Un cardinal qualifie le programme d’«anticatholique»
Le préfet de la Congrégation vaticane pour l’éducation catholique ne mâche pas ses mots et n’y va pas avec le dos de la cuillère. Selon le cardinal, le programme d’Éthique et de culture religieuse viole carrément le droit des parents et manifeste un anticatholicisme larvé. Il ne présage rien de bon en regard de l’éducation religieuse des futures générations québécoises.
C’est lors d’un entretien accordé à l’agence de nouvelles ZENIT, au sortir d’u ne conférence sur «le financement public des écoles catholiques », que le cardinal Zenon Grocholewski a commenté l’implantation du programme scolaire d’Éthique et de culture religieuse par le ministère de l’Éducation du Québec.

Le Cardinal Zenon Grocholewski, préfet de la Congrégation vaticane pour l'éducation catholique
Photo CNS/KNA
Le prélat estime qu’en confrontant les élèves à une diversité de religions, le programme, obligatoire tant dans les écoles privées que publiques, «viole le droit des parents à éduquer leurs enfants conformément à leur propre religion».
Le cardinal s’est ensuite fait l’écho des parents qui ne croient pas à la soi-disant neutralité du programme. «Parler de toutes les religions de la même manière s’apparente quasiment à une éducation anticatholique, car ceci crée un certain relativisme».
Et même, a renchéri le préfet du dicastère romain, la présentation prétendument objective de diverses religions pourra en fin de compte s’avérer nettement antireligieuse en donnant l’impression que toutes les religions se valent et relèvent de fables dépassées. Elle créerait ainsi un milieu favorable à la propagation de l’athéisme.
Et l’Église d’ici
Cet effet pervers du programme gouvernemental aurait-il échappé à l’Assemblée des évêques catholiques du Québec (AÉCQ)? Dans sa déclaration de mars 2008, l’association épiscopale québécoise souscrivait à l’objectif du programme d’éduquer à la citoyenneté et invitait «la population catholique à en reconnaître la pertinence. Les transformations qui ont profondément marqué notre société nous y incitent de façon pressante, argue-t-on. Le dialogue autour de questions éthiques et religieuses pourra aider les jeunes de diverses croyan ces et convictions à surmonter les clivages idéologiques et à mieux se respecter mutuellement».
Une bénédiction implicite du programme ministériel que d’aucuns ont qualifiée de “nuancée”. Car les évêques n’ont pas manqué de soulever certaines «questions préoccupantes» et de formuler quelques sérieuses critiques.
Ils déplorent entre autres que le programme «ne propose que peu de repères significatifs au-delà de ceux qui touchent le vivre ensemble » et «considère le phénomène religieux de l’extérieur d’un point de vue strictement socioculturel, ce qui pourrait conduire à une vision réductrice de l’expérience croyante. Alors que l’identité des jeunes et leur capacité de discernement commencent à peine à se former, quel effet l’exposition à la diversité des points de vue éthiques et religieux aura-t-elle sur eux, notamment au primaire?», demandent-ils.
Malgré tout, L’AÉCQ n’encourage pas, dans les circonstances actuelles, le recours à l’exemption prévue dans la Loi sur l’instruction publique. L’article 222 stipule que les parents qui estiment un programme préjudiciable à l’éducation de leurs enfants peuvent demander l’exemption. «Il s’agit toutefois d’un ultime recours, à utiliser avec circonspection», soutiennent les évêques du Québec.
Pas surprenant, alors, que la ministre Courchesne n’ait ni tenu compte des critiques épiscopales ni pris au sérieux les nombreuses demandes d’exemption formulées depuis. Forte de l’appui complaisant des évêques, elle a émis l’instruction à toutes les Commissions scolaires de les rejeter systématiquement. D’autant plus que la lettre du président de l’Assemblée, adressée à la ministre en même temps que la déclaration de mars, lui recommandait une implantation graduelle du programme pour faire «face à des défis considérables», dont celui de faire fléchir «de nombreux parents mal informés ou rébarbatifs, sinon carrément opposés».
NDLR: À l’heure où la présente édition du Nic va sous presse, l’AÉCQ est réunie à Trois-Rivières pour sa plénière biannuelle, entre le 3 et le 6 mars. L’implantation du programme ÉCR est l’un des sujets à l’ordre du jour. S’il s’avérait qu’une modification ou une clarification de la position des évêques soit émise à cette occasion, nous en informerons nos lecteurs dans notre prochaine édition.
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