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Les actualités - Le Samedi 31 Juillet 2010

Une cabale cherche à monter les catholiques contre Mgr Rino Fisichella

plunkett.hautetfort.com
Vendredi 3 Avril 2009

J’ai reçu ce matin deux courriers revenant sur l’affaire de Recife : l’un par la Poste, l’autre sur ce blog. Les deux reflètent une campagne de désinformation en marche depuis dix jours. Cette campagne vise à brouiller l’affaire de Recife et à monter l’opinion catholique « conservatrice » contre Mgr Rino Fisichella, recteur de l’Université pontificale du Latran.

Nommé par Benoît XVI président de l’Académie pontificale pour la Vie, Mgr Fisichella est dans ce domaine la personnalité numéro 1 au Vatican. Détesté par Golias [1] qui le qualifie de « conseiller théologique estimé et écouté de Joseph Ratzinger lui-même », il a écrit dans L’Osservatore Romano du 15 mars un article d’une compassion bouleversante envers la petite fille de Recife. Article dans lequel il donnait tort, clairement et calmement, à l’archevêque Cardoso Sobrinho, pour avoir fait une déclaration publique excommuniant notamment la mère de la fillette : excommunication sans fondement en théologie morale, comme l’ont relevé les évêques du Brésil dès le 13 mars. Attentivement lu par Benoît XVI avant de partir à l'impression, l’article de Mgr Fisichella n’exprimait pas seulement la pensée de son signataire. Attaquer ou ignorer Mgr Fisichella dans l’affaire de Recife, c’est donc attaquer ou ignorer le pape Benoît XVI.


Mgr Rino Fisichella. Cette attitude de "papistes" hostiles à... l'homme du pape est le développement logique d'une dérive de plusieurs année. : Photo CNS/Emanuela De Meo, Catholic Press Photo

Mgr Rino Fisichella. Cette attitude de "papistes" hostiles à... l'homme du pape est le développement logique d'une dérive de plusieurs année.

Photo CNS/Emanuela De Meo, Catholic Press Photo

Les grands médias l’ont ignoré ou presque : ils ont à peine mentionné l’article ou l’ont passé sous silence, laissant ainsi le public croire que l’excommunication – indéfendable – de la mère de la fillette était le fait du Vatican. Ce qui eut pour résultat, par exemple, de faire dire à Alain Finkielkraut (émission Répliques du 28 mars) que Benoît XVI en personne avait excommunié la mère de la petite fille.

Mais ceux qui attaquent maintenant Mgr Fisichella (allant ainsi plus loin que les grands médias dans la confusion et la polémique), sont… des catholiques qui se veulent plus papistes que le pape pour « faire la volonté de Dieu, que Dieu le veuille ou non », selon la formule d’André Frossard en 1988.

Méthode familière à ce milieu depuis toujours [2], le dossier qu’ils font circuler est anonyme. Il lance du vitriol sur le président de l’Académie pontificale pour la Vie, en l’accusant de s’être laissé manipuler par les médias et d’avoir « cédé à une réaction hâtive ». (En fait de réaction hâtive, Mgr Fisichella a écrit son article une semaine après le déclenchement du scandale, après avoir pris toutes les informations nécessaires, et en liaison avec les évêques du Brésil). Puis le dossier amoncelle une série de faits invérifiables et sans rapport direct avec le seul vrai problème, qui était le drame de la fillette ; problème qui visiblement n’attire pas la compassion de l’auteur du dossier.

Que les fabricants de dossiers anonymes ignorent la compassion, c’est leur affaire. Mais que ces dossiers puissent plaire à des catholiques et même à des prêtres, c’est un peu terrifiant. Pour deux raisons :

- l’effet produit sur le reste de l’opinion publique (et la jubilation du cathophobe, ravi de voir des catholiques se comporter comme les ennemis de l’Eglise en rêvaient) ;

- le système de raisonnement de ces gens. Ils commencent par nier le pronostic fatal qui pesait sur une enfant de 9 ans rachitique et souffreteuse, pronostic si bien établi (contrairement à ce qu’ils disent) qu’on est inhumain en le niant. C’est ce que l’archevêque de Recife a semblé faire. C’est pour effacer cette fâcheuse impression que Mgr Fisichella a écrit son article. C’est aussi pourquoi la conférence épiscopale brésilienne s’était sentie gênée par l’attitude de Mgr Cardoso Sobrinho.

A vrai dire, tout se passe comme si de bons catholiques, posant aux super-moralistes, joignaient à cette pose une indifférence totale aux souffrances d’une petite pauvresse de l’hémisphère Sud. Réduisant la religion à une loi, ils veulent qu’on applique cette loi sans égard pour les cas particuliers (par exemple : même si la responsabilité de la mère n’était pas engagée puisque sa liberté de choix n’existait pas, ce qu’a constaté la conférence épiscopale brésilienne). Leur objectif est d’ériger en héros l’archevêque de Recife, même s’il apparaît dans cette histoire comme ignorant le B-A BA de la théologie morale catholique, et même s’il faut pour cela jeter le discrédit sur Mgr Fisichella.

Qu’est-ce que c’est que cette religion inhumaine ?

C’est ce qu’est devenu un certain catholicisme – heureusement ultra-minoritaire – sous l’influence des Texans fous de l’époque Bush. Au Brésil et même dans certains milieux français, cette influence a engendré une surenchère concurrentielle entre certains secteurs catholiques et les plus excessifs des courants protestants. A ce propos, je rappelle un détail décisif : l’appartenance du père de la petite fille à une assemblée évangélique fondamentaliste qui organisa des manifestations de plus en plus excitées devant l’hôpital ; d’où le transfert de la pauvre petite en secret vers un autre établissement, pour sa sécurité.

De ce point de détail, si j’ose dire, le dossier anonyme des intégristes ne dit rien.

D’autres documents de même source parlent, eux, du transfert de la fillette. Mais pas pour en indiquer la cause. Alors pour en dire quoi ? Ceci : « La preuve qu’elle allait bien et qu’elle pouvait accoucher, c’est qu’elle a pu aller d’un hôpital à l’autre ».

Honte à ceux qui peuvent écrire des choses pareilles.

Mais ce qui peut inquiéter, c’est que leurs dossiers de « révélations » influencent les esprits paresseux qui se contentent de rumeurs, et qui sont soulagés chaque fois qu’on les dispense de réfléchir en leur disant : « cette affaire n’existait pas, c’était un montage médiatique ». J’ai eu sous les yeux la semaine dernière un « document » comparant le danger de mort de la petite fille au faux charnier de Timisoara lors de la révolution roumaine de 1989 ! Odieux rapprochement ? Oui, et qui juge ses auteurs.

Aux catholiques tentés de croire cette rumeur de « montage médiatique » (pour être délivrés de l’affaire de Recife), posons la question : comment pourrait-on accorder une once de crédibilité à des dossiers anonymes qui visent à discréditer Mgr Fisichella, l’homme du pape dans la défense de la vie ?

J’ajoute ceci : les diffamateurs anti-Fisichella agissent au nom de leur propre conception de cette défense de la vie. Cette conception dérive depuis plusieurs années. C’est parce qu’elle n’est plus chrétienne. Elle rompt avec le grand commandement qui est l’amour du prochain ; elle contredit ainsi le Christ. Ce n’est pas le signe d’une grande foi en l'Evangile...

J’espère pour eux qu’ils reliront un jour l’article du président de l’Académie pontificale pour la Vie, et que, l’ayant lu, ils se sentiront rougir.

P.S.: Un lecteur m’a parlé de ce dossier avec des accents de triomphe sarcastique. Je m’abstiendrai de qualifier ce ton, et de dire à quoi il me fait penser.


http://plunkett.hautetfort.com/archive/2009/03/31/une-cabale-cherche-a-monter-les-catholiques-contre-mgr-fisic.html

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