Les actualités - Le Jeudi 9 Février 2012

Le devoir et la responsabilité des parlementaires, selon l'OCVF

Protéger le droit de vivre et non donner le "droit" de mourir!

Évelyne Lauzier
Par Évelyne Lauzier
Canada
Mardi 24 Novembre 2009

Dans une lettre qu’elle a fait parvenir aux membres de la chambre des Communes et au Sénat du Canada, et dans laquelle elle ne mâche pas ses mots, Michèle Boulva, directrice de l’Organisme catholique pour la vie et la famille, (OCVF) rappelle aux parlementaires «que la perspective d’une légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté en terre canadienne est loin de faire l’unanimité.»


Dans cette scène qui se déroulait en octobre 2005, devant la Cour suprême de Washington, USA, des manifestants, dont certains atteints de maladies incurables, en chaise roulante, protestent contre l’euthanasie et le suicide assisté: «Pas encore morts - Nous voulons vivre», clament- ils sur leur bannière. : Photo CNS/Reuters

Dans cette scène qui se déroulait en octobre 2005, devant la Cour suprême de Washington, USA, des manifestants, dont certains atteints de maladies incurables, en chaise roulante, protestent contre l’euthanasie et le suicide assisté: «Pas encore morts - Nous voulons vivre», clament- ils sur leur bannière.

Photo CNS/Reuters

Dans un premier temps, madame Boulva indique que l’OCVF joint sa voix à celles de tous ceux qui s’opposent «farouchement» à ce projet de loi, qu’elle qualifie de «tout à fait contraire aux principes fondamentaux qui ont jusqu’ici guidé notre vie en société.»

Rappelant que la peine de mort est désormais abolie au Canada, la directrice de l’OCVF fait ressortir la contradiction et l’injustice que constituerait le fait d’autoriser par une loi des personnes «à donner directement et intentionnellement la mort à d’autres, surtout au moment où elles sont le plus vulnérables».

Dans un deuxième temps, Michèle Boulva signale qu’un regard le moindrement «attentif» du côté des pays qui ont légalisé l’euthanasie, permet de constater une augmentation «de la permissivité et de la tolérance envers ces pratiques, aussi bien chez les médecins que chez certains patients». Elle souligne de plus que les procédures de surveillances prévues pour éviter les abus sont complètement «illusoires».

Pour appuyer ces dires, elle cite un rapport du Ministère de la Santé de la Hollande, dans lequel on peut lire que «550 citoyens hollandais ont été tués par des médecins sans leur consentement en 2005». Toujours en Hollande, madame Boulva précise qu’à la suite de la légalisation de l’euthanasie, les pratiques eugénistes ont pris racine. Elle cite comme exemple le Protocole de Groningen qui permet maintenant dans ce pays l’euthanasie des nouveaunés fortement handicapés.

À ceux qui réclament le soi-disant «droit de mourir dans la dignité», croyant qu’une personne qui perd son autonomie et subit une détérioration physique ou psychologique perd aussi sa dignité, madame Boulva rétorque que c’est le contraire de la réalité: «la dignité de chaque personne humaine ne dépend ni de son état de santé, ni des circonstances de sa vie, soutientelle; elle repose sur sa valeur inhérente —valeur que rien ni personne ne peut altérer.»

Elle rappelle également l’urgence de cesser l’emploi de «l’ingénierie verbale qui sème la confusion» et de «s’entendre sur la signification réelle des mots». Selon Michelle Boulva, si tant de personnes au Canada se disent favorables à l’euthanasie, «c’est qu’elles ont peur qu’on prolonge indûment leur vie».

Michèle Boulva, directrice de l’Organisme catholique pour la vie et la famille estime que les parlementaires doivent «protéger le droit de vivre» et non celui de mourir. : Photo CECC

Michèle Boulva, directrice de l’Organisme catholique pour la vie et la famille estime que les parlementaires doivent «protéger le droit de vivre» et non celui de mourir.

Photo CECC

Madame Boulva se dit convaincue qu’une bonne majorité de ces personnes changeront d’avis si elles comprennent que l’euthanasie et l’acharnement thérapeutique sont deux choses complètement différentes. Et la directrice de l’OCVF d’expliquer que l’acharnement thérapeutique consiste «en certaines interventions médicales qui ne conviennent plus à la situation réelle du malade parce qu’elles sont disproportionnées par rapport aux résultats que l’on pourrait espérer». Dans ces cas, précise-t-elle, alors que la mort est imminente et inévitable, «on peut en conscience “renoncer à des traitements qui ne procureraient qu’un sursis précaire et pénible de la vie, sans interrompre pourtant les soins normaux dus au malade en pareil cas”» (Évangelium vitae, no 65).

La directrice de l’OCVF ne se gêne pas pour dire aux parlementaires que l’euthanasie et le suicide assisté constituent une réalité absolument incompatible avec la compassion (souffrir avec). C’est à la responsabilité de chacun qu’elle en appelle pour agir envers les personnes atteintes de maladie dégénérative, les malades en phase terminale, les gens lourdement handicapés, «surtout si une personne a le sentiment d’être un fardeau, se sent un devoir de mourir ou réclame la mort comme un droit».

«Nous sommes appelés, insiste madame Boulva, «à “être avec” et à “souffrir avec” ceux et celles qui affrontent certains des plus grands défis de la vie humaine». Loin de nier la souffrance des personnes qui demandent l’euthanasie ou le suicide assisté, elle fait valoir que leur demande vient souvent de «la peur de la douleur et de la peur de souffrir seuls».

Elle fait également état de plusieurs autres motifs qui expliquent, selon elle, que cette suggestion (de l’euthanasie) provienne parfois de membres de la famille ou du médecin. Elle cite à cet effet «une compréhension erronée du processus de la mort et de la capacité de la personne mourante d’y faire face, une inquiétude liée aux implications économiques et, motif plus ignoble, un individualisme profond radicalement opposé au bien commun.»

John Peyton et sa femme, Patricia, sont entourés par les membres de leur famille, dans leur maison à Seattle, USA. John, 64 ans, est devenu paralysé à la suite d’une at - taque agressive de la sclérose en plaque amyotrophique. Il a passé ses derniers mois à faire du lobbying contre le projet loi de l’État de Washington sur le suicide assisté. Selon John Peyton, les sociétés doivent faire un effort pour manifester leur compassion aux mourants. : Photo CNS/Mike Penney

John Peyton et sa femme, Patricia, sont entourés par les membres de leur famille, dans leur maison à Seattle, USA. John, 64 ans, est devenu paralysé à la suite d’une at - taque agressive de la sclérose en plaque amyotrophique. Il a passé ses derniers mois à faire du lobbying contre le projet loi de l’État de Washington sur le suicide assisté. Selon John Peyton, les sociétés doivent faire un effort pour manifester leur compassion aux mourants.

Photo CNS/Mike Penney

Convaincue que le Projet de loi C-384 constitue «une recette idéale pour la maltraitance des plus vulnérables», Michèle Boulva affirme qu’«au nom de la sécurité publique et de la justice sociale », il faut «rejeter toute tentative —actuelle et future— de légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté.»

Comme argument massue madame Boulva rappelle qu’en Hollande, plusieurs personnes âgées déménagent en Allemagne parce qu’elles n’ont plus confiance en leur médecin et qu’elles ont peur que leur entourage «profite de leur vulnérabilité pour abréger leur vie».

En conclusion de sa lettre, la directrice de l’OCVF indique aux parlementaires que si la société canadienne veut demeurer juste et humaine, trois priorités s’imposent à elle: 1) «accentuer la recherche et l’éducation relativement au contrôle de la douleur;» 2) «consacrer plus de fonds publics à la création d’unités ou de centres de soins palliatifs afin que tous les citoyens y aient accès;» 3) «créer des mesures fiscales permettant aux aidants naturels de se consacrer plus librement à l’accompagnement de leurs proches malades ou mourants».

«Le gouvernement et la loi portent la responsabilité cruciale de protéger et de soutenir les ainés, les malades et les mourants», rappelle madame Boulva, en terminant, à nos élus d’Ottawa (source OCVF).


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