Aller en mission dans les coins les plus reculés ! (Suite et fin)
En 1998, alors qu’il est missionnaire en Ouganda, Alberto Campos reçoit un appel du nonce apostolique, Luis Robles Díaz. Ce dernier l’informe que le Vatican désire qu’il soit muté au Pérou, car le vicariat apostolique de « San José del Amazonas » est à la recherche d’un frère ayant l’expérience de la mission, et ayant des relations sacerdotales au niveau international. Il semble d’abord étrange à Alberto Campos que la décision ne vienne pas de sa communauté franciscaine, mais du Saint-Père. Quand il manifeste sa surprise au nonce, celui-ci répond : « Parce que vous allez être évêque ».
Il ne pouvait ni ne voulait le croire : « Je ne peux pas accepter. D’abord, parce que je suis mexicain et pas péruvien, et deuxièmement, parce que je ne suis pas familiarisé avec cette réalité. J’ai besoin de temps pour prendre une décision », avait-il répondu au nonce, qui lui accorde alors une semaine de réflexion.
C’est au cours de cette semaine qu’éclate une épidémie de malaria, qui cloue au lit le missionnaire : un bon moment pour mettre de côté ses responsabilités et n’écouter que la volonté de Dieu. « Ce combat a été le plus grand de toute ma vie, car je refusais avec persistance d’accepter la nouvelle mission. À l’aide d’un accompagnateur spirituel, j’ai reconnu deux choses : d’une part mon refus intérieur, et d’autre part que si je devais être appelé à cela par Dieu, cela serait l’étape décisive de ma foi », ajoute l’évêque.
Par contre, il fixe encore un dernier obstacle à la mission à laquelle Dieu l’appelle: s’il est encore malade le jour où la décision viendra à échéance, il dira non. Par contre, si son état s’améliore, il acceptera cette nouvelle mission. Dieu le prend au mot : il recouvre la santé la nuit précédant le jour de l’échéance qu’il a fixée. Quand il fait part de sa décision au nonce, celui-ci lui indique : « Ils cherchent quelqu’un qui soit disposé à s’avancer jusque dans les coins les plus reculés ». C’est comme si cette mission était faite pour lui, car il se voit comme un prédicateur pèlerin.
Mais la mission qui l’attend au Pérou est plus difficile que celle vécue en Ouganda. « En Afrique nous avons effectué du travail d’équipe, avec une forte participation de la part des gens et une grande soif de Dieu. En Amazonie, en revanche, on se heurte à l’indifférence religieuse ; les gens se sont habitués aux missionnaires et ne voient plus en eux les représentants de Jésus », remarque Mgr Campos.
Aller là où « Il » appelle
Aujourd’hui, après les onze années qu’il vient de vivre comme évêque au Pérou, il connaît la différence entre les deux cultures (péruvienne et ougandaise) : il sait ce qu’il lui en coûte d’assumer des responsabilités de gestion, au détriment de son travail pastoral.
Son diocèse – qui compte quinze paroisses et plus de mille communautés de fidèles – se caractérise géographiquement par sa très grande superficie et son manque de routes. Dans son programme annuel, Mgr Campos inclut toutes les localités où il va vivre et célébrer avec les fidèles de chaque secteur. « J’aime voyager, mais à cause du manque de temps, il m’est plus difficile de rendre visite à tous les secteurs », remarque-t-il. Il y a trois heures de bateau à faire pour atteindre la paroisse la plus proche, et trois semaines pour la paroisse la plus éloignée. En raison de la difficulté à pouvoir rendre des visites régulières à tous les fidèles, le Vicariat a formé, pour chaque paroisse, des présidents de la liturgie de la Parole.
Comme l’État n’est pas très présent dans la région de l’Amazonie, les gens s’adressent à l’Église pour leurs besoins, qui elle, agit comme un pont. Tout ce travail d’administration est à la charge de Mgr Campos, lui qui voit plutôt sa mission dans la pastorale. Il se sent comme le grand-père – « Père de tous les pères » – de son vicariat.
Vu l’importance de la détresse, son travail comporte de grandes responsabilités. Et Mgr Campos ne sait plus toujours à quelle porte frapper pour demander de l’aide. C’est alors qu’il a fait la connaissance de l’Aide à l’Église en Détresse. L’AED a pu le soutenir dans son travail, grâce à la générosité de ses bienfaiteurs. Une partie de l’aide apportée consiste à l’approvisionner en matériel pour l’annonce de la Parole de Dieu, à l’aider à la reconstruction de chapelles et à la fondation d’un centre de catéchèse. Ce soutien à la formation morale et religieuse lui apporte beaucoup de joie par les fruits qui en résultent : naissance de catéchètes, d’agents pastoraux et de séminaristes… ainsi que l’ordination du premier prêtre de la région !
Après l’accomplissement de son rêve de devenir missionnaire en Afrique, et après onze ans passés en Amazonie, Mgr Campos en arrive à cette conclusion : « Je ressens ma vocation comme un processus. Quand j’étais jeune, je pouvais aller là où je voulais, et maintenant je vais là où Il m’appelle. »
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