Kibeho, terre sainte du Rwanda, sol de la réconciliation
Réconciliation: le mot peut sembler fort quand on regarde l’histoire humaine, bien plus encore quand il s’agit de l’histoire du Rwanda. Par contre, l’Évangile, et plus récemment, les apparitions de Marie, la “Mère du Verbe”, à Kibeho au Rwanda, lancent un appel fort et sans équivoque à la réconciliation. Sinon, «la Vierge prévenait que les gens allaient tomber dans un gouffre», indique le père Zbigniew Pawlowski, missionnaire pallotin1 d’origine polonaise, qui vit au Rwanda depuis maintenant 34 ans.
Alors, quelle est la solution pour ne pas tomber dans ce gouffre dont parlait la Vierge Marie lors d’une de ses apparitions (une centaine en tout), de novembre 1981 à novembre 1989? Pour le père Pawlowski, la solution ne fait aucun doute: «le changement radical, revenir à l’Évangile, revenir à son fils Jésus.» Un appel loin de sonner faux au pays des Mille Collines, le Rwanda, horriblement éprouvé par la violence terrifiante du génocide de 1994. Femmes, hommes, enfants, vieillards, bébés: personne n’a été épargné. À Kibeho aussi, il y a eu quelques massacres, malgré la sainteté des lieux. Même l’une des voyantes, Marie-Claire, sera tuée.
Le Rwanda est un pays où la chrétienté semblait si bien implantée, et pourtant la rancoeur demeure un chemin plus facile à suivre que celui de la réconciliation. Ce n’est pas faute d’avoir prié. «Vraiment vous priez, mais vous priez mal», aurait déclaré la Vierge de Kibeho. La prière est un chemin difficile. Souvent nos pensées et nos désirs vont à l’encontre de ceux de Dieu, de l’Évangile. En ce sens, la transformation des coeurs demandée par la Vierge est toujours d’actualité: mois de Marie ou pas, que l’on croie aux apparitions ou non, et de quelque peuple que l’on soit.
Une base spirituelle que «le Ciel a touchée»
«Maintenant, les conséquences du génocide, nous les subissons tous», indique le père Pawlowski. «À cause de ce traumatisme, il y a toutes sortes de maladies, il y a toutes sortes de méfiances, il y a un manque d’espérance et il y a aussi l’esprit de vengeance qui continue ici et là.»
Par contre, les Pallottins, qui dirigent le sanctuaire, veulent y implanter l’esprit de réconciliation si chère et si voulue après les événements de 1994. «Pour moi, il y a une base spirituelle à Kibeho. Malgré tous ces massacres, malgré tous ces malaises», plusieurs Rwandais l’appellent maintenant «la terre sainte. C’est le Ciel qui a touché la terre», ajoute le recteur. Plus concrètement, le père rêve que le sanctuaire puisse devenir un véritable lieu de discussion, de dialogue. Un endroit «pour s’asseoir, pour réfléchir, pour discuter, pour parler ensemble, pour chercher… d’autres solutions.»
Le père Pawlowski ne perd aucunement espoir dans les capacités de l’être humain: «Il est difficile de croire, malgré tout le malheur qu’on a eu au Rwanda et qu’on a encore dans d’autres pays —pensons au Burundi, à l’Ouganda et à la République Démocratique du Congo, tous voisins frontaliers—, avec tous les attentats, avec tous les massacres ici et là, il est difficile de croire que l’homme est mauvais», indique le père avec toute sa foi. «Disons qu’il peut-être attiré ou bien poussé vers des choses horribles, mais nous sentons au fond du coeur de l’homme qu’il y a quelque chose d’utile, qu’on est ensemble.» Pour lui, il est clair que «si on est ensemble avec les forces qui viennent du Ciel, alors on pourrait peut-être porter de bons fruits.»

Marie-Claire Mukangango lors d’une apparition.
Photo www.katolik.pl
Manger ensemble
Selon le père Pawlowski, il sera important dans l’avenir de multiplier les moments où tous et chacun pourront manger ensemble en dialoguant à la même table. Cette notion de table exprimée par le père Pawlowski, et même l’action de «manger» ensemble, —tous qui que nous soyons— «nous permettra peut-être d’établir une relation directe comme celle que Jésus, dans l’Évangile, nous prie de réaliser».
En effet, le Seigneur revient souvent sur l’image de la table du banquet céleste. Une image de fête qu’il puise directement dans le Premier testament. «La Sagesse a dressé une table, elle invite au festin ses disciples: venez au banquet du Fils de l’Homme, mangez et buvez la Pâque de Dieu», dit le chant liturgique d’André Gouzes, inspiré du livre des Proverbes au chapitre 9 et repris par la Tradition.
Le père Pawlowski fait ce rêve fou que les humains de bonne volonté, quoique différents, puissent être ensemble, dans un «centre de réflexion, un centre de prière et un centre de discussion » sur la colline de Kibeho. Afin de pouvoir y donner «certains éléments philosophiques ou intellectuels pour que l’humanité puisse espérer, malgré tous ces signes de décadence.»
Des politiciens, de simples citoyens, des religieuses, des évêques, etc., ils sont tous à la table dressée par le père Pawlowski, ministre de Jésus, Celui qui préside à la réconciliation. Cette table, elle existe déjà puisque, dans la paroisse voisine du sanctuaire, les pères organisent sporadiquement des rencontres. «Là, les gens s’assoient, ils parlent, certains demandent pardon, d’autres l’accordent », explique-t-il. «Alors notre tâche, c’est de les soutenir dans cette démarche».
Ce sont des petits pas, mais il y a quelque chose qui se passe et qui permet de marcher vers un avenir meilleur. Parce que les cicatrices sont encore fraîches, cela prendra du temps «pour une vraie réconciliation», estime le recteur. Par contre, selon lui, il faut commencer dès maintenant.
L’avenir du sanctuaire
«À l’avenir, nous aimerions nous retirer doucement des affaires sociales ou bien caritatives pour mieux faire connaître le message de la Vierge», souligne le père Pawlowski. «Il y a eu beaucoup d’apparitions; certaines duraient trois heures. Nous voudrions avoir accès aux archives afin de mieux connaître et faire connaître» les apparitions et leurs messages. «Il y a peut-être d’autres éléments qui peuvent être utiles» à l’Église et au monde. L’Aide à l’Église en Détresse (AED) soutient les activités du sanctuaire, essentiellement parce que «l’Église du Rwanda est dépositaire de ce message pour l’Église universelle. Mais elle n’a pas les moyens financiers de promouvoir ce site qui part de zéro», explique madame Christine du Coudray, responsable de projet pour l’Afrique francophone à l’AED.
Une question de présence essentielle auprès de ce «tout jeune sanctuaire, pour l’aider à sortir physiquement de terre, et surtout, insiste-elle, pour transmettre le message de toutes les manières». L’AED estime d’ailleurs qu’elle faillirait à sa «mission d’Église» si elle ne soutenait pas ce projet, indique encore madame du Coudray.
Situé au Rwanda, le sanctuaire accueille des pèlerins de tous les pays des Grands Lacs africains, Ouganda, Burundi et, le plus grand mais non le moindre, la République Démocratique du Congo (RDC). Les pèlerins viennent parfois par transports motorisés, mais nombreux sont ceux qui viennent à pied. Ils viennent de pays toujours aux prises avec des situations similaires à celles vécues au Rwanda.
Vraiment, Kibeho est le lieu par excellence pour la réconciliation dans cette région. Un lieu qu’il faut défendre et protéger, comme un nouveau lieu saint que porte le monde, parce que le rayonnement de ceux qui y travaillent à la réconciliation sera toujours plus fort que les ténèbres. Une colline pour chasser la haine!
En 2008, l’Aide à l’Église en Détresse a assuré un soutien de plus de 1 100 000 dollars canadiens à l’Église du Rwanda, dont 498 000 dollars pour aider à soutenir le Sanctuaire de Kibeho. Il existe également un documentaire produit par CRTN TV tout simplement nommé «Kibeho», disponible à la boutique en ligne d'enlignetoi.com ou au bureau canadien de l’AED à Montréal. (514) 932-0552 ou, sans frais, 1-800-585-6333.
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Note:
*Membre d’une congrégation fondée en 1835 par Vincent Palloti.
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