Macédoine : La «maison Mère Teresa» ouvre à Skopje
«Par mon sang, je suis albanaise.
Par ma nationalité, indienne.
Par ma foi, je suis une religieuse catholique.
Pour ce qui est de mon appel, j’appartiens au monde.
Pour ce qui est de mon cœur, j’appartiens entièrement au Cœur de Jésus.»
Mère Teresa
Au-delà de la mort, la religieuse catholique agit. Dans le pays - la Macédoine - qui a vu naître Mère Teresa, l’Aide à l’Église en Détresse soutient les catholiques depuis des années.
Agnes Gonxha Bojaxhiu est née le 27 août 1910 à Skopje, capitale de la Macédoine, qu’on appelait alors Üsküp (époque ottomane). Quand cette femme d’apparence fragile et de petite taille est décédée le 5 septembre 1997 à Calcutta, le nom de Mère Teresa était sur toutes les lèvres. Pendant des dizaines d’années, c’est sous ce nom qu’elle s’est occupée des plus pauvres parmi les pauvres : les enfants, les personnes âgées ou délaissées, les exclus et les mourants. C’est à travers eux qu’elle trouvait Dieu. (Lors de ses vœux dans la communauté des sœurs de Notre-Dame-de-Lorette, le 24 mai 1931, elle avait choisi le nom de Teresa à cause de Thérèse de Lisieux, patronne des missions.)
Certes, la fondatrice des Missionnaires de la Charité n’a pu échapper aux contestations et aux critiques. Pendant des années, sa foi a été ébranlée par des doutes, ce qui ne l’a pas empêchée d’exercer son service auprès des plus faibles, en Inde d’abord puis en de nombreux pays. Elle a ainsi donné un témoignage impressionnant de la foi chrétienne. Aujourd’hui, environ 4 500 sœurs de Mère Teresa oeuvrent dans plus de 130 pays. La communauté religieuse dirige actuellement 710 maisons. L’une d’entre elles se situe dans la banlieue de Skopje où cinq religieuses s’occupent des nécessiteux.
Deux imitateurs et inspirateurs du Christ
En Europe, jusqu’au début des années 1960, quasiment personne n’a rien su de l’activité de la fondatrice. L’Inde, c’est très loin. Dès que le Père Werenfried van Straaten, prêtre originaire des Pays-Bas et fondateur de l’AED, eût fait état de l’engagement de la petite religieuse albanaise, Mère Teresa a commencé à être connue d’un plus large public. Le Père Werendfried, qui était alors très populaire en Allemagne, ressemblait d’ailleurs à la jeune fondatrice de l’ordre par la radicalité de son engagement. À partir de 1947, ce sont dans les zones qui avaient été occupées par les Allemands pendant la guerre qu’il a collecté de la nourriture et des vêtements pour la population allemande dans la détresse, avec le surnom de « Père au lard ».
Aujourd’hui, l’organisme fondé par Père Werenfried est actif dans le monde entier. En Macédoine, un pays qui après des années de domination communiste n’a pas que des besoins matériels, l’Aide à l’Église en Détresse aide à la reconstruction des églises, des presbytères et des institutions religieuses. Une nouvelle église doit être construite à Strumica, au sud-est du pays. L’AED soutient également en Macédoine un établissement des Sœurs de l’Eucharistie, des religieuses grecques catholiques dont la maison mère se situe en Bulgarie.
Un exemple pour les racines chrétiennes
L’exemple de Mère Teresa donne une impulsion à des millions de personnes dans le monde. En Macédoine, cet État du sud-est européen qui provient du démembrement de l’ex-Yougoslavie, elle est considérée comme la femme la plus illustre du pays. C’est pourquoi le gouvernement a ouvert le 30 janvier 2009 la Maison Mère Teresa, avec un musée, une chapelle et un petit théâtre, au cœur de la capitale, non loin du parlement. Celle-ci se situe là où se dressait autrefois la Cathédrale catholique du Sacré-Cœur de Jésus. L’église avait été détruite lors du tremblement de terre de 1963 ; le gouvernement communiste de l’époque avait rasé les restes de l’édifice. La nouvelle Maison Mère Teresa, qui se fait remarquer par son architecture et ses couleurs, s’inspire des modes de construction des maisons bourgeoises traditionnelles, mais contient aussi des éléments de style qui ont pour but de rappeler l’Inde, la deuxième patrie de Mère Teresa.
Lors de la cérémonie officielle, le premier ministre Nikola Gruevski représentait le gouvernement. L’évêque catholique de Skopje, Kiro Stojanov, ainsi que le chef de l’Église orthodoxe de Macédoine, l’archevêque Stephan, étaient présents. Il y avait aussi les représentants de la communauté islamique, et des invités de diverses origines : Macédoniens, Albanais, Aromounes, Romanichels, Turcs, Bosniaques et Serbes.
Le Premier ministre Gruevski a beaucoup d’estime pour la vie de la lauréate du prix Nobel de la paix de 1979, un prix remis pour son service pour la réconciliation et pour la paix. Il estime également que la religieuse catholique est un exemple pour la Macédoine qui se souvient de ses racines chrétiennes après des décennies de domination communiste. Le gouvernement chrétien-démocrate considère d’ailleurs que le nouveau lieu de rencontre est comme un appel, lancé à toutes les confessions religieuses et aux différentes ethnies du pays, à construire quelque chose en commun. Pour le Premier ministre, c’est en même temps un symbole et une promesse : dans le pays, le désir est très répandu de renouer avec l’Europe, non seulement culturellement, mais aussi politiquement et économiquement.
Par là, Il ne s’agit pas uniquement d’améliorer le plus vite possible les conditions de vie des quelque deux millions d’habitants du pays. La Macédoine souhaite un règlement rapide du différend qu’elle a avec la Grèce à propos de son nom. Ce conflit bloque présentement le rapprochement souhaité de la Macédoine avec l’Union européenne. Le ministre des Affaires étrangères, Antonio Milososki, est déçu de la position rigide de ses voisins grecs, qui refusent catégoriquement que cet État porte le nom de Macédoine (qui est également le nom d’une région très importante dans l’histoire grecque) et rejettent tout compromis. Pourtant, il reste confiant. Milososki déclare : « Mère Teresa était petite et vulnérable – comme la Macédoine. Mais Mère Teresa était également tenace. Nous pouvons beaucoup apprendre d’elle. »
Bien que les catholiques ne soient qu’une minuscule minorité dans le pays (leur proportion se situe aux alentours d’un pour cent), la religieuse sera honorée de nouveau l’année prochaine (2010), pour le centième anniversaire de sa naissance. Le gouvernement a lancé une invitation au pape Benoît XVI pour qu’il visite le pays dans le cadre de ces festivités et il espère une réponse positive.
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