Les actualités - Le Dimanche 12 Février 2012

Chrétiens du nord-est de l'Inde:

Malgré la crise, plus actifs que jamais

Mario Bard - AED
Par Mario Bard - AED
Canada
Vendredi 17 Avril 2009

Miao est une localité isolée au nord-est de l’Inde. On ne peut la trouver que sur des cartes locales détaillées. Elle se situe non loin du parc national de Namdapha dans l’État de l’Arunachal Pradesh. Depuis 2005, Miao est le siège d’un diocèse catholique du même nom. Mgr George Pallipparambil, Salésien de Don Bosco, en est le premier évêque. Avec à peine 60 000 catholiques, le diocèse n’est certes pas grand par rapport au nombre d’habitants de la région, mais il est relativement important. En effet, presque 14 pour cent des habitants de la région confessent la foi catholique. L’organisme international de charité catholique, Aide à l’Église en Détresse, soutient le travail pastoral qui se fait en Arunachal Pradesh.


Un catholique, David Bagra, et sa famille, nouvellement baptisés en octobre 2007.  Il est maintenant en train de construire une petite chapelle à côté de sa maison. : Photo AED

Un catholique, David Bagra, et sa famille, nouvellement baptisés en octobre 2007. Il est maintenant en train de construire une petite chapelle à côté de sa maison.

Photo AED

Cet État fédéral indien à la frontière du Myanmar est pauvre, cependant, les gens sont heureux de vivre et optimistes. Cela vaut en particulier pour les chrétiens. Dans une lettre qu’il a fait parvenir à l’Aide à l’Église en Détresse (AED), Mgr Pallipparambil décrit l’état d’esprit des chrétiens en décembre 2008 : « La crise économique, que beaucoup de monde ici ressent plus ou moins fortement, les attaques contre les chrétiens dans différentes parties de l’Inde, les attentats à la bombe et les changements climatiques que nous subissons ; tout cela ne parvient pas à nous décourager. »

Selon l’évêque, la mondialisation, qu’elle soit liée à la réussite matérielle ou à la dépression économique, ne peut pas éteindre la faim de la Parole de Dieu chez les Hommes. « Cependant, combien de chrétiens vivent de la Parole de Dieu sans penser à la transmettre à d’autres ? », interroge Mgr Pallipparambil, qui ajoute : « Ici, Dieu nous a bénis en nous accordant de nombreuses personnes qui l’accueillent. Nous continuons à grandir. Dans certains villages, des chapelles sont apparues. De nombreux prêtres et religieuses en plus sont venus, et les laïcs sont plus actifs que jamais, spécialement depuis la crise. »

La croissance rapide du diocèse n’est pas étrangère à l’engagement continu de celui-ci pour l’évangélisation. Un développement qui étonne, d’autant plus qu’une évangélisation n’était même pas imaginable il y a à peine plus de dix ans. Elle était officiellement interdite à l’Église pendant longtemps dans l’Arunachal Pradesh. Cependant, beaucoup d’hommes et de femmes envoyaient leurs enfants dans les écoles chrétiennes des États fédéraux voisins, qui ont en général une bonne réputation en Inde. De nombreuses familles y ont découvert la foi, et l’ont transmise à leurs proches parents, amis et voisins.

Avoir la foi : loin d’une sinécure

Selon l’évêque Pallipparambil, dans cet évêché où 60 prêtres et 20 religieuses sont actuellement actifs, il ne fait aucun doute que la principale raison de cette expansion rapide est due à la foi profonde et transparente dont témoignent les chrétiens. Par exemple, un jeune homme qui provenait d’une famille aisée de Brahmanes et politiquement influente, donc de la classe sociale la plus élevée, fréquentait une école chrétienne dans les années 1990. Il s’est converti à la foi chrétienne et s’est senti appelé à la prêtrise. Cependant, ses parents, ses frères et sœurs ainsi que sa parenté ont refusé ce désir et ont rompu le contact avec lui. Ce n’est que plus de dix ans après qu’il a retrouvé sa mère, alors qu’il se préparait à son ordination sacerdotale et avait dépassé la trentaine.

Sa propre famille l’avait prié de venir à la maison sous le prétexte que le père était décédé. Par contre, la famille l’a retenu en otage. Peu avant Noël 2008, il a réussi à s’enfuir. C’est malade et amaigri qu’il est finalement rentré dans son diocèse d’origine. De là, on l’a envoyé vers un lieu plus sûr. Dans une lettre envoyée à son évêque, alors qu’il était encore en captivité, il disait : « On m’a trompé. J’ai été enfermé et sommé de me reconvertir à l’hindouisme. On a voulu me forcer au mariage, afin que j’abandonne la prêtrise. Mais j’aime mieux sacrifier ma vie, plutôt que de tourner le dos à ma vocation, qui est de vivre totalement pour le Christ et sa mission. »

Dans sa lettre à l’AED, Mgr Pallipparambil rapporte également un autre témoignage de foi profonde et vivante. Invité à consacrer un lieu de pèlerinage à Hayuiliang, une localité située dans l’est de son diocèse sur la route du Tibet, il rencontre trois jeunes hommes. Avec vingt autres, ils s’étaient levés le jour même à trois heures du matin pour aller à Hayuiliang, à 80 kilomètres de là. Cependant, le bus n’arrivait pas ; les trois premiers se sont quand même mis en route ; ils ne voulaient pas manquer l’événement. Finalement, ils ont trouvé un moyen de transport qui leur a coûté 100 roupies par personne, c’est-à-dire 2,50 $ canadiens, une petite fortune dans cette région. Quand ils arrivèrent finalement à l’endroit du pèlerinage et apprirent qu’ils arrivaient trop tard, l’un des hommes s’effondra en larmes : « Nous avons supporté ce long voyage pour entendre la Parole de Dieu et nous l’avons manquée. »

La foi de ces jeunes hommes a ému toute la paroisse ; l’évêque Pallipparambil, qui voulait justement s’en aller, décala son départ. Ils ont dit tous ensemble une prière. Les nouveaux venus ont été invités à manger. Puis tout le monde s’est cotisé pour eux : non seulement ils ont été remboursés pour l’argent dépensé afin de faire le voyage, mais ils ont également reçu les sous nécessaires à leur voyage de retour.

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