La RDC ou le conflit d’un commerce à court terme
Ils sont nombreux à penser que les conflits qui perdurent en RDC sont le fruit de la seule intolérance ethnique entre différents clans. L’information n’est pas mauvaise. Par contre, elle n’est qu’un élément de la réponse, et actuellement, peut-être pas le plus important.
L’exploitation minière des ressources extraordinaires que contient le sol de l’Est de la RDC, est de plus en plus mentionnée comme la source majeure des exactions de toutes sortes qui ruinent en ce moment les efforts de développement de cette région des Grands Lacs africains. L’ONU et l’ONG Global Watch l’ont toutes deux déclarée, respectivement en 2008 et 2009.
La région est donc le paradis du géologue, mais surtout, le paradis de « l’homo affairus », business man en recherche de profits immédiats. Pour lui sans aucun doute, mais aussi pour nous, gens du nord de la planète, friands de bons rendements sur le capital de nos portefeuilles. Les prix des ressources minières restent intéressants et permettent à nos placements de faire bombance, malgré la crise. Tous les magasins de rénovations s’en réjouissent : nous pouvons continuer à rénover nos salles de bains pour les mettre à la dernière mode, parce qu’une partie de nos placements se trouvent dans les ressources naturelles, une valeur sûre.
Problème : ces placements, si intelligents et logiques soient-ils dans un contexte d’archi capitalisme, sont peut-être responsables, indirectement bien sûr, des 14 viols par jours (en moyenne), qui hantent les femmes congolaises de la région des Grands Lacs. Des chiffres qui, selon Médecins sans Frontières, ne cessent d’augmenter et ne reflètent qu’une partie de celles qui osent venir faire soigner les blessures de ce crime… Oui (faut-il le rappeler…), le viol est une arme de guerre.
Vous trouvez mon lien un peu bizarre? Moi aussi. Par contre, plus je pense aux femmes violées, aux enfants-soldats, aux villages pillés et aux populations déplacées… plus j’y pense et plus je me demande quoi faire. Où réside ma force pour aider ces populations? Annuler mes placements comportant des actions minières dont les ressources se trouvent en RDC? Appeler mon député, le gouvernement canadien et le gouvernement de la RDC pour les forcer à agir sur les compagnies minières? Manifester devant l’ambassade de la RDC à Ottawa? Boycotter les produits miniers de cette région et jeter mon ordinateur portable à la poubelle, sachant qu’il contient du coltan, qui vient fort probablement de cette région, et que son extraction n’a pas respectée les étapes de l’éthique? Le tout à la fois?
Vous me direz naïf, et peut-être avez-vous raison. Par contre, l’inaction de la communauté internationale dans ce dossier est inacceptable, et nous force à réfléchir. La MONUC, plus grande force de maintien de la paix au monde, est certes présente : plus de 17 000 hommes, mais elle est une initiative si critiquée par les Congolais eux-mêmes qu’elle est risible. Les rebelles, milices et soldats de toutes factions continuent de faire la guerre, entre-elles et à la population. Certains territoires se vident de leurs habitants : qui prendra la place? Les compagnies minières ou les habitants des pays voisins?
L’Église catholique se trouve maintenant dans la mire. En deux mois l'automne dernier, quatre de ses membres ont été tués par des hommes armés. Le vol est certainement l’un des motifs de ces meurtres. Par contre, la voix forte de l’Église, qui dénonce depuis le début les exactions, peut être une autre raison pour laquelle elle est ciblée. Ses membres en RDC continuent malgré tout d’être du côté de la population et de dénoncer les violences. Ici comme organisme, l’AED tente de leur faire écho, noyé dans une mer d’information.
À quand des politiques minières qui sont éthiques et réellement responsables? Certes, certaines compagnies minières, canadiennes et étrangères, se targuent de construire des routes, de construire des hôpitaux et de favoriser l’emploi local. Bravo, mais comment se fait-il que le conflit s’envenime de jour en jour?
« Ce que nous vivons ici appelle vraiment une solidarité internationale, d’abord, comme Église », indiquait au micro de Radio-Vatican, juste avant Noël, l’abbé Justin Nbungi, directeur de la Commission diocésaine Justice et Paix de l’Archidiocèse de Bukavu. « Ces manifestations ne concernent pas seulement les catholiques : il y a les protestants, il y a les musulmans, il y a les païens… tout le monde est uni pour cette cause de la paix. La population du Sud Kivu est convaincue que, si elle respire encore, c’est probablement parce que Dieu habite au milieu de nous. »
Le directeur conclut : « Si une Église est ciblée dans un coin du monde, il faudrait que toutes les Églises » soient solidaires. « Nous voulons une solidarité internationale pour que effectivement, la paix et la justice soit globalisées et aident à éliminer la haine et l’intolérance », indiquait-il enfin.
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