La cardinal Marc Ouellet écrit de Rome
Actuellement à Rome, le Cardinal Marc Ouellet, primat de l'Église canadienne, a tenu à s'adresser par lettre à ses ouailles concernant la récente lettre aux évêques de Benoît XVI suite à la levée de l'excommunication des évêques de la Fraternité St-Pie X et aussi pour réagir à l'excommunication au Brésil de la mère et de l'équipe médical qui a avorté une jeune fille de 9 ans, enceinte de jumeaux suite au viol de son beau-père. Nous la reproduisons intégralement ci-dessous.
Chers diocésains et diocésaines,
Le pape Benoît XVI vient d’adresser une lettre à tous les évêques du monde pour clarifier les
circonstances et la portée de la levée de l’excommunication des quatre évêques ordonnés il y a 20 ans
par Mgr Marcel Lefebvre sans l’autorisation du Saint-Siège. Dans ce message ferme, empreint de
souffrance et de tristesse, le Saint-Père reconnaît deux erreurs qui ont obscurci le sens de cette initiative
sincère de réconciliation et de dialogue : d’une part le manque d’information concernant le passé
négationniste de l’évêque Williamson et d’autre part l’explication insuffisante de la portée d’un tel
geste au moment de sa publication. Malgré ces limites qui ont occasionné des critiques multiples et
douloureuses, dont certaines furent injustes et malveillantes, Benoît XVI maintient le bien-fondé de son
initiative de réconciliation à l’égard des lefebvristes, dans le cadre des grands objectifs oecuméniques
de son pontificat.
En adressant cette lettre aux fidèles de mon diocèse, je tiens à exprimer au Saint-Père mon accord
plénier et reconnaissant avec sa mise au point et son initiative. J’y vois un témoignage d’humilité
émouvant et un appel courageux à l’engagement de tous pour l’unité. Puissions-nous relire et méditer
son appel à l’unité avec la même humilité, et bien accueillir la recommandation qu’il nous fait en citant
la Lettre de saint Paul aux Galates : « Toute la loi atteint sa perfection dans un seul commandement, et
le voici : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Si vous vous mordez et vous dévorez les uns les
autres, prenez garde : vous allez vous détruire les uns les autres ! » (Ga 5, 14-15).
Excommunication au Brésil
Un deuxième motif m’incite à vous écrire, chers diocésaines et diocésains, à la suite des échos que j’ai
reçus du drame de la fillette brésilienne violée par son beau-père et dont le recours à l’avortement a été
publiquement dénoncé et sanctionné par l’autorité diocésaine. Je comprends les sentiments
d’incompréhension, d’indignation et de révolte qu’ont éprouvés beaucoup de gens, et les femmes en
particulier, à la nouvelle de la mesure d’excommunication qui frappait les personnes impliquées.
J’éprouve une grande tristesse en pensant au cas extrême de cette fillette qui aurait dû être traité d’une
façon plus humaine et plus évangélique.
Permettez-moi de traduire ici l’intervention du Président de l’Académie pontificale pour la vie, Mgr
Rino Fisichella, qui a été publiée intégralement sur la première page du Quotidien du Vatican,
l’Osservatore Romano, hier 15 mars : « Carmen (nom fictif) devait être d’abord défendue, embrassée et
caressée avec douceur pour lui faire sentir que nous étions tous avec elle ; tous, sans aucune exception.
Avant de penser à l’excommunication, il était nécessaire et urgent de sauvegarder sa vie innocente et de
la reporter à un niveau d’humanité dont nous, hommes d’Église, devrions être des experts
annonciateurs et des maîtres. Il n’en fut pas ainsi, et malheureusement, la crédibilité de notre
enseignement en souffre parce qu’il apparaît aux yeux d’un grand nombre comme insensible,
incompréhensible et privé de miséricorde ».
Je salue avec soulagement et gratitude cette intervention pastorale d’une autorité compétente qui invite
à la compréhension des circonstances extrêmes entourant ce cas et à une attitude de respect et de
miséricorde à l’égard des personnes impliquées. J’invite toutes les personnes de bonne volonté à lire
attentivement la déclaration de Mgr Fisichella pour mieux comprendre l’attitude pastorale de l’Église,
de même que son enseignement constant touchant le respect de la vie humaine depuis le moment de sa
conception jusqu’à sa mort naturelle.
Puisse le temps du carême, propice à la prière et à la conversion, nous faire réfléchir sur les cas
tragiques de violence familiale qui ont bouleversé notre société depuis quelques mois. Que l’Esprit du
Seigneur nous aide à compatir de façon concrète à la souffrance des femmes qui, pour une raison ou
pour une autre, ont vécu le drame de l’avortement et pour celles qui ont été victimes de viol. Qu’Il
renouvelle aussi notre appréciation et notre engagement pour la valeur inestimable de la vie humaine
dans un monde qui a besoin de notre témoignage d’amour et de miséricorde.
J’invite tous les fidèles à prier pour le Pape et pour son ministère qui est de confirmer ses frères et
soeurs dans la foi, et je souhaite à tous et toutes de vivre cette montée vers Pâques dans l’espérance de
l’unité et la consolation de la Paix qui vient du Christ ressuscité.
Le cardinal Marc Ouellet
Archevêque de Québec
16 mars 2009
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