Elle donne à perte
La Parole de Dieu
« Marie versa le parfum sur les pieds de Jésus. »
Évangile selon saint Jean, chapitre 12, verset 3.
La méditation
Marie pose un geste total et définitif : répandre son parfum le plus cher sur les pieds de Jésus et les essuyer
avec ses cheveux. Elle solde ainsi tout son avoir pour prendre soin du corps de l'homme qu'elle aime, du
maître dont la parole éclaire sa vie. Ce corps, bientôt trahi et livré pour quelques trente pièces d'argent, elle
l'honore selon l'estimation folle de son coeur : ce nard très pur d'une valeur excessive.
À la froide logique de l'argent et de la trahison, elle oppose par avance la gratuité et l'abaissement les plus
aimants. À la perte anticipée du corps de Jésus, elle oppose la démesure de sa tendresse. Elle donne à
perte comme il le fera lui-même sous peu, plus radicalement encore, livrant sa propre vie à d'autres mains
humaines. Marie se montre ainsi étonnamment à l'unisson du coeur du Christ. Elle dépense, elle répand, elle
prend soin. Seul Jésus perçoit la clairvoyance de son geste : elle embaume par avance ce corps très saint,
qui échappera à toute emprise dans la précipitation du sabbat et, plus encore, au matin de Pâques. Toute la
maison fut remplie de l'odeur du parfum ; tel fut le témoignage inesquivable d'une tendresse exposée,
insupportable pour les uns et apaisante pour les autres. Le geste de Marie n'est pas imitable, sinon tout
autrement. Jésus lui-même s'en inspire peut-être lorsqu'il s'abaisse à son tour devant chacun de ses
disciples afin de laver leurs pieds, bien moins adorables.







