La sexualité des époux: voie de sainteté, selon Jean-Paul II
Nous vous présentons ci-dessous quelques bribes des quatre conférences qu’Yves Semen (1) a données lors du “Symposium sur la théologie du corps” tenu à Québec en novembre 2008 et qui ont eu un effet boeuf sur les participants. Il s’agit d’une vulgarisation de l’oeuvre colossale de Jean-Paul II. Une théologie qui décape les vieilles et fausses mentalités pour en laisser découvrir de plus profondes et plus hautes, sur la sexualité humaine, sur le mariage chrétien comme un chemin de sainteté possible.
Comment concilier le corps avec la foi, l’intégrer pleinement à notre cheminement chrétien? Comment le Créateur peut-il avoir voulu ce corps sexué pour l’humain pendant qu’on l’accuse de freiner nos ardeurs spirituelles, qu’on le considère comme un empêchement? Comment Dieu peut-Il y avoir mis son image?
«Il fallait attacher la dimension sexuelle de l’homme à une approche théologique. Il fallait avoir l’audace, presque le culot, de dire quelle était l’intention de Dieu, son projet, son rêve en créant l’homme et la femme, comme des êtres corporels, sexués. C’est la clé de la “théologie du corps” de Jean-Paul II», répond Yves Semen dans son introduction aux conférences.
Et cette théologie nous est révélée par trois grands moments d’Évangile appelés par Jean-Paul II le «grand triptyque scripturaire» de la “théologie du corps”. «Ce triptyque, —un tableau en trois parties qui ont une cohérence entre elles—, est couronné et éclairé par Éphésiens 5 et constitue le fil directeur de cette “théologie du corps” de Jean-Paul II», explique-t-il.
Première conférence
1) La réponse du Christ aux Pharisiens sur la répudiation des femmes (Mt 19.1-12).
À la question des Pharisiens, Jésus renvoie à la lumière des origines: «N’avez-vous pas lu que le Créateur, dès l’origine, les fit homme et femme (…) et les deux ne feront qu’une seule chair?» «Puisque Jésus nous indique là le chemin pour comprendre, il faut retourner à l’authenticité des origines.», précise monsieur Semen.
Dans le premier texte du récit de la création Dieu crée l’humanité à l’image de Dieu, homme et femme. «Quelle pudeur dans notre traduction française! Le texte hébreu utilise les mots ‘mâle’ et ‘femelle’. Dieu les bénit comme mâle et femelle. Il n’y avait qu’une seule chose à faire aux origines, comme un ordre divin: nous multiplier!»
Lorsqu’on y regarde de plus près, Dieu emploie le verbe «faire» à la première personne du pluriel «faisons, l’homme», comme s’Il rentrait «dans une sorte de conseil intérieur. Qu’est-ce que ce pluriel de Dieu? C’est la Trinité qui est à l’oeuvre dans cet acte de création de l’homme et de la femme qui constitue l’accomplissement final de toute l’oeuvre de la création. Tout le reste n’était qu’instrumental», explique-t-il.
Dans ce récit, la seule ressemblance qui est évoquée, c’est celle de l’homme avec Dieu. «Il n’est nullement mentionné une quelconque ressemblance de l’homme avec les animaux.» De plus, parmi toutes les créatures, la différence sexuelle n’est mentionnée que pour l’être humain. Jean-Paul II dit que cela signifie que la différence sexuelle et ses signes corporels sont en lien direct avec l’image de Dieu et bénis de Dieu.
On doit donc regarder la sexualité humaine à partir du mystère de communion de la Trinité d’amour de Dieu, un transfert dans la chair, une incarnation de ce qu’est Dieu dans son mystère d’amour. La comparaison avec la sexualité animale est donc inadéquate. Dans le deuxième récit de la création, on découvre l’homme non pas comme le plus parfait des animaux, mais comme un être différent. Dieu fait faire à l’homme l’expérience qu’il est capable de nommer les animaux. Ne trouvant pas d’être qui lui soit assorti, il se découvre radicalement seul d’un point de vue ontologique. Et en même temps, se développe en lui, une soif de communion, un désir de se donner. «L’homme ne s’accomplit que dans le don absolu de lui-même dit Jean-Paul II.»
En créant la femme, «Dieu ne la tire pas des pieds ou de la tête de l’homme, mais de son côté». Ainsi, il la fait «pour être à ses côtés dans une parfaite égalité face à Dieu. Ce qui fait que le chef-d’oeuvre de la création c’est le couple humain, c’est la communion homme-femme.» «Et ils deviennent une seule chair: image de Dieu. L’acte de chair, le don des corps, quand il exprime la totalité de la donation authentique des personnes l’une à l’autre, dans la chair et par leur chair, est l’image insondable de la communion des personnes divines. C’est à ce moment-là que l’homme est image de Dieu», lance Yves Semen à l’assemblée médusée.
Deuxième conférence
2) Le sermon sur la Montagne (Mt 5.27-32).
Avant la chute, l’homme et la femme contemplaient Dieu comme Trinité d’amour de Personnes, à travers et par la médiation de ces signes visibles de la sexualité. Mais après le «péché des origines», Jean-Paul II dit que cette nudité révèle un état de conscience que nous avons perdu, celui de pouvoir contempler Dieu à travers l’un, l’autre.
«Quelles que soient les caricatures qu’on en a fait, le péché originel n’est en aucune manière un péché d’ordre sexuel. Ça, c’est une falsification radicale du “péché des origines”. Fondamentalement, c’est un acte monumental d’orgueil, c’est-à-dire le refus de dépendance, celle de l’amour, proposée par Dieu.»
Ce péché originel porte quatre conséquences.
1) La honte sexuelle (pagne): ils dérobent leurs signes sexuels au regard de l’autre. Ils voient leur nudité sans la lumière de Dieu. C’est la source de notre malaise avec la sexualité.
2) La domination mutuelle: la domination masculine se manifestera par le machisme. «L’homme peut même attendre du mariage un apaisement de ses pulsions. Illusion! Ce n’est pas l’usage du mariage qui est un remède à la concupiscence, c’est la grâce sacramentelle du mariage qui vient brûler dans le coeur de l’homme les racines de la concupiscence.»
«Du côté de la femme, capable plus facilement de se passer de l’union sexuelle et sentant la vulnérabilité de son mari, elle peut chercher à en jouer pour se donner avec parcimonie, sous conditions… Une manière de manipuler son mari…», de le dominer à sa façon. Un mauvais usage de leur sexualité peut les conduire à une “discommunion” entre eux et avec Dieu.
3) La falsification du regard (Alors, leurs yeux s’ouvrirent): «Le regard qui réduit l’autre à l’état d’objet de satisfaction, une chosification qui fait déchoir la personne de sa qualité de sujet. Que ce soit le regard prédateur de l’homme ou séducteur de la femme, c’est un regard capteur qui veut prendre pour soi. C’est ainsi qu’on peut être adultère avec sa propre épouse si le regard qu’on pose sur elle en est un d’objet», assure-t-il.
4) L’accusation du corps: «Quand on se rend compte de son état, plutôt que d’examiner son coeur qui véritablement pose problème, on peut vouloir accuser son corps pour se trouver une excuse. C’est la source de toutes doctrines qui accusent le corps. Toutes les fautes d’ordre sexuel —toutes— sont des fautes contre le corps et non pas des fautes du corps. Il n’y a pas plus antichrétien que le mépris du corps et de la sexualité. Il n’y a pas de religion qui tienne davantage le corps en honneur que le christianisme».
Troisième conférence
3) La réponse du Christ aux Saducéens qui contestent la doctrine de la résurrection (Mt 22.23-33).
«De la résurrection, nous ne pouvons que balbutier. L’homme conservera sa propre nature humaine. S’il en était autrement, parler de résurrection serait dénué de sens. La résurrection signifie une nouvelle soumission du corps à l’esprit dans un parfait équilibre harmonieux et serein, sans effort.»
À la résurrection, on ne se mariera plus parce que la création sera complètement achevée. L’expérience du mariage nous prépare au don plénier de Dieu Trinité dans l’éternité de la résurrection.
Et pour le célibat? «Sur ce point, les paroles du Christ sont absolument claires: il propose à ses disciples l’idéal de la continence et les y invite, non pas pour un motif d’infériorité de l’union conjugale, mais uniquement pour le Royaume des cieux. Si le mariage nous prépare au Royaume, le célibat lui, l’annonce, l’anticipe. Ceux qui font voeu de virginité pour le Royaume veulent faire comme si ça pouvait se faire dès maintenant.»
«Il n’y a donc qu’une seule et même vocation à la personne, celle à l’amour d’épousailles. Le modèle de toute vie humaine, c’est le modèle des épousailles du Christ avec l’Église.»
Quatrième conférence
4) Le grand triptyque scripturaire (Ép 5.21-33).
Premier volet: la grande analogie. «Jean-Paul II dit que le mariage ne correspond à la vocation des chrétiens seulement s’il reflète l’amour que le Christ époux donne à l’Église son épouse et que l’Église s’efforce de redonner au Christ. C’est le seul mariage qui vaille.» C’est l’archétype. Ce n’est pas «une simple métaphore pour comprendre le mariage chrétien, mais plutôt une analogie pour expliquer qu’il est de la même essence, qu’il doit se conformer au mariage du Christ et de l’Église, lui qui l’a aimée jusqu’à la mort.»
Deuxième volet: la soumission réciproque. La domination c’est le fruit du péché. Jean Paul II exprime pour la première fois dans l’histoire de l’Église un nouveau concept, c’est-à-dire que la femme peut et doit trouver dans ses rapports avec le Christ, la motivation de ses rapports avec son mari. Désormais, on parle de soumission réciproque et non unilatérale. «“Non pas ma volonté, mais la tienne!” C’est la différence entre un mariage chrétien et un simple état social.»
Troisième volet: le sacrement primordial, prototype. «Le mariage est un sacrement primordial dans le sens où il nous révèle, de la manière la plus excellente, le coeur de Dieu, c’est-à-dire dans son être de communion d’amour éternel de personnes. Le mariage demeure la plate-forme de la réalisation des dessins éternels divins.»
À cause du péché des origines, le mariage a été privé de son efficacité naturelle. Et pourtant, le mariage ne cesse d’être la figure de ce sacrement. Il faut le voir comme la clé du mystère de la rédemption: le don du Christ-Époux livré pour rétablir l’Église dans sa dignité d’épouse. Dès lors, les époux chrétiens ont un rôle prophétique.
Jésus a donné son premier signe dans un repas de noces. Il dit à sa mère: «Mon heure n’est pas encore venue». De quelle heure s’agit-il? Celle dont il parle après un autre repas, celui de l’institution de l’Eucharistie, celui où il se donne d’un amour nuptial et où il dira cette fois: «Père, l’heure est venue.»
Dans le mariage, c’est le don des corps qui achève liturgiquement la célébration des noces, dit Jean-Paul II. La consommation des noces du Christ et de l’Église se fait sur le bois de la croix, leur couche nuptiale. C’est là que le Christ dira: «C’est consommé», souvent traduit par «Tout est accompli».
Ça, c’est la réconciliation de la sexualité et de la sainteté. L’Église, en chacun de nous, est invitée à répondre «Viens, Maranatha», jusqu’au retour du Christ en gloire, jusqu’au moment de la fin des temps où elle sera pleinement constituée comme épouse et où Dieu sera pour l’éternité «tout en tous»!
(1) En complément, voir notre entrevue avec Yves Semen intitulé: L'Église catholique, experte en sexualité!
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Note:
Il est possible de se procurer des CD des quatre conférences données par Yves Semen à l'occasion du Symposium auprès de l'Organisme catholique pour la vie et la famille (OCVF) en cliquant ici.






