection présidentielle en compagnie de sa directrice de campagne, Clara Rojas. Elle été libérée le 2 juillet 2008, avec 14 autres otages, au terme d’une audacieuse opération de ruse et d’infiltration menée par l’armée colombienne. La captivité d’Ingrid Betancourt par les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) a duré 6 ans, 34 semaines, et 9 jours.
Photo Daniel Abel
Dans le contexte de la déchristianisation du Québec, qui se poursuit à vitesse grand V depuis la révolution tranquille, nous avons besoin de prophète comme Ingrid Betancourt afin de réveiller les consciences et de raviver la braise de notre identité chrétienne avant qu’elle ne tombe en cendre.

«Je me lève tous les matins en remerciant le Ciel et je trouve que la vie est fantastique à vivre. Je crois qu’aujourd’hui, j’ai une grande capacité au bonheur. Je sens que c’est un grand privilège pour moi non pas d’avoir vécu ce que j’ai vécu, mais d’avoir eu la présence de Dieu pour pouvoir faire de cette abomination un chemin de lumière», a confié Ingrid Betancourt, au cours d’une allocution prononcée dans le cadre d’un déjeuner-conférence de la Société des relations internationales du Québec (SORIQ) organisé par Reporters sans frontières et l’Institut du Nouveau Monde.
Photo Daniel Abel
Et comment cela peut-il se faire? Comme les premiers chrétiens qui parlaient sur les places publiques pour rejoindre les gens là où ils sont, sauf qu’aujourd’hui la place publique n’est ni l’agora grec ni même l’église du dimanche, ce sont les médias. L’inconvénient, comme nous pouvons le constater quotidiennement, c’est que les médias comme la télévision, la radio et les journaux sont rarement des médiateurs de la vérité (sur l’être humain comme sur Dieu), sauf exception. Ils servent plus souvent de moyens de propagande: commerciale, culturelle, politique et philosophique, entre les mains de ceux qui les contrôlent.
Toutefois, lorsque l’exotage franco-colombienne a dit, sans ambages ni complexes, que c’est Dieu qui l’a sauvée de l’enfer de cette jungle, où elle était prisonnière et maltraitée, elle nous a montré qu’il est encore possible de rendre un témoignage chrétien devant le milieu politique et journalistique.
Ingrid Betancourt a même poussé l’audace plus loin en récidivant dans une émission de variété aussi influente et insolente que Tout le monde en parle. Il fallait bénéficier de tout un capital de sympathie pour témoigner sans se faire ridiculiser.
En effet, puisque cette émission typique d’une certaine gauche libertine montréalaise (du Plateau Mont-Royal pour être plus précis) se présente comme une tribune de l’idéologie dominante, adorant dicter au peuple ce qu’il faut penser, pour qui on doit voter ou ce qui est convenu de croire —en excluant ordinairement le point de vue catholique. De ce fait, cette mission «dominicale » (du dimanche) semble représenter une «messe moderne» (massmédia) prêchant un néo-cléricalisme séculier.
Cela signifie qu’il est donc possible, avec l’aide de Dieu, de percer le mur de la pensée unique, qui se dresse avec arrogance, afin de faire résonner l’Évangile au coeur du monde. Ingrid Betancourt m’a fait prendre conscience d’une chose importante: n’ayons pas peur, car aucun «mur», aussi infranchissable qu’il puisse paraître, ne peut résister à Dieu, qu’il soit de Jéricho, de Berlin, de Colombie ou même mondial.

Lors d’un discours livré devant 150 personnes à l’Université d’Ottawa, le 26 septembre dernier, madame Betancourt a parlé de sa relation avec Dieu pendant sa détention: «Il a fait preuve d’un sens de l’humour extraordinaire», a-t-elle confié. «Dans les pires moments, où j’étais fâchée contre Lui parce que je vivais des choses exécrables, quelque chose arrivait et j’étais obligée de dire: “Il m’a entendu... et qu’est-ce qu’Il m’embête!”»
Photo Daniel Abel
Merci Ingrid d’avoir annoncé Jésus-Christ avec une douce charité, sans honte d’être catholique, d’être toimême, et sans compromis politiquement correct avec la vérité. Merci de nous avoir parlé clairement de ta foi en Dieu alors qu’il est de bon ton d’employer l’insignifiante expression: «j’ai foi en l’Homme». Tu sais par expérience comment l’homme sans Dieu peut se déshumaniser.
Merci d’avoir proclamé des paroles de Jésus alors qu’il est dans le vent de penser —et ici le vent souffle très fort— que notre héritage judéo-chrétien (de 400 ans) ne doit plus transparaître avec préséance dans nos institutions et devrait même être confiné à la sphère privée de l’existence.
Merci de nous avoir rappelé que l’Amour inconditionnel qui nous est enseigné par toute la vie du Christ peut être vécu librement et concrètement même dans les pires conditions.
Quel modèle dynamique de paix et de fraternité pour le monde alors que l’État québécois diffuse une croyance quasi religieuse en la tolérance comme valeur suprême de la société postmoderne, même si dire: «je te tolère» n’a rien à voir avec l’amour. —Cette fausse charité supposément nécessaire au multiculturalisme justifierait que soit inculquée, dans le cours d’ÉCR, l’idéologie relativiste jugeant d’égale valeur toutes les croyances et les modes de vie.

Photo Daniel Abel
Il y a un temps pour tout, et je pense que la Colombie n’est pas prête à faire un virage profond.»" alignement="left"]Merci aussi madame Betancourt, d’avoir témoigné du soutien apporté par la prière personnelle —dont le chapelet— et celle des autres. Même s’il aurait été plus prestigieux de dire n’avoir compté que sur ses propres forces ou plus “in” de dire qu’on t’aurait envoyé des “ondes positives” ou de “bonnes énergies”.
Merci encore de nous avoir exprimé ton désir de «changer le monde» en commençant par te «changer toi-même». Il est tellement en vogue de penser que nous sommes impuissants face au “destin” du monde et qu’au lieu de chercher à se convertir, à se conformer à la Volonté de Dieu, cela serait plus facile si c’était l’Église et les exigences de l’Évangile qui changeaient pour se conformer à soi-même.
Enfin, merci Ingrid d’être à contre-courant, d’être “sel” et “levain”, d’être la “lumière” sur le boisseau qui nous permet d’apercevoir le “Chemin, la Vérité et la Vie” qui s’ouvre à nous en Jésus-Christ.
Merci car, peut-être sans le savoir, tu as donné un témoignage de vie chrétienne qui, je l’espère, donnera le goût à d’autres d’être chrétiens ou simplement de retrouver la foi de leur baptême.
Voir la revue associée à cet article





