Pourra-t-on dire “bienheureux Jean-Paul II”?
Je ne sais s’il vous tarde comme moi que Jean-Paul II, Karol le Grand, soit canonisé? Remarquez que je le prie, depuis sa mort, comme si c’était déjà fait. Si j’avais été avec les fidèles sur la Place St-Pierre, les jours qui ont suivi son décès, j’aurais sûrement été de ceux et celles qui clamaient en italien «Santo subito!», (canonisez-le tout de suite!). Il faut se dire qu’une personne ne devient pas sainte à partir du moment où elle est canonisée officiellement par l’Église. Elle l’est déjà, au moment de sa mort, et l’enquête canonique, avec ses résultats, ne vise qu’à le démontrer concrètement aux yeux de tous. Chez des figures publiques comme l’était le pape Jean-Paul, ou encore Mère Teresa, on est simplement plus à même de le constater, que chez d’autres saintes personnes qui ont vécu —selon leur mission— dans l’ombre et en retrait de toute vie publique.
C’est pourquoi mon époux (Paul Bouchard) et moi, dès le jour de sa mort, nous l’avons ajouté à la liste des saints patrons du NIC et lui avons confié VOTRE/NOTRE magazine afin qu’il puisse continuer sa tâche, malgré nos limites, le manque d’abonnés et un déficit chronique. Une liste de saints qui commence à s’allonger, puisqu’elle comportait déjà saint François de Sales, patron des journalistes, saint Maximilien Kolbe, martyr des camps de concentration, le père Émilien Tardif, ami du Nic et ami personnel —dont le procès canonique est en cours en République Dominicaine. Et nous venons d’y ajouter le père Louis-Marie Parent, décédé tout récemment, qui a été longtemps notre guide et inspirateur spirituel.
Pour en revenir à la figure spirituelle imposante du pape Jean-Paul, il nous faudra malheureusement attendre encore pour sa béatification, car Rome a laissé filtré la possibilité qu’il y ait un délai.
Certes, 41 jours après la mort du bien-aimé pape, soit le 13 mai 2005 —24e anniversaire de l’attentat qu’il a subi Place St-Pierre— Benoît XVI annonçait la dispense des cinq ans prévus avant l’ouverture de la cause de béatification d’un serviteur de Dieu. Le nouveau pape avait pris cette décision suite aux demandes de nombreux cardinaux qui se sont fait l’écho d’innombrables témoignages qui leur ont été confiés au cours des ans et à l’occasion de la mort et des funérailles de Jean-Paul II.
Mais, les responsables de la cause ont énormément de documents à examiner et de témoignages à entendre. Tentons seulement d’imaginer le nombre de personnes que ce grand homme a rencontrées au cours de sa vie et de son pontificat et sur lesquelles il a eu une influence bénéfique, marquante ou extraordinaire. De plus, un fait nouveau est survenu.
En effet, les journaux italiens rapportaient, à la fin de mai dernier, que sa béatification pouvait être reportée car le Vatican a reçu récemment d’autres documents à étudier. Selon le quotidien «La Stampa», il s’agit en fait d’une volumineuse correspondance (des centaines de lettres) entre le pape Jean-Paul II et Wanda Poltawska, une amie polonaise de longue date du pape, qui a également agi comme conseillère auprès de lui. Un échange épistolaire qui a débuté dans les années 50 et s’est échelonné jusqu’à sa mort.
«La Stampa» a publié le 1er juin une interview avec la Polonaise Wanda Poltawska, dans laquelle elle confie qu’elle a rencontré le père Karol Wojtyla, le futur pape, en 1950, alors qu’elle était à la recherche d’un confesseur et directeur spirituel, pour la guider dans le long processus de réhabilitation de son internement comme prisonnière politique dans le camp de concentration nazi de Ravensbrück, où des expériences médicales étaient pratiquées sur les prisonniers.
Accompagnée de son mari et souvent de ses enfants, la polonaise, qui est psychiatre, a partagé avec le père Wojtyla et plus tard avec le pape Jean-Paul «des points d’intérêts communs, d’importantes occasions, des moments de spiritualité et cet amour de la nature dont nous avons fait l’expérience en campant dans les montagnes du sud de la Pologne, et même dans la “cage dorée” qu’est Castel Gandolfo » (la villa d’été papal), après son élection comme pape en 1978, a-t-elle raconté.
«Dès la première fois que je l’ai rencontré, j’ai su qu’il deviendrait saint, s’est rappelée la Polonaise. Sa sainteté était évidente; il irradiait une lumière intérieure qu’il était impossible de cacher».
Madame Poltawska affirme qu’elle a une «valise pleine de ses lettres», écrites au cours de 55 années. «Je ne peux pas vous dire combien j’en ai données pour la cause de béatification », parce qu’elle a juré (prêté serment) de garder le secret sur tout ce qui concerne la cause.
«Je n’ai détruit aucune de ces lettres. J’en ai sélectionné quelques-unes et décidé de les publier en Pologne, même si certaines personnes ne sont pas d’accord avec ma décision».
Elle faisait sans doute allusion à Mgr Jozef Zycinski, archevêque de Lublin, qui, ayant entendu parler des lettres, exhortait les personnes concernées à la radio de Lublin, le 8 juin dernier, de ne pas les publier mais «de les garder comme une chose sacrée, une sorte de souvenir. Ne les publiez pas», a-t-il insisté.
Puis, croyant sans doute n’avoir pas été assez convaincant, le prélat polonais n’y est pas allé avec le dos de la cuillère, en ajoutant que «publier ces lettres du pape serait un signe de narcissisme, un désir d’attirer l’attention sur soi».
Selon l’archevêque, le Saint-Père a démontré une confiance toute spéciale envers madame Poltawska, en discutant avec elle de problèmes particuliers dans ces lettres. On ne doit pas trahir cette confiance.
Le même jour où l’évêque faisait sa sortie sur les ondes radiophoniques, ses propos étaient entièrement publiés par un quotidien polonais, le «Gazeta Wyborcza». Un sujet donc, qui fait jaser et couler de l’encre. Et ce n’est pas fini...
Autre raison d’un possible délai
L’étude de la correspondance du pape Karol Wojtyla avec madame Poltawska ne serait pas la seule raison pouvant occasionner un soi-disant délai pour la béatification du pape Jean-Paul.
Un autre quotidien italien, «Il Giornale», rapportait récemment que la rencontre d’une Commission de théologiens qui avait lieu à la mi-mai est arrivée à la conclusion que les informations contenues dans la “positio” officielle —ensemble des documents soumis pour étude aux théologiens— n’était pas assez complète.
Le quotidien italien citait entre autres le fait que le cardinal Angelo Sodano, secrétaire d’État sous Jean-Paul II, de même que le cardinal Leonardo Sandri, son adjoint, n’a vaient pas encore donné leur témoignage.
On comprendra que ces témoignages sont capitaux, si on se rappelle que le cardinal Sodano a travaillé de très près avec Jean-Paul II et ce, pendant plusieurs années pour l’élaboration et la mise en oeuvre de la politique dite «des petits pas» (Glasnost) qui a finalement abouti à la chute du Rideau de fer en Union soviétique, et ce, sans manifestations violentes.
Aucun des quotidiens italiens n’a produit de citations ou de communiqués de la part des membres de la Commission de théologiens ou de responsables de la Congrégation pour la cause des saints. Et le père Ciro Benedettini, passionniste, vice-directeur du bureau de presse du Vatican, a déclaré le 1er juin, qu’il n’y aurait aucun commentaire du Vatican pendant que le procès pour la béatification suivait son cours.
Le préfet fait le point
Cependant, le 21 mai dernier, Mgr Angelo Amato, préfet de la Congrégation pour la cause des saints, a en quelque sorte résumé la situation sur les ondes de Radio-Vatican. Il a tout d’abord rappelé que trois jours plus tôt (le 18 mai) c’était la date anniversaire de Jean-Paul II, qui aurait eu 89 ans.
Il a ensuite souligné le fait que la cause en béatification avait été placée «sur une voie prioritaire qui la fera avancer rapidement». Autrement dit, a-t-il ajouté, son dossier n’a pas été «inséré dans la liste des causes en attente de jugement» dont le nombre s’élève à plus d’un millier.
Puis il a précisé que découlant du fait qu’il s’agit, avec Jean Paul II, d’un pape «très connu et tant aimé», la rapidité ne peut faire l’économie d’une «grande précision méthodologique, quant au contenu, et ceci en respectant les procédures prévues ». La rapidité ne signifie pas «hâte ou superficialité», a fait valoir le prélat, mais plutôt «sollicitude et professionnalisme».
Le préfet pour la cause des saints a rappelé aussi que le procès diocésain (diocèse de Rome) a été clos en mai 2007, et qu’en novembre 2008, la “Positio” avait été acheminée à la Congrégation pour le «premier examen des théologiens consulteurs».
Cette “Positio” a été rédigée et imprimée par Mgr Slawomir Oder, le postulateur, assisté de collaborateurs et sous la direction du rapporteur, en l’occurrence, le père Daniel Ols, dominicain, (français) de la Congrégation pour la cause des saints.
Et voilà, nous venons de boucler la boucle. Cette réponse des théologiens est déjà connue; nous la mentionnons un peu plus haut dans ce texte: les théologiens de la Congrégation en sont venus au verdict que la “Positio” n’est pas complète, et ils veulent entendre les témoignages du cardinal Sodano et de son assistant. Et puis, il y a aussi les fameuses lettres de madame Poltawska à examiner. Quand tout cela sera terminé, la cause sera présentée au jugement des cardinaux et des évêques en session ordinaire, pour arriver ensuite à la décision de Benoît XVI.
Au moment de terminer ces lignes, le fil de presse, via l’agence italienne ANSA, nous apprenait que la cause de béatification de Jean-Paul II pourrait aboutir d’ici avril 2010, c’est-à-dire possiblement pour le 5e anniversaire de la mort du pape polonais.
Il faut donc attendre encore un tout petit peu pour pouvoir dire officiellement saint Jean-Paul II, priez pour nous, mais on peut le faire dans le secret de son coeur… Ce qui se passe entre un humain et le Ciel n’est pas soumis à l’espace-temps des hommes mais se déroule dans l’éternel présent de Dieu! (source CNS - Zenit).
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