Les actualités - Le Jeudi 24 Mai 2012

Avis du conseil d'orientation de l'Agence de biomédecine contre les mères porteuses

www.genethique.org
Lundi 4 Janvier 2010

Le conseil d'orientation de l'Agence de biomédecine (ABM) a dressé, dans un avis court et précis, la liste des difficultés concrètes que présenteraient la mise en oeuvre et le contrôle de la pratique des mères porteuses si celle-ci était autorisée par la loi.


En ce qui concerne l'indication, à supposer que la gestation pour autrui (GPA) soit réservée aux femmes souffrant d'infertilité utérine, "la définition de cette indication, malaisée, rendrait probable une appréciation au cas par cas (...) dont on sait les risques d'inéquité". Par ailleurs, si la GPA était réservée aux couples hétérosexuels, un certain nombre de tentatives resteraient clandestines.

Le Conseil d'orientation estime également qu'il serait très difficile de créer une commission d'éthique chargée de contrôler cette pratique faute de critères pertinents qui permettraient d'habiliter les praticiens et les intermédiaires spécialisés et d'agréer les gestatrices et les "parents d'intention" : "il paraît difficile d'établir des critères qui seraient pertinents pour l'appréciation des motivations de la gestatrice et de sa capacité à confier l'enfant aux parents d'intention au terme de la grossesse" comme d'apprécier "les risques/bénéfices pour elle en fonction de son équilibre psychologique, familial, social".

L'Agence de biomédecine s'interroge également sur le rôle que pourraient avoir les différents acteurs du système : médecins, associations et magistrats. Quel serait le rôle du médecin face "à des situations de conflit au cours de la grossesse ou de l'accouchement, ou en cas d'événement indésirable" ? Les associations pourraient-elles mettre en contact "candidates à la GPA et couples demandeurs" voire "recruter des gestatrices" ? Quels critères pourraient retenir les magistrats pour statuer sur la convention de GPA, "première convention portant sur le corps humain, en violation du principe d'indisponibilité" ?

Enfin, le texte souligne les risques nombreux de litige : contrôle du comportement de la mère porteuse par les commanditaires, refus de remettre l'enfant, refus de l'accueillir pour cause de handicap ou autre...

En conclusion, l'ABM a prévenu le législateur de "la tâche qui lui incomberait pour rendre une éventuelle loi applicable dans des conditions éthiques". Elle a précisé qu'une "large majorité des membres s'est exprimée contre toute modification de la loi", estimant que "notre pays, loin d'être en retard, est en avance sur la protection par la loi de la dignité des personnes".


http://www.genethique.org/revues/revues/2010/Janvier/20100104.1.asp


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Vos commentaires

Un avis décevant

par Eric Waldo à 2010-01-05 11:25:46

C'est une interprétation erronée de dire que le Conseil d'Orientation est contre les mères porteuses. Tout d'abord, il y a un dérapage langagier à déclarer être contre un groupe de personnes, ce qui relève de l'intolérance et non d'un avis sur une pratique. De plus, les membres du Comité d'orientation déclarent seulement être partagés sur la question, et ainsi la conclusion parle seulement de réticences à sortir du régime d'interdiction de la gestation pour autrui au motif qu'il serait trop compliqué de mettre en œuvre une législation sur le sujet. Cet argument paraît bien léger quand on dispose du recul de nombreuses législations encadrant la pratique, y compris en Europe où le comité semble oublier qu'outre l'Angleterre et la Grèce, les Pays Bas ont également autorisé, encadré et suivi les pratiques de GPA depuis 1994 dont le bilan vient d'ailleurs d'être publié dans la revue Human Reproduction. Serait-on plus bête et frileux en France au point de ne pas savoir faire une loi ?

ESPOIR DECU

par VALERIE CANALE à 2010-01-16 12:13:49

Ma fille de 18 ans ayant le syndrome de Rokitansky ( absence d'utérus) ne pourra donc pas avoir la chance de pouvoir faire porter son enfant par un autre utérus en France. Quand on ne connait pas le parcours très douloureux que cheminent ces jeunes filles, qui pour la plupart doivent aussi affronter l'absence de vagin qu'il faut reconstruire par différentes techniques, c'est bien sûr très facile de ne pas vouloir changer une loi. Si seulement au sein du conseil d'orientation de l'ABM une seule personne était touchée par ce syndrôme peut être que l'avis serait favorable à la modification de cette loi qui permettrait de traiter au cas par cas. Devant la mauvaise volonté et le nombre de questions que se pose l'ABM, il y aura de plus en plus de tentatives clandestines. Pour ces femmes, ne pas changer cette loi revient à leur infligée double peine.

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