Des victimes laissées à elles-mêmes
Un an après les violences qui les ont terrifiés, environ mille chrétiens de l’Orissa, encore réfugiés dans des camps, doivent les quitter : ceux-ci sont fermés de force par les autorités. Par contre, ces chrétiens sont encore trop effrayés pour rentrer à la maison.
En entrevue à partir de l’Inde avec l’Aide à l’Église en Détresse (AED), le journaliste Anto Akkara a indiqué à l’organisme que, bien que le gouvernement ait officiellement fermé les camps, il y a encore environ mille chrétiens qui vivent toujours dans des tentes. À leur pleine capacité, les camps ont accueilli 50 000 réfugiés, dont plusieurs sont maintenant retournés dans leurs villages.
Par contre, selon le journaliste, la plupart des chrétiens qui ne sont pas encore revenus chez eux vivent maintenant dans les bidonvilles de Bhubaneswar, la capitale de l’État de l’Orissa, craignant que le gouvernement soit incapable de les protéger adéquatement contre de nouvelles vagues de violence.
Les observations du journaliste font suite à la décision de la Commission américaine internationale sur la liberté religieuse (US Commission on International Religious Freedom), qui, plus tôt ce mois-ci, a décidé de mettre l’Inde sur sa « Watch List », liste de surveillance, « à cause de la réponse largement inadéquate dans la protection de ses minorités religieuses ». Des propos relayés par Mme Marie-Ange Siebrecht, responsable de projet en Inde pour l’AED, qui estime que la réponse gouvernementale pour les chrétiens réfugiés de l’Orissa est encore insatisfaisante. « Le gouvernement est en train de fermer les camps, mais cela ne règle pas les problèmes des réfugiés, parce que les chrétiens n’osent pas s’aventurer de nouveau dans leurs villages, parce qu’ils sont menacés par les fondamentalistes hindous », note Mme Siebrecht.
En plus, les chrétiens déplacés n’arrivent pas à subvenir à leurs besoins, et les paiements de compensations promis par le gouvernement sont souvent « portés disparus »…

Inde : dégâts constatés dans une église après les violences de la fin de l’été 2008. L’heure est à la reconstruction.
Photo AED
À quand une meilleure protection?
Les propos de Mme Siebrecht font suite aux demandes des représentants de l’Église locale, selon lesquels les autorités nationales devraient mieux protéger les minorités religieuses. La responsable ajoute sa voix à celles qui s’élèvent pour demander au gouvernement de l’Orissa la création de régions sécuritaires, permettant aux chrétiens de retourner dans leurs villages sans crainte d’être attaqués.
L’AED soutient des projets qui ont connu du succès, là où il y a des craintes que les chrétiens soient les cibles d’attaques à leur retour. Ces projets sont des « peace-building projects » (des projets pour construire la paix), organisés sous les auspices de l’archevêque de Cuttack-Bhubasnewar, Mgr Raphael Cheenath. L’une des composantes de ces projets s’adresse à tous les groupes d’âge – mais spécialement aux jeunes – qui sont encouragés à entreprendre des activités communes, afin d’aider à rebâtir la confiance et la coopération.
Rappelons qu’en août 2008, durant ce que plusieurs considèrent aujourd’hui comme ayant été un pogrom envers la population chrétienne de l’Orissa, plus de 70 personnes ont été tuées, 5 031 maisons ont été attaquées et 171 églises ont été ciblées d’une manière ou d’une autre par des extrémistes hindous. Initialement, l’AED a apporté une aide d’urgence afin de soulager ceux qui se trouvaient dans les camps, en soutenant l’installation de tentes qui ont servi de chapelles, où la messe pouvait être célébrée, et a promis d’aider l’archevêque à reconstruire les églises et les autres édifices détruits dans les violences. L’aide à la reconstruction des structures ecclésiales en Orissa demeure la priorité pour l’Aide à l’Église en Détresse.

Jeunes enfants chrétiens dans un camp de réfugiés en Inde, août 2008.
Photo AED
Par ailleurs, l’Agence Zenit indiquait dans sa livraison du 27 août dernier, que des chrétiens de l’État du Madhya Pradesh ont demandé que le 25 août soit déclaré « jour des martyrs », en mémoire des violences antichrétiennes de l’an dernier, selon des informations obtenues de l’agence Église d’Asie. C’était le 25 août 2008 que les violences avaient commencé, déclenché par le meurtre du leader des extrémistes hindous, Swami Laxmanananda Saraswati. « Malgré le démenti des chrétiens, et la revendication du meurtre du chef hindouiste par les maoïstes, rien n'avait pu stopper les attaques contre les chrétiens qui s'étaient poursuivies durant plusieurs mois », rapporte encore Zenit.
(Par John Newton, AED Royaume-Uni, Traduction et adaptation : Mario Bard, AED Canada)








