Guatemala : qui est en sécurité?
Le Guatemala, pays d’Amérique Centrale situé juste au sud du Mexique, est paralysé par le désordre, avec jusqu’à 20 meurtres en moyenne par jour.
Ce sont les conclusions d’une enquête menée par l’organisme international de charité catholique Aide à l’Église en Détresse (AED), qui établit qu’en moyenne, le nombre de personnes qui sont tuées chaque jour est aujourd’hui plus élevé que durant la guerre civile qui a secoué le pays de 1960 à 1996.

Guatemala City : enfant vivant et travaillant dans une décharge publique, signe de l’exclusion sociale et de la pauvreté endémique d’une grande partie de la population.
Photo AED
Le rapport fait suite à un voyage d’évaluation de projets de l’AED dans le pays et identifie plusieurs causes à l’effondrement de la loi et de l’ordre, incluant la pauvreté, l’exclusion sociale, le crime, la prolifération des gangs et le trafic de la drogue. Les conclusions de l’enquête mettent l’emphase sur « l’absence de justice qui imprègne le pays ».
Selon Mgr Victor Hugo Palma, évêque d’Escuintla, seulement trois meurtres sur 100 sont mis sous enquête par les autorités. Actuellement, il y aurait plus de 6000 personnes derrières les barreaux, sur un total de 14 millions d’habitants, toujours selon les sources de l’organisme.
« Dans un pays où il y a 18 morts chaque jour, où est le suivi de chaque cas? Où est la police?», s’interroge Mgr Palma. L’AED rapporte que les policiers guatémaltèques sont souvent accusés par le public de « regarder dans l’autre sens », et qu’ils sont plus concernés par leur propre protection que par l’application de la loi.
Le père Prudencio Rodríguez, un missionnaire espagnol qui œuvre dans le pays depuis 1973, affirme : « Le trafic des drogues, la pauvreté, la discrimination, le racisme, l’analphabétisme, la prostitution : tout est là au Guatemala. » Le père Rodríguez met de l’avant le rôle des médias dans les problèmes du pays. « Nous ne sommes pas une population isolée, nous sommes une population vraiment très branchée sur le monde et les modèles qui viennent à nous, via les soi-disant “mass-média”… ne sont pas en lien avec les nôtres. » Le prêtre continue : « Ils nous font souhaiter et rêver à de l’argent facile, à n’importe quel prix, de l’argent obtenu par l’extorsion, par la vente de drogues, à travers des choses semblables … tout ce qui a apporté une épouvantable violence à notre société. »

Guatemala City : petite fille jouant dans les ordures.
Photo AED
Délai ou déni de justice?
Le rapport de l’AED décrit également la contribution apportée par le travail social de l’Église, mais souligne également que les prêtres et les religieux travaillant avec les pauvres souffrent à leurs côtés. On y mentionne le meurtre, le 18 mai dernier, du père américain Lorenzo Rosebaugh, OMI, 74 ans, tué près du Lac Lachúa. Il voyageait vers Cantabal avec quatre autres confrères. La voiture dans laquelle ils prenaient place a été interceptée par deux hommes masqués qui ont ouvert le feu sur les occupants. Le père Rosebaugh est mort et l’un de ses confrères a été blessé.
Selon sa congrégation, les Missionnaires Oblats de Marie Immaculée (OMI), « [le père Lorenzo Rosebaugh] s’était jeté lui-même [corps et âme dans sa mission] en visitant les communautés dans les années antérieures à la signature de l’accord de paix, quand les celles-ci étaient menacées par une violence lourde et répressive, durant le conflit interne au Guatemala. »
Selon le père guatémaltèque Erasmo Vásques, la mort du père Rosebaugh, « fait partie de la violence que nous vivons ici. »
Mettant en lumière les problèmes auxquels le pays fait face, Mgr Palma mentionne également le cas de Me Rodrigo Rosenberg, un avocat guatémaltèque qui a été tiré et tué récemment pendant qu’il circulait sur sa bicyclette à Guatemala City. Ce dernier avait prédit sa propre mort deux jours avant son assassinat. Dans un message-vidéo, Me Rosenberg a déclaré que le président du pays, Álvaro Colom, a autorisé son meurtre, et que les tueurs étaient le secrétaire privé du président, Gustavo Alejos, et son partenaire, Gregorio Valdez.
Déplorant l’écroulement de la loi et de l’ordre dans le pays, Mgr Palma estime qu’un délai dans l’application de la justice équivaut à un déni de justice. Le rapport de l’AED corrobore d’autres études récentes concernant le Guatemala. Un rapport du Département d’état américain, de mars 2009 indique dans son introduction : « Les crimes violents sont une préoccupation constante, dus à une pauvreté endémique, une abondance d’armes, un héritage de violence sociale et un dysfonctionnement de la mise en application de loi et du système judiciaire. »
Non seulement les secteurs criminel et sociaux sont touchés, mais également celui du travail. Ainsi, l’OIT, (Organisation internationale du travail), visitait le pays en février dernier. Elle s’inquiétait alors de « l'absence générale d'indépendance du pouvoir judiciaire et des organes gouvernementaux en matière de droit du travail. » De même, La Confédération syndicale internationale (CSI) estime, dans un communiqué daté du 18 août dernier, « que l'État guatémaltèque doit entamer sans délai une action concertée en vue d'assainir le système de la justice du travail, ainsi que le système judiciaire dans son ensemble. »

Quel est l’avenir pour cette petite fille?
Photo AED
Enfin, le Conseil œcuménique chrétien du Guatemala déplorait, le 30 août dernier, « L’exploitation intensive de la nature sous toutes ses formes », qui selon le Conseil, risque d’augmenter « la famine et la pauvreté » qui affectent déjà la moitié des 14 millions d’habitants. Cette instance, qui réunit entre autres l’Église catholique, l’Église évangélique et l’Église presbytérienne, réagissait à la construction de trois centrales hydroélectriques et d’une mine d’or. Les travaux concernant ces projets utiliseront les ressources hydriques actuellement nécessaires à la subsistance de dizaines de communautés autochtones, estime les Églises.
Ce communiqué du Conseil, publié par l’Agence missionnaire Misna, est diffusé à quelques jours seulement du dévoilement de statistiques officielles, qui indiqueraient, entre autres, que le nombre de communautés à risque d’insécurité alimentaire a augmenté de 113 pour cent au cours de trois derniers mois à cause de la sécheresse qui sévit dans certaines régions du pays.
(Par AED International, Adaptation et traduction : Mario Bard, AED Canada)











